LA CII1R. MIL
PEND. LA RÉVOL. ET L’EMPIRE
(1 après des vues émancipatrices trop manifestes pour ne pas trouver beaucoup d opposants. En lait, il ne put jamais recevoir d’exécution. 11 fallait bien des années encore et bien des luttes pour qu’on revienne aux idées de Percy.
•iü Rappelons enfin que, pendant les guerres de la République en 1792, Percy poursuivit 1 idée généreuse de la neutralisation des blessés.
Pénétré de pitié à la vue de ces hommes que trop souvent, dans une retraite ou aux approches de l’ennemi, on évacuait avec la plus grande précipitation, sur des voitures grossières, et qui, pendant une route longue et pénible, étaient exposés à toutes les intempéries et avaient encore à souffrir du manque de vivres ou de secours, Percy rappela aux généraux en chef des armées en présence, Moreau et Kray, la généreuse conduite de Stair et du maréchal de Noailles pendant la campagne de 1743.
Il lit proposer par Moreau de déclarer inviolables les asiles où seraient recueillis les blessés des deux armées ainsi que les chirurgiens et les hospitaliers chargés de leur donner des soins. Mais la convention ne fut point acceptée par nos ennemis et la noble pensée de Percy ne fut que le rêve d’un grand cœur. Ce n’en est pas moins un assez beau titre pour que nous ne manquions pas de le rappeler ici x.
Evacuations. — Jamais avant les guerres de la République et de l’Empire, nos armées n’avaient poussé si loin l’ennemi, jamais blessés aussi nombreux n’avaient eu de si grands espaces à parcourir pour retrouver les pays où ils devaient achever leur guérison : aussi jamais, dans aucune guerre, service d’évacuations ne fut poussé si loin et ne fut d'une organisation si difficile que durant ces vingt-trois années de luttes incessantes. Encore ici, nos chirurgiens en chef qui savaient qu’elles étaient appelées moins à satisfaire à ce sentiment inné qui reporte le soldat, surtout quand il est blessé, j vers les siens ou à soustraire aux yeux de l’armée le spectacle navrant de ses souffrances qu’à éviter ces encombrements à l’influence terrible desquels les plus robustes ne peuvent résister, s’attachèrent à en perfectionner le développement dans toute la limite du possible. Déjà D. Larrey, qui, pendant la campagne d’Égypte, avait fait des évacuations forcées , avait été à même de saisir les avantages de ces évacuations à grande distance.
Malheureusement, nos chirurgiens furent encore peu secondés dans leur tâche ou plutôt on se substitua à eux dans la plupart des circonstances. Heureux les blessés,, qui sur les longues routes , à peine entretenues , défoncées,' dont ils franchissaient péniblement les étapes, et qui chaque jour étaient déposés dans des locaux improvisés pour être rechargés le matin sur les charrettes de paysans à peine garnies de paille ou de foin, heureux les blessés qui étaient accompagnés d’un jeune chirurgien et de quelques soldats infirmiers! Percy 1 2, Gharmeil, Gauthier de Claubry,
1. Voyez in Laurent, o. c., p. 197, les termes de cette convention.
2. Voyant plus de quatre-vingts voitures, pleines de blessés et de malades, arriver dans un hôpital dans lequel il ne se trouvait ni employés ni infirmiers, Percy retarda son départ, î qu’il allait effectuer, pour ne s’occuper que des blessés et des malades. « Environné, dit-il, de : dix chirurgiens accourus pour me seconder, je me suis mis en devoir de porter et faire porter les blessés, et de les gîter le moins mal possible. Il y avait cinq jours que la plupart n’avaient quitté la charrette qui leur avait servi de moyen de transport et de lit. Leur paille était pourrie; quelques-uns avaient sous eux un matelas qui était sali du pus de leurs
LES secours sur les champs de bataille.
Labarchiî *, Gama, nous ont laissé do leur détresse de navrants tableaux.
Sans doute, comme ils le faisaient eux-mêmes remarquer, l’air pur des -ramies routes était préférable à celui des hôpitaux infectés par le typhus, la dysenterie épidémique, la pourriture d’hôpital, mais n’en faisait-on pas disparaître en partie lesbénéfices,en ne privant que trop souventlesblessés, pendant leur route, de soins chirurgicaux les plus indispensables. Plus encore que le service sur le champ de bataille, celui des évacuations, alors si important, laissa à désirer.
Nous ne devons pas oublier néanmoins la part que prirent parfois les nôtres à l’améliorer et en particulier celle que prit D. Larrey. C’est ainsi qu’avant la campagne de Russie, avec l’ordonnateur Villemancy qui eut le mérite de le comprendre et de le seconder, il s’assurait de visu des ressour- . ces des hôpitaux et des lignes d’étapes. Nous avons dit déjà que cet illustre chirurgien avait su mettre souvent à profit les ressources des localités traversées et qu’il avait épuisé à la fin de sa carrière tous les divers modes
• d’évacuation.
