CORPS ÉTRANGERS DANS L'OESOPHAGE
parois du pharynx, où il est possible de les voir ou de les sentir, et de les retirer, soit avec le doigt, soit avec des pinces ordinaires. Quand les os présentent moins d'aspérités, ou qu'ils sont enveloppés par le bol alimentaire, ils sont saisis avec lui par la portion supérieure de l'oesophage qui', en se resserrant, les arrête au passage. Le pharynx et la partie supérieure de l'œsophage sont le lieu où les corps étrangers, tels que les os, sont habituellement arrêtés; vient ensuite la portion de l'œsophage où ce conduit passe du cou dans la poitrine, en traversant, avec les autres éléments du cou, l'anneau osseux formé par la colonne vertébrale, les premières côtes et le sternum.
A peine le corps étranger est- il arrivé dans le pharynx ou l'œsophage, qu'il provoque un sentiment de strangulation, de la toux, des envies de vomir, des efforts violents et des contractions énergiques de ces parties pour le rejeter. Le sujet ne peut parler, court et s'agite; sa face devient vultueuse, ses yeux larmoyants, saillants et injectés; il porte constamment sa main à la gorge, et témoigne de la plus vive anxiété et de la plus grande frayeur.
Tout cet orage disparaît en quelques instants, si le corps est rejeté ou complètement avalé ; il se calme seulement, lorsque l'os n'est que déplacé, pour reparaître a des périodes plus ou moins rapprochées.
Il faut bien se garder, comme la plupart du temps on est tenté de le faire, de chercher à précipiter immédiatement les corps étrangers dans l'estomac sans essayer préalablement de les extraire. Très-souvent, comme nous l'avons dit, ils sont arrêtés dans le pharynx, où le doigt peut aller à leur recherche : s'ils sont plus profondément engagés, ils doivent encore être l'objet de tentatives d'extraction au moyen des différents instruments construits à cet usage, pinces œsophagiennes ou crochets de différentes formes. Il est bon d'être prévenu qu'avec les pinces et les crochets, on saisit quelquefois les cornes de l'os hyoïde, croyant saisir le corps étranger, et qu'on exerce sur elles des tractions aussi vaines que douloureuses : quand on s'est aperçu de la méprise, il suffit, pour dégager ses instruments, de les pousser un peu plus profondément, et de retirer la pince fermée et le crochet tourné vers la colonne vertébrale. L'administration d'un vomitif favorise quelquefois l'expulsion du corps étranger.
Ce n'est que lorsque les tentatives d'extraction ont échoué, qu'on peut chercher à précipiter le corps dans l'estomac. Des moyens vulgaires, et rarement suivis de succès quand le corps n'a pu être extrait, consistent à faire avaler au sujet des jaunes d'œufs durs ou des bols volumineux de mie de pain à peine mâchée. Une baleine, garnie d'une éponge à son extrémité, sert aux chirurgiens à refouler en bas les corps étrangers; à son défaut, on
pourrait se servir d'un poireau, qu'Ambroise Paré n'a pas dédaigné d'employer (1).
Lorsque les corps étrangers n'ont pu être amenés au dehors ou précipités dans l'estomac, ils donnent naissance à l'inflammation et au gonflement. Quelquefois ils provoquent, après quelques jours, une suppuration et une ulcération des points de l'œsophage avec lesquels ils sont en contact; ils s'ébranlent et sont avalés, ou ils sont rendus dans un effort d'expulsion : à cette époque on peut de nouveau tenter de les extraire, et nous y avons réussi. Mais très-souvent aussi ils s'engagent de plus en plus par leurs aspérités, donnent lieu à des suppurations fétides et mêlées de sang, gênent la respiration et la déglutition, amènent des accès de suffocation, perforent l'œsophage, pénètrent dans la trachée, blessent les gros vaisseaux, donnent naissance à des abcès profonds du cou et entraînent la mort des sujets, soit rapidement par hémorrhagie, ou après un temps plus ou moins prolongé de souffrances et de marasme.
Toutes les fois qu'un os introduit dans l'œsophage n'a pu en être extrait ou n'a pu être poussé dans l'estomac, on peut, pendant quelques jours, attendre qu'il se déplace spontanément, s'il reste à peu près inoffensif; s'il ne se déplace pas, et surtout s'il provoque quelque accident alarmant, il faut l'extraire en ouvrant l'œsophage. L'essai sur l'œsophagotomie de Guattani (2), le remarquable mémoire de Bégin (3) sur le même sujet, d'intéressantes observations anciennes et récentes donnent à cet égard les indications les plus formelles et les mieux justifiées.
(1) A. Paré, Œuvres complètes, édition Malgaigne, t. II, p. 443.
(2) Guattani, Mémoires de l'Académie royale de chirurgie, in-8, t. III, p. 343.
(3) Bégin, Mémoire sur l'œsophagotomie {Journal universel de médecine et de ■chirurgie pratiques, etc., 1833).