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le conseil de santé des armées et, à de très rares intervalles, avec le commandement, enfin l’énoncé des dispositifs sanitaires pris dans les diverses circonstances les plus importantes du siège. Le tout est accompagné de pièces justificatives et de documents statistiques.
Dans une deuxième partie écourtée, puisqu’elle n’occupe que le quart de son livre, Scrive rappelle les dispositions adoptées pour assurer les secours et les faits médicaux et chirurgicaux principaux observés pendant cette campagne. Quarante pages seulement sont consacrées à la relation des derniers. 11 termine en résumant le fonctionnement du service de santé en Crimée et en fournissant quelques documents sur le service médical des hôpitaux turcs d’évacuation.
Armand d’un mot a précisé le caractère du travail de Scrive : c’est la Relation médico-administrative de la guerre de Crimée. Tous ceux qui pourront être appelés, dans un avenir plus ou moins lointain, à diriger à la .guerre nos services techniques, feront bien de revenir plusieurs fois sur sa lecture; ils y trouveront des indications de valeur, des renseignements précieux. Mais c’est en vain que l’historien, qui ne serait guidé par aucune autre lecture, y chercherait l’expression fidèle des horribles et inutiles •souffrances qu'ont endurées malades et blessés du fait d’un système d’organisation vicieux et imperfectible. C’est en vain qu’il y chercherait la note •exacte et frappante du dévouement des nôtres, de la pénurie, du désarroi, disons plus, de la détresse de nos services et des vices de celui des évacuations et des installations de Constantinople.
Quel contraste entre la quiétude, le fatalisme, parfois l’optimisme de ‘Scrive, que la plus légère concession contente, et les accents vigoureux, les
• éclats puissants des Michel Lévy et des Baudens dont le cœur avait saigné à la vue de tant d’inutiles souffrances et de si douloureuses pertes! Scrive a beau dire, dans un passager moment d’émotion, que « ne pas profiter des
• enseignements de la guerre de Crimée serait un crime de lèse-humanité », les enseignements qui ressortent de son livre, ne l’affirment qu’en partie. Les faits monstrueusement éclatants parlent pour lui, sans lui, parfois malgré lui. Et pourtant il était à la peine ; nul n’avait pu en être plus frappé que ce chef qui, un à un, voyait à ses côtés la mort enlever sans bruit et presque sans gloire les nôtres par dizaines, les malades par milliers! Qui, au contact de toutes ces misères, eût été mieux à même de sentir quelles lourdes responsabilités pesaient sur ceux qui en étaient les inconscients auteurs? Le lourd fardeau qu’il avait dû supporter l’avait-il épuisé; était-il déjà, comme certains l’ont dit, sous le coup de l’affection dont il avait pris le germe en Crimée et qui, à son retour en France, devait l’emporter au faite des honneurs? Nous ne saurions l’affirmer; toujours est-il qu’il eût été dangereux que les faits d’une expérience si chèrement acquise eussent été perdues. Or, lorsque l’heure viendra enfin de faire profiter l’armée
• de ces enseignements, ce ne sera pas dans ce livre qui eût dû être la narration la plus vivante, la plus pénétrante de ces misères du soldat, ce sera dans les écrits de Michel Lévy, de Baudens, de Chenu qu’on prendra ces arguments qui font frémir*et qui condamneront à jamais un système néfaste.
Notre résumé d’ensemble des faits chirurgicaux et de l’organisation sa nitaire pendant la campagne de Crimée nous dispense d’insister davantage
sur le livre de Scrive. Nous reproduirons plus loin une partie des documents techniques qu’il contient.
Quesnoy. La notice étendue que Quesnoy a consacrée à la guerre de Grimée est une relation plus épisodique que médico-chirurgicale. Comme tout ce qui est sorti de la plume de cet auteur, elle est fort bien écrite et intéressante. On peuty rechercher cependantquelques renseignements utiles sur l’aspect des nouvelles blessures observées, leur marche, leurs complications, les congélations, et surtout sur les dispositions ambulancières et hospitalières.
Armand. Le médecin-major Armand, attaché en Crimée à l’ambulance de la garde impériale, eut l’idée, à son retour en France, de vulgariser par Y Echo medical de Paris1, journal qu’il venait de fonder, les travaux de ses collègues qui avaient pris part à la campagne d’Orient. Publiés dans le Recueil de mémoires de médecine militaire, ils n’étaient guère connus en effet que par les membres de notre corps de santé militaire. Plus tard ces mémoires furent ensuite réunis en un volume intitulé : Histoire médico-chirurgicale de la guerre de Crimée 2.
Armand a eu la bonne idée de ne pas porter atteinte au caractère, au cachet de chacun des écrits colligés; s’il a parfois élagué quelques longueurs, il ne leur a fait subir aucun autre remaniement. Cette œuvre, bien qu’impersonnelle, cette collection, n’en constitue pas moins un des documents les plus intéressants que nous possédions sur la guerre de Crimée. C’est le complément obligé de l’ouvrage de Scrive qui est, comme nous l’avons dit déjà, la relation médico-administrative de cette expédition et celui de la statistique de Chenu, lequel s’est attaché plus particulièrement à en exprimer les résultats brutaux.
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Sous ce titre modeste de Rapport au Conseil de santé des années sur les résultats du service médico-chirurgical aux ambulances et aux hôpitaux militaires français en Turquie pendant la campagne df Orient, en 1854-1 855-1 856, le médecin principal Chenu inaugurait en France la série de ses études statistiques. Ces monuments de labeur allaient permettre d’apprécier avec une précision mathématique les résultats pratiques d'une campagne; ils
1. L'Écho médical de Paris, journal hebdomadaire et encyclopédique des sciences médicales, Paris, 1857, vol. in-4 de 400 pages.
2. Histoire médico-chirurgicale de la guerre de Crimée, par le Dr A. Armand, médecinmajor, lauréat de la Faculté et membre correspondant de l’Académie des sciences et lettres de Montpellier, etc. Paris, 1858, Victor Rozier.
L’opuscule du même auteur intitulé : Souvenirs d’un médecin militaire en France, en Afrique, en Italie, 1vol. in-16, 278 pages, 1858, ne justifie pas son titre. Des aperçus humoristiques, des extraits sur la chirurgie militaire copiés dans le livre de Gama, s y mêlent à des bibliographies, mais il n’est guère question ni de la Crimée, ni de 1 Italie, ni de l'Afrique. Nous croyons devoir signaler, bien qu’il ne se rapporte pas directement à nos sujets d’étude, le chapitre sur l’hôpital militaire d’instruction de Strasbourg en 1839.
3. Rapport au conseil de santé des arihées sur les résultats du service médico-chirurgical aux ambulances de Crimée et aux hôpitaux militaires français en Turquie, pendant lu campagne d’Orient en 1854-1855-1856, par J.-C. Chenu, médecin principal, bibliothécaire à l’école impériale de médecine militaire, officier de la Légion d’honneur, etc. Paris, lSt>3, 1 vol. in-folio de 727 pages compactes.
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Il allaient permettre de contrôler d’une façon brutale et inattaquable des asti sériions trop enthousiastes ou pessimistes; grâce à eux, l’étude des résultats H définitifs des blessures par armes de guerre était éclairée ; enfin ils fourni nissaient non seulement au corps de santé militaire, mais aussi au commanîj dement des enseignements précieux sur les pertes subies pendant les )i guerres. Jusqu’à l’apparition des remarquables travaux de Chenu, aucune Il - statistique étendue n'avait été fournie après nos campagnes. Ces auteurs || s’étaient contentés, jusque-là, de relater leurs observations personnelles, de tj les rapprocher parfois d’autres faits empruntés à des collègues, et de [■i donner quelques statistiques partielles qui perdaient meme quelque peu -‘ j de leur valeur à échapper à tout contrôle.
L’armée de Crimée présentait d’ailleurs des conditions favorables à - l’établissement d’une statistique complète. Elle était restée stationnaire aux (ji abords d’une ville assiégée; les blessés du siège ou des combats livrés sous i la place étaient transportés rapidement dans des ambulances ou dirigés I ssur un même centre d’évacuation, Constantinople. Il était alors possible fi de recueillir sur chacun d’eux des renseignements individuels complets. | ; r Si quelques-uns échappaient aux recherches, c’est que, porteurs de traumat tismes sans importance, ils avaient été soignés à l’infirmerie de leur corps | ; et leur histoire ne présentait aucun intérêt. La dissémination des troupes et des établissements hospitaliers sur des points nombreux et souvent fort I éloignés, la rapidité des mouvements de l’armée et de son personnel sani- I taire, la dispersion des blessés et des malades après la guerre, n’avaient | donc pu, comme la chose fut observée à la suite d’autres campagnes, appor-
Iter de puissants obstacles à l’exécution d’un grand travail d’ensemble et en vicier les résultats.
Chenu, pour mener à bien sa tache, avait demandé à être attaché aux hôpitaux d’évacuation de Constantinople. A sa rentrée en France, en février 1856, il se mit à l’œuvre et, pendant trois ans , il ne cessa de rassembler les éléments multiples de son Rapport , de les coordonner et de les contrôler avec le plus grand soin. En 1859, il avait terminé ses recherches, déposé ses documents au ministère de la Guerre, quand la campagne cl' Italie 1859), puis les expéditions de Syrie (1860), de Chine (1860), de Cochinchine 1860), du Mexique (1 86*2), vinrent lui apporter les éléments de labeurs du même genre et le forcer à surseoir jusqu’en 1864, à la publication de sa première statistique.
La tâche qu’avait entreprise Chenu était ardue et elfrayante, mais ni les difficultés de l’œuvre, ni les considérations pécuniaires ne l’empêchèrent d’ouvrir à nos études des horizons nouveaux. Nous avons dit déjà qu’il avait mis trois ans à réunir les matériaux de la statistique de la guerre de Crimée. Pendant dix mois, sous sa direction, dix-huit sous-officiers établirent onze cent cinquante mille fiches préparatoires, basées sur les renseignements fournis par les divers établissements hospitaliers. Ces fiches provisoires permirent ensuite d’établir quatre cent mille fiches individuelles définitives. Seize volumes in-folio , déposés en avril 1859, au Secrétariat du Comité de santé des armées, contenaient les observations individuelles des hommes, classées par ordre alphabétique pour chaque série de lésions, et les tableaux statistiques établis d’après ces observations. Chenu, avec une bonne grâce dont nous devons lui être reconnaissants,
nous a tenu au courant des procédés qu’il a employés , pour mener à bien l’œuvre entreprise. Ses procédés ont été utilisés par ceux qui l’ont imité à l’étranger. 11 n’a pas manqué non pins de signaler les difficultés qu’il a rencontrées dans ses recherches. 11 ne serait peut-être pas sans utilité, en temps de paix, de les étudier à nouveau et de prendre des dispositions réglementaires pour les éviter.
La Statistique de la campagne de Crimée , de Chenu, ne comporte pas qu’un ensemble de tableaux arides. C’est bien plutôt son histoire médico-chirurgicale, basée sur des chiffres et les observations succinctes des blessés. Ici nous placerons une remarque : il ne faudrait pas se laisser tromper par l’apparence médicale du titre employé par Chenu et croire que cet auteur consacre de longues pages aux malades de l’armée d’Oricnt. Pour un statisticien qui recherche ses informations dans les archives des retraités et des pensionnés au ministère de la Guerre, les malades ne sont que des unités sans histoire, qui ne peuvent que figurer dans des listes de guéris, de réformés ou de morts. Aussi -le volumineux rapport de Chenu est-il presque exclusivement consacré à fixer les résultats chirurgicaux de la campagne.
