‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 224 sur 460 · SALLERON · texte numérisé non relu

SALLERON

Sous le titre trop modeste de « Compte rendu des amputations primives et consécutives traitées à l’hôpital de Dolma-Bagtché (Constantinople) 2 ulleron nous a fourni le travail le plus important, le plus nourri de faits descriptions et d’aperçus originaux qu’ait donné la guerre de Crimée.’ travail place son auteur parmi nos meilleurs écrivains de chirurgie armée. °

A propos des amputations primitives et consécutives, Salleron expose agistralement les aptitudes morbides spéciales que présentaient nos •ldats en Crimée, puis les conditions hygiéniques défavorables des hôpiux de Dolma-Bagtché et leur influence fâcheuse sur les blessés. Il étudie nsuite les complications qui, par leur fréquence et leur gravité ont fait plus de victimes, la gangrène, la pourriture d’hôpital et Y infection mru nie. C’est leur description et leur étude qui a fourni à Salleron ses pa-es - plus remarquables, ses descriptions, ses aperçus et ses règles de oïV lue les plus personnels. Des observations nombreuses sobrement écrites

en que comportant tous les détails essentiels, éclairent les points les us importants de son mémoire. "

I Opposant enfin les accidents el les complications les pins fréquentes Il ,!,«ss“re*. el les résultats immédiats et consécutifs qu’il a obtenus, il iprecie les méthodes et les procédés opératoires applicables à chaque

au poM * vueue i“ «**»** •• Mo».

XXl'«Txx Hém°lra ie m4d,dne- * «**»»*> « * pharmacie militaire., * série,

DELORME

290 LA CllIRUUGIE MIL. FRANC. DE 1850 JUSQU'A NOS JOURS.

segment de membre. Il fixe tout spécialement l’attention sur la désarticu- j lalion du coude, sur celle du genou; il apprécie les amputations partielles du pied, la valeur des résections en général et termine en produisant des états statistiques des blessés reçus à Dolma-Bagtché.

Salleron était un des chirurgiens militaires les plus habiles de son temps. Grand, mince, nerveux, froid, il avait quelque chose de Sédillot dans l’attitude et les procédés chirurgicaux1.

Le nom de Salleron se rattache à l’étude de la gangrène gazeuse foudroyante, de la pourriture d'hôpital, de Y ostéomyélite et de l 'infection purulente. C’est lui qui le premier donna une description classique de la gangrène gazeuse. Le traitement de la pourriture d’hôpital lui doit l’em- j ploi du perchlorure de fer. Nul plus que lui n’a insisté sur l’utilité de j substituer, dans les traumatismes de guerre, la désarticulation à l’ampu- [ tation pour prévenir l’ostéomyélite et l’infection purulente. Salleron a j rappelé tout particulièrement l’attention sur la désarticulation du coude, j

Champenois était attaché, avec Salleron, à l’hôpital de Canlidjé. En cinq | mois, il y vit et soigna 448 blessés. Ces hommes débarquaient à Canlidjé huit jours après avoir reçu leur traumatisme, par conséquent en pleine j| période intermédiaire.

L’opuscule de Champenois 2 doit au mode de publicité auquel s’esl adressé son auteur, un oubli immérité. C’est un des meilleurs écrits que nous possédions sur la guerre de Crimée. Il est riche d’observations • auxquelles on ne pourrait reprocher que d’être un peu concises; il contient quelques remarques personnelles et embrasse très largement toutes les principales questions de la chirurgie des plaies d’armes à feu.

L’étude des lésions simples lui fournit quelques aperçus sur les effets des balles nouvelles, sur les inconvénients de l’abandon du débridement préventif dans les régions pourvues d’aponévroses résistantes ou de! masses tendineuses, sur l’utilité du traitement par l’eau froide dès le début de la blessure, sur la nécessité de l’extraction des corps étrangers et I l’application des divers modes d’hémostase. Il fait remarquer que les il blessés russes montraient une tendance à la suppuration moins prononcée K que les Français, et il établit le fait sur un nombre de cas suffisants pour | entraîner la conviction.

La deuxième partie de ce livre est consacrée à la question des fractures. 1 On y trouve quelques indications sur la fréquence des fractures simples | produites par les gros éclats de projectiles creux, lorsqu'ils frappent les jj membres par leur plus large surface, et sur le mode de fragmentation qui. jj dans les fractures comminutives produites toujours par les mêmes en- | gins, