‹ Traité de chirurgie clinique v.2 (volume 2)Chapitre 74 sur 105 · TRAUMATISMES DU CREUX DE L'AISSELLE · texte numérisé non relu

TRAUMATISMES DU CREUX DE L'AISSELLE

ment en plaies, car il est difficile, en raison de sa forme et de sa situation, que cette région soit atteinte de contusion. Ce sont, le plus souvent, des plaies étroites, produites par un instrument piquant, une épée, par exemple : l'instrument peut pénétrer dans l'aisselle par la paroi antérieure, et la lésion prend un caractère particulièrement grave lorsqu'elle siège au niveau du creux sousclaviculaire qui représente le sommet de l'aisselle. Ce qui donne, en effet, un caractère spécial à ces plaies, c'est la présence des gros vaisseaux et nerfs de la région. Aussi, lorsque le praticien se trouve en présence d'une plaie de l'aisselle, son unique préoccupation doit être celle-ci : l'instrument a-t-il intéressé l'artère axillaire ou l'une de ses grosses branches collatérales, la veine axillaire ou l'un des nerfs du plexus brachial? Rappelez- vous qu'une plaie peut avoir atteint l'aisselle et l'un de ses organes principaux, bien que l'instrument ait pénétré d'abord en dehors de la région, au niveau du moignon de l'épaule, par exemple : c'est qu'alors le trajet de la plaie est très oblique.

Une plaie de l'aisselle est donc à peu près insignifiante ou d'une gravité extrême, suivant que les organes majeurs de la région ont été ou non intéressés, et il est, en général, assez facile de le reconnaître. Toutefois, gardez-vous bien, pour arriver à ce but, do vous servir du stylet et de sonder la plaie ; cette eiqDloration vous apprendrait peu de chose et pourrait détacher un caillot, ou compléter une perforation.

Si la région n'est pas sensiblement tuméfiée ; si la radiale présente ses battements normaux ; si le blessé n'accuse aucune douleur sur le trajet des nerfs du bras, et surtout s'il a conservé intégralement la sensibilité, vous en devez conclure que la plaie est simple. Contentez- vous d'en faire l'occlusion et d'immobiliser le bras.

Si l'examen vous a révélé l'existence d'une lésion nerveuse, tenez la même conduite que dans le cas précédent, surtout lorsque la lésion siège très haut. Cependant, si la plaie occupait la base de l'aisselle, si elle intéressait un nerf facilement accessible, tel que le cubital ou le médian, il serait indiqué d'aller à la recherche des deux bouts et d'en faire la suture.

Mais c'est la blessure des gros vaisseaux et, en particulier, celle de l'artère qui produisent les plus graves désordres, compromettent la vie du sujet, et placent le praticien dans une des situations critiques de la pratique chirui^icale.

o98 AFFECTIOiNS CHIRURGICALES DU MEMBRE SUPÉRIEUR.

Ces blessures se traduisent tout de suite par Tap pari lion d un épanchement énorme de sang, qui soulève la paroi antérieure r refoule la base de la région.

Est-ce la veine ou Tartère qui a été blessée ?

Il n'est pas toujours facile de le savoir. Si la masse sanguin^ est soulevée par des battements, si le pouls radial a disparu, m doute que la lésion porte sur Tartère ; mais ces signes soal loin d'être constants, même dans la blessure de l'artère, sat compter qu'il pourrait s'agir d'une grosse collatérale, comme b thoracique inférieure, par exemple. J'ai déjà fait remarquer (p. 31 que les collections sanguines résultant de la blessure d'une a^ tère et désignées en pathologie sous le nom d'anévrysme difc primitif ne présentent, en général, ni battement ni souffle; d'aob part, une blessure incomplète de l'axillaire pourrait laisser passer assez de sang pour produire le pouls radial. Si ce pouls éUiî plus faible que celui du côté opposé, cela pourrait tenir à la compression du vaisseau par l'épanchement sanguin. On peut donc affirmer qu'un gros vaisseau a été intéressé, mais il est souvent impossible de dire quel est ce vaisseau.

Le diagnostic serait plus facile si l'accident résultait d'une traction violente exercée sur le bras, ainsi qu'on l'observe, par exemple, pendant la réduction de certaines luxations anciennes de l'épaule, car l'expérience a démontré que c'est ordinairement l'artère qui cède dans ce cas.

Quoi qu'il en soit, vous voici en présence d'une plaie vasculaire de l'aisselle, se traduisant par un vaste épanchement sanguin: qu'ai lez- vous faire ?

Deux circonstances se présentent : ou bien la plaie cutanée est large : elle a été produite, je suppose, par un couteau, par nue corne de bœuf, etc., et, tout en sinfiltrant dans la couche cellulograisseuse de l'aisselle, si bien disposée à cet effet, le sang s'écoule à l'extérieur, ou bien la plaie est très étroite et ne donne lieu à aucun écoulement sanguin.

Dans le premier cas, la conduite est toute tracée : faites comprimer, aussi bien que possible, l'artère sous-clavière sur la première côte au-dessus de la clavicule ; agrandissez la plaie avec le bistouri, si cela est nécessaire, et allez à la recherche du vaisseau qui donne. Liez les deux bouts, ou bien appliquez sur Tartère une pinceà forcipressure, c'est la seule conduite rationnelle. Surtout ne perdez pas de temps à recourir aux demi-mesures, telles

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