Chenu, dans son Rapport, pour permettre de mieux se rendre compte des causes des maladies épidémiques et d’en suivre plus aisément les différentes phases, commence par rappeler les principaux faits militaires de la campagne, les situations des troupes, les opérations pendant les diverses périodes du siège. Les pertes en malades et en blessés, après chaque affaire ou dans chaque période mensuelle, y sont signalées. Chemin faisant, il reproduit les ordres du jour du commandement élogieux pour notre corps, ou ceux qui intéressent les malades et les blessés. Ces documents sont empruntés pour la plupart au livre du médecin en chef de l’armée.
Il classe ensuite les observations succinctes des blessés pensionnés sous différents groupes : blessures de la tète, de la face, des yeux, du maxillaire inférieur, de la région cervicale, du dos et des vertèbres, de la poitrine, de l’abdomen, de la région sacro-lombaire, de la région iliaque et fessière, de la région inguinale, des organes génitaux, de la région anopérinéale, blessures des différents segments des membres supérieurs et inférieurs et de leurs articulations, enfin amputations et désarticulations de chaque segment congelé. Puis il résume, dans des tableaux statistiques, la proportion des blessés guéris, des pensionnés ou des morts à la suite des lésions de chaque région. Il a soin de séparer les traumatismes suivant la nature des armes qui les ont produits.
Au moment où Chenu faisait imprimer sa statistique dont l’apparition avait été retardée par la raison que nous avons indiquée, les médecins anglais avaient fait paraître un ouvrage du môme. genre pour leur armée. Chenu oppose, pour chaque ordre de lésions, nos résultats avec ceux obtenus dans l’armée anglaise.
Après avoir fourni l’observation succincte des blessés pensionnés les plus gravement atteints (observation réduite le plus souvent à l’étude des résultats définitifs tels que les présentent les certificats de visite, de contrevisite et les bulletins d’appréciation du Conseil de santé des armées), Chenu nous donne les situations mensuelles des ambulances et des hôpitaux de l’armée française en Orient et l’état récapitulatif des pertes pendant toute
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j a durée de la campagne. Il y ajoute les situations du service médico-chi- :] urgical de l'armée anglaise et les tableaux récapitulatifs de ce service J onçus suivant un esprit moins administratif et plus médical que les nôtres, | >artant souvent plus utiles à consulter.
Chenu termine enfin par un résumé d’ensemble fort intéressant sur j es blessures observées en Crimée et par des aperçus complémentaires sur ï es amputations qui y ont été pratiquées. 11 compare ces opérations au r 'Oint de vue de leurs résultats, à celles faites par les Anglais, et aux amiiitations pathologiques relevées dans les statistiques des chirurgiens [ ; ivils. Des remarques, des appréciations hardies, judicieuses sur l’insufti isance du service de santé en campagne, inspirées par l’expérience de 1 1 ette guerre, complètent le rapport de Chenu.
Baudens1. — Baudens avait été désigné à la fin de la période chirurgicale I I le la guerre de Crimée pour inspecter les hôpitaux de Constantinople et les inbulances de Crimée. Le livre dont nous avons à parler résume les documents et les enseignements qu’a recueillis sur cette campagne l’illustre nspecteur du service de santé.
A côté de considérations très intéressantes d’hygiène militaire sur le ampement, les abris des troupes, leur alimentation et leurs vêtements, près la relation succincte des épidémies terribles de choléra, de typhus, de icorbut qui ont sévi sur nos troupes du début à la fin de la campagne, à ôté du tableau de nos installations hospitalières et ambulancières, de leur omparaison avec celles de nos alliés ou des Russes et de leurs désidérata, igure dans le livre de Baudens l’histoire résumée des blessures du siège. Il consacre à leur étude quatre-vingts pages. Les lésions produites par ees balles nouvelles et les gros projectiles, la pratique du débrideinent orimitif, les avantages de l’esquillotomie complète et immédiate, de l’emnloi de la glace, de l’amputation primitive, de la conservation dans les factures du fémur et de l’humérus, étaient des sujets trop chers à Baulens pour qu’il ait pu résister au plaisir d’y revenir. Ses idées nous étant üéjà onnues, nous n’y reviendrons plus. Quelques considérations sur la nourriture d’hôpital, les congélations, la chloroformisation, terminent ce hapitre.