‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 158 sur 460 · CINQUIÈME PÉRIODE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PÉRIODE

A la Restauration, le corps de santé militaire fut licencié. Les médecins :t les chirurgiens qui avaient vingt ans de services et qui n’avaient pas ;rouvé place dans le cadre exigu de l’armée, eurent le choix de rester en expectative pour être rappelés à l’activité ou de prendre leur retraite. Mais ;ette mesure désorganisatrice du licenciement, qui s’étendait d’ailleurs à ou te l’armée et sur laquelle on dut revenir bientôt, eut, chez nous, son ontrepoids dans quelques sages dispositifs bien propres à relever le niveau scientifique de notre corps. Un des premiers actes du Conseil de .an té, reconstitué avec une partie de ses attributions de surveillance, de irection et d’initiative, fut d’assurer un recrutement satisfaisant en réglant enseignement du personnel subalterne dans les hôpitaux d’instruction 'établis. Le Journal do Médecine militaire fut repris, le zèle scientifique de ous excité. Malheureusement, les distinctions des aides en brevetés et en ommissionnés, distinctions qui jetaient l’inquiétude dans des positions •éjà trop précaires et enlevaient toute garantie de sécurité pour l’avenir, 'autre part, la subordination des chefs à tous les degrés de la hiérarchie un personnel étranger, comme la chose avait eu lieu du temps de 'Empire, amena le malaise et eut pour résultat de faire disparaître du 'orps beaucoup de ses meilleurs éléments.

La réorganisation des hôpitaux d’instruction, l’établissement de l’hôpiil de perfectionnement du Yal-de-Grâce en 1824, l’institution des prix de ‘hirurgie et de médecine militaires en 1841, ne pouvaient être que de bien îibles palliatifs. L’émulation manquait de base, l’appréciation des conaissances et de l’habileté des officiers du corps de santé militaire étant lissée à des autorités incapables d’en juger, et ceux qui pouvaient le lieux déterminer les choix, et élever notre niveau scientifique, étant épourvus de tout titre régulier pour assurer les récompenses et l'avancement des plus dignes. Dans de pareilles conditions, il était naturel que i science fût reléguée au second plan, dédaignée par beaucoup, et

DELORME

210 LA CHIRURGIE MIL. DE LA R EST A U Ii. Aü SEC. EMPIRE.

(|u elle devînt, pour d’autres, l’objet d’eftorts plus apparents que sérieux

Un fait cependant nous frappe, durant cette période, c’est le développement qu’on continue à accorder aux préoccupations chirurgicales dans 1 enseignement et aux services chirurgicaux dans l’armée. L’ordonnance de 1836 fixe à 632 le nombre des chirurgiens, tandis que celui des médecins est laissé à 89. Celle de 1841 oppose 1 137 chirurgiens à 127 médecins. Les traditions du premier Empire sur ce point, comme sur d’autres, s’imposaient, mais il faut bien reconnaître que celle-là n’était pas une des plus mauvaises.

Arrivons au fonctionnement du service de santé en campagne. Au point de vue du matériel, l’expérience de la guerre d’Espagne d’abord et des guerres d’Afrique ensuite ne fut pas perdue. La nature des opérations militaires, du pays parcouru par nos armées, força à fractionner le matériel techniqne, à utiliser les cacolets, les litières et à revenir aux voitures légères, en un mot, à recourir à des modes de transport très recommandables. Un personnel d’infirmiers instruits permettait d’en tirer rapidement tout le parti voulu. Dans les approvisionnements, les appareils solides et inamovibles s’étaient multipliés, les pansements simplifiés, mais là, comme le fait remarquer Bégin, se bornait ce que nous avions appris1 2.

Rien n’avait été changé de ce qui existait à la fin de la période impériale, quant à la division des ambulances. Sous le rapport de la part d’action qui lui était attribuée en campagne, le rôle du service de santé avait été même amoindri ; c’est ainsi que l’officier d’administration comptable, chef d’ambulance, était chargé du service des transports des blessés de la ligne du feu aux ambulances et des ambulances sur les hôpitaux les plus proches et que le Règlement de 1831, pourtant si explicite sur les moindres actes du personnel administratif sanitaire, se taisait sur le rôle des officiers de santé. Il n’entrait même pas dans ses attributions réglementaires de déterminer l’emplacement des ambulances. Mais, nous avons hâte de le dire, la presse des événements, l’initiative des nôtres, l’oubli voulu de dispositifs si contraires à la raison et à l’intérêt du service, faisaient revenir souvent, au moment de l’action, le personnel du service de sauté au rôle que la nature même de ses obligations lui assignait, et, laissé au dernier rang, parmi les moyens , il montait alors au premier, avec l'approbation de l’armée entière qui applaudissait à son habileté et à son dévouement3. Mais qu'il y avait loin de ces dispositions, comme le remarque encore Bégin, à celles des législations républicaines 1 On y cherchait vainement l’action de l’art, l’initiative qui doit lui appartenir.

Enfin, en 1848, l'influence de nombreux écrits, de polémiques répétées, l’exemple de la Belgique, de la Prusse, de l'Autriche, de l’Angleterre, créent dans le monde scientifique et militaire un mouvement d’opinion très marqué dans le sens de l’initiative la plus large laissée au corps de santé militaire. 11 est enfin délivré du poids des anciens préjugés et du joug d’implacables et paralysantes traditions. Mais l’ère nouvelle devait être malheureusement courte et ledécretdu 3 mai 1848, rédigé parles géné-

Page 1