Fonctionnement du service de santé sur les champs de. bataille. — Pendant les guerres du commencement du siècle, les premiers secours tétaient donnés, en principe, à la fois par les médecins de régiments et les Jeunes chirurgiens des corps mobiles ou de X ambulance volante , laquelle était toujours à portée du champ de bataille ou sur le champ de bataille
; plaies et de leurs excréments. Ils étaient couverts de lambeaux de tapisserie, de rideaux, de , pièces de damas, de mauvais draps de paysan, etc. Nous les avons descendus non sans h peine; et plusieurs ayant besoin d'aller à la selle, il a fallu les tenir suspendus pour leur en donner la facilité. Ces manœuvres, bien pénibles et excessivement dégoûtantes, ont duré '.près de deux heures. C’était une puanteur insupportable. Les plaies n’avaient pas été pan- -sées depuis plusieurs jours, et plusieurs étaient gangrenées. Quelques fractures s’étaient r. issez bien maintenues, d’autres étaient dans l’état le plus fâcheux. O douleur! ô honte! Il r.a’y avait rien pour coucher ces pauvres gens, pas même une paillasse, pas même de la 1; paille. Les matelas qu’ils avaient apportés nous ont heureusement servi pour une partie;
■ ,eurs lambeaux et leurs guenilles aussi. Il a fallu débarrasser une chapelle où les tombeaux L iraient été ouverts, et les blessés ont été placés les uns sur des planches avec une poignée Il lq paille pourrie ou un matelas, et les autres snr le pavé. Point de linge, point de chan- I! ielles, point de vivres. Il n’y a pas eu moyen de renouveler un pansement ni de réchauffer | :es malheureux. Nous avons attendu jusqu’à neuf heures du soir, espérant qu’il nous arri » verait du secours, mais nous n'avons vu personne, on est seulement venu pour compter les I ictimes de la plus coupable imprévoyance, de la plus barbare insouciance.
Il est difficile de se faire une idée des peines et des souffrances qu’éprouvaient les malk îeureux blessés entassés sur des voitures découvertes, x-ecevant toute la journée la pluie ou |»a neige, et obligés de rester plusieurs jours dans cette cruelle position, sans qu’on put y I ien changer, et, ce qui est pis, sans pain ni bouillon. Laurent, o. c., p. 191.
1. La Catalogne que nos guerriers ont parcourue pendant plusieurs années lious a mon- 1 ré le tableau le plus affligeant des souffrances humaines. A chaque instant exposés au feu
* le l’ennemi et à la vengeance cruelle des habitants, nous ne pouvions laisser nos blessés 1 lans les villes ou villages que l'ennemi occupait ordinairement; il fallait les ti'ansporter sur B les mulets habitués à gi’avir les plus hautes montagnes. Mais que de peines et que de dou- Beurs enduraient ceux qui, atteints do graves blessures, ne pouvaient souffrir ce transport! B ls n’étaient descendus de dessus ces animaux que pour prendre quelques boissons et bi- B arnaquer souvent dans des plaines très humides. Les brancards n’étaient donnés qu’à ceux il tui, ayant plusieurs fractures comminutives, étaient dans l’impossibilité de se tenir à cheval ; If ouvent même on manquait de soldats pour les porter, ceux-ci étant en position ou sous les
■ .rraes pour escorter le convoi. Je dois le dire, les moyens de transport dans ces dernières
■ ncerres étaient, trop négligés; on ne prenait point assez de mesures pour procurer au ini- H itaire ce qui est nécessaire à son soulagement; de là la perte do tant de braves que nous H egrettons et que nos soins n’ont pu faire échapper à l’affreuse mort. Labarciie. Thèse de H ’aris, 1814, p. 20.
môme. C est dans des subdivisions de celte ambulance ou dans les ambu- d lances divisionnaires' que se pratiquaient les opérations urgentes elles pan-l sements de fractures. Les ambulances divisionnaires, attachées à chaquef division militaire dont elles suivaient autant que possible les mouvements, [ avaient comme personnel : 1 chirurgien-major, 1 aide-major, 4 ou G ou 8j| sous-aides, selon la force de la division et, de plus, un certain nombre d’infirmiers (soldats d’ambulance) ou de brancardiers destinés à relever encore! les blessés du champ de bataille. Une caisse à amputation, une boîte ù| trépan, les étuis d’instruments de chaque officier de santé constituaient le« matériel chirurgical; le matériel à pansement était renfermé dans ded) voitures2.
Au quartier général, le chirurgien principal, s’il s’agissait d’un corpdl d’armée ou d’une petite armée, un chirurgien inspecteur général, si c’étaitJ une armée entière qui prenait part à la lutte, établissaient Yambulance du» quartier général avec les dépôts ou réserves d’ambulance.
A l’ambulance du quartier général on réunissait les chirurgiens les plu J habiles, les plus exercés. C’était là qu’étaient Percy et Larrey. En contacd au quartier général, avec le major général de l’armée, l’intendant géné-l ral et le commissaire-ordonnateur, les chirurgiens en chef dirigeaient dal là, le plus souvent, l’immense service qui leur était confié. Celui des ambu-J lances du quartier général ou des ambulances divisionnaires devenues perA manentes après la bataille et constituées en hôpitaux (si on peut appelé* hôpitaux ces installations si imparfaites de blessés dans les granges, le* maisons de paysans, les églises, etc.) forçait à abandonner pour le serviccil de l’arrière une bonne partie de ces réserves d’ambulance du quartier! général et pendant presque toute la campagne de Russie, entre autres,! Larrey fut obligé de prendre les chirurgiens des régiments pour consti-| tuer son personnel à l’ambulance du quartier général, la plus importants! de toutes. C’était de ces réserves qu’on tirait encore le personnel de santSl qui accompagnait les convois d’évacuation.
Comme on peut le constater, les dispositifs relatifs aux divers échelon* sanitaires et leur mode d’action étaient déjà à peu près ce qu’ils sonll aujourd’hui.