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LE CORPS ÉTRANGER VIENT D'ÊTRE DÉGLUTI

étranger, qu'on ne ferme et qu'on ne tire qu'après avoir réalisé une large et solide « prise ». Il est rare qu'on y parvienne du premier essai : on recommencera patiemment, en se disant bien que ce premier temps est le temps capital et que, d'un bon « amarrage » dépend une extraction aisée.

C'est encore avec la pince que l'on pourra extraire parfois les aiguilles, les épingles, les arêtes, si l'on a réussi préalablement à bien déterminer leur siège ; le plus souvent, du reste, elles s'implantent dans l'arrière-bouche ou le pharynx, où elles sont moins inaccessibles. Le parapluie de Fer gusson (fig. 120) — que l'on n'utilise plus guère — est spécialement destiné à leur extraction : on l'introduit fermé, on l'ouvre dans l'œsophage, au-dessous du point d'implantation présumé du corps étranger, et, en le retirant, on a quelque chance d'entraîner l'aiguille entre les crins rayonnes qui le composent.

Au cours des manœuvres d'exploration ou d'extraction, le corps étranger, surtout s'il est arrondi et de surface lisse, est assez souvent refoulé et tombe dans l'estomac. Dans ces conditions, ce n'est pas un malheur, et la propulsion n'est à craindre que pour les corps pointus, tranchants, irréguliers, susceptibles de blesser l'estomac et l'intestin. Si donc vous ne savez rien de la nature exacte et des caractères de surface du corps étranger, la propulsion sera un procédé aveugle et souvent dangereux; autrement, s'il s'agit de noyaux, de blocs de viande et même de pièces de monnaie très bas situés dans l'œsophage et dont l'extraction par la bouche se présente, après tentative faite, comme très malaisée, il vaudra mieux se résoudre tout de suite à pratiquer le refoulement dans l'estomac. Pour cela, une sonde œsophagienne un peu grosse, à l'extrémité de laquelle on adapte, s'il le faut, une éponge (c'est l'éponge deGreen, en réalité) ou même un cathéter à boule (fig. 119) suffisent parfaitement. Encore devra-t-on procéder avec méthode, faire glisser l'instrument sans violence et sans exercer au hasard un tassement, un bourrage qui pourraient faire éclater le conduit.

Enfin, cette première séance ne sera pas prolongée outre mesure ; s'il n'y a pas d'accidents dyspnéiques graves, rien ne presse ; une pause de quelques heures et même la remise au lendemain entraîneront moins de dommages que ces tentatives réitérées et acharnées, que l'épuisement du malade et L'énervement du médecin finissent par rendre extrêmement périlleuses. On

Fig. 120. — Parapluie de crin de Fertfusson.

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oublie trop, en pareille occurrence, que l'œsophage est un conduit musculaire et d'une rare puissance : il faut donc compter arec le spasme et les rudes frottements des instruments son! bien faits pour l'entretenir et l'exaspérer. (1 est pour cela qu'on se trouve souvent très bien, surtout chez les enfants, de donner le chloroforme avant d'entreprendre une difficile besogne il extraction'. C'est pour cela encore qu'après l'échec de quelques tentatives sérieuses, il faut savoir attendre. Pendant ce temps, on alimentera le malade avec de la bouillie, «les purées, des blancs d'œuf, on le laissera dans le calme le plus complet, on lui fera prendre un peu de chloral ou de morphine : sous I influence de ce régime, certains corps étrangers pourront spontanément « couler » et disparaître dans l'estomac.

Les indications « primitives » de l'œsophagotomie externe seront donc tenues pour exceptionnelles; l'extraction « par voie externe » ne deviendra urgente que dans les deux conditions suivantes : 1° en présence d'un corps étranger très volumineux, solidement enclavé, immobilisable, qui obture complètement la lumière de l'œsophage, empêche toute espèce de déglutition cl crée, en outre, des accidents de compression laryn go-trachéale; "2" en présence d'un corps étranger acéré, tranchant, dont les moindres déplacements seraient périlleux, une lame de couteau, par exemple. En pareil cas, c'est à l'incision de l'œsophage qu'il faudrait recourir d'emblée.

LE CORPS ÉTRANGER SÉJOURNE DEPUIS QUELQUES JOURS DANS LE PHARYNX OU DANS L'ŒSOPHAGE

En pratique, cette seconde catégorie comprend surtout des corps étrangers de I œsophage, et la question n'est plus la même que tout à l'heure. Dn élément nouveau est venu compliquer la situation locale : la paroi œsophagienne s'est altérée, amincie, ulcérée parfois au contact et sous la pression du corps étranger; elle est devenue friable et le danger de perforation s'est singuliènient aggravé. De plus, l'infection s'est souvent étendue jusqu'à l'atmosphère péri-œsophagienne, qui s'est infiltrée d'un œdème phlegmoneux.

Alors même que les lésions secondaires ne sont pas arrivées à ce point, il n'en reste pas moins une conclusion pratique à tirer : il faut être ménager des tentatives d'extraction instrumentale — ajoutons même des exploitations.

[ci encore c'est le cathéter à résonnateur, qui conviendra surtout pour l'exploration; mais il rencontrera souvent des obstacles et des difficultés qui n'existent pas dans les cas récents : si le corps étranger est peu volumineux.

f1) Jalaguicr recommande, chez 1rs petits enfants, L'administration «lu chloroforme, qui « facilite singulièrement h' passage du panier de Grœfc. Corps étranger de Voesophage. Pièce de cinq centimes dont la présence et le siège ont été révélés par la radiographie. Extraction, après seize jours, avec !<■ panier de Graîfe. Su:1, de chir., 15 déc. 1897.]

LE CORPS ÉTRANGER A SÉJOURNÉ DANS L'ŒSOPHAGE

il s'est logé entre deux plis de muqueuse, il s'est recouvert de mucus, de débris alimentaires et ne fournil plus de sensation nette au choc de l'instrument. Assez souvent on passe, sans rien trouver, jusqu'à l'estomac : il est rare pourtant qu'un petit ressaut, qu'une douleur locale, qu'un peu de sang maculant l'extrémité de la sonde, ne puissent servir d'indice. Enfin, la radiographie devient alors une ressource inappréciable pour les pièces de monnaie (fig. 121) les épingles, les arêtes, les os, etc.; elle évite des recherches qui pourraient être périlleuses et fournit des données autrement, précises (').

Nous sommes donc fixés sur la présence, la nature et le siège du corps étranger. Nous essaierons d'abord de l'extraire par les voies naturelles, en

Fie. 121.

Radiographie d'un sou enclavé dans l'œsophage. (Jalaguier, Soc. de Chir., 1897.)

utilisant les divers procédés étudiés plus haut, mais nous n insisterons pas; si nous avons échoué dans une première séance, régulièrement et prudemment menée, nous renoncerons à ces tentatives, toujours aveugles, en réalité, et nous nous préparerons à faire l'œsophagotomie externe. Les indications en seront d'autant plus pressantes, que les désordres fonctionnels seront plus marqués ou qu'il y aura déjà des traces d'infiltration péri-œsophagienne.

De fait, Vœsophagotomie externe ne saurait passer pour une intervention simple; bien que le relief du corps étranger inclus puisse quelquefois

(') Voy. l'excellente tliése île C. Bruis, Corps étrangers du pharynx, de l'œsophage, de l'estomac chez l'en faut. Thèse de doctorat, 1807,11° 627.

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