COUPS DE FLU
îaryngo-trachéal : le gonflement peut être assez considérable pour entraver la respiration et menacer les jours du blessé. Afin de prévenir cet accident, on introduira une canule à trachéotomie ou une sonde par la plaie; il vaudrait peut-être mieux pratiquer régulièrement l'opération delà broncholomie afin de ne pas irriter la blessure ou déplacer quelques fragments de cartilage, parla présence d'un corps étranger. Habicot, cité par A. Louis (1), dans un cas de fracture du larynx par une balle, introduisit un tuyau de plomb dans la trachée pour rétablir la respiration empêchée par le gonflement inflammatoire : ce chirurgien ne dit pas s'il fit la trachéotomie pour placer son tube, ou s'il le passa par la plaie. Nous avons vu une fracture pénétrante du larynx par l'extrémité mousse d'un morceau de bois, nécessiter l'introduction par la plaie d'une canule à trachéotomie que le malade fut obligé de conserver toujours, sous peine de suffocation imminente. L'autopsie de ce sujet, mort tuberculeux dix-huit mois après l'accident, fit voir que la plaie du larynx siégeait sur la membrane crico-thyroïdienne au-dessous des cordes vocales : toutes les parties du larynx étaient un peu atrophiées et tapissées par une muqueuse d'un blanc mat; la glotte supérieure, le ventricule du larynx et la glotte inférieure ne formaient plus qu'un canal uniformément lisse, à peu près triangulaire, du diamètre d'une plume de corbeau, mais cependant assez dilatable pour admettre une sonde de femme (2).
Si une balle était tombée dans la trachée, et révélait sa présence par les signes ordinaires des corps étrangers dans les voies aériennes, il faudrait procéder à son extraction par la trachéotomie. Birche assure (3) que Christophe "NVren suspendit un blessé par les pieds pour lui faire sortir une balle de la trachée et réussit à le sauver. Percy, qui rapporte cette singulière observation, semble douter qu'une balle puisse pénétrer dans la trachée sans provoquer un étouffement soudain : quoi qu'il eu soit, la trachéotomie est le seul procédé d'extraction auquel on puisse avoir recours.
Une balle peut comprimer la trachée sans y avoir pénétré, occasionner de la gêne dans la respiration et des douleurs continuelles : il faut en faire l'extraction, sans se laisser arrêter par le danger de faire au cou de longues incisions, et tout en mettant dans les manœuvres opératoires la prudence et la réserve que comporte la région.
Les coups de feu du larynx et de la trachée guérissent quelquefois rapidement et sans aucune altération de la voix ; parfois au contraire ils gué-
(1) A. Louis, Mém. de l'Acad. roy. de chirurg., t. IV, p. 443, édit. 1819.
(2) Legouest, Bulletin de la Société de chirurgie, décembre 1858, t. IX, p. 253.
(3) Birche, Observations chirurgicales, t. III,. p. 102.
rissent lentement en laissant après eux une altération et une raucité de la voix plus ou moins considérables ; d'autres fois encore, lorsqu'ils ont déterminé des pertes de substance, une fistule persiste et abolit la phonation, si elle siège au-dessous des cordes vocales. Dans ces cas, les blessés peuvent parler en fléchissant fortement la tète sur la poitrine ou en bouchant la fistule avec le doigt.
' Le pharynx et l'œsophage peuvent être aussi blessés par des coups de feu : le premier de ces organes est souvent traversé de dedans en dehors par les coups de feu tirés dans la bouche. Outre les blessures des vaisseaux et des nerfs accolés aux faces latérales du pharynx, les blessures de l'épiglotte méritent un intérêt particulier. D. J. Larrey (1) relate deux observations de blessure de l'épiglotte avec perte de substance; l'une d'elles est relative à Murât, blessé à Aboukir. Un écoulement abondant de sang spumeux par la bouche, une toux violente et douloureuse, dès menaces de suffocation, une soif ardente et l'impossibilité d'avaler aucun liquide, tels sont, d'après D. J. Larrey, les signes de cette lésion. Ils nous paraissent tout à fait insuffisants, et ils n'auraient pu servir à établir le diagnostic, si les deux malades de D. J. Larrey n'avaient l'un et l'autre craché une portion de l'épiglotte. On est étonné de voir ces blessés être obligés de se servir pendant longtemps, pour manger, de la sonde œsophagienne, tandis que les sujets chez lesquels l'épiglotte a été détruite par des ulcérations peuvent manger sans avoir recours à ce moyen, la base de la langue se portant en arrière pour recouvrir le larynx.
Les projectiles peuvent pénétrer dans le pharynx et en être rejetés immédiatement par la bouche ; ils peuvent être avalés et rendus par les selles ; enfin ils peuvent rester logés dans les parois du pharynx et n'être rejetés qu'après un certain temps. Bartholin rapporte l'histoire d'un blessé qui rejeta une balle logée dans le pharynx depuis six mois (2).
Les plaies de l'œsophage par coups de feu se révèlent par les mêmes signes que les plaies par armes blanches, c'est-à-dire le passage des liquides par la blessure. Elles présentent cette circonstance fâcheuse, qu'une tuméfaction considérable peut survenir et non-seulement entraver la respiration, mais encore mettre obstacle à l'introduction d'une sonde œsophagienne. Le danger de voir survenir un abcès profond, qui peut fuser vers la poitrine, est plus à craindre que dans les blessures par armes blanches. Mais le pharynx et l'œsophage sont tellement situés, qu'ils sont rarement blessés par un coup de feu, sans que les organes environnants ne soient intéressés et ne
(1) D. J. Larrey, Clinique chirurgicale. Paris, 1829, t. II, p. 142.
(2) Bartholin, Hist. anatomic. Cent. 6, Hist. 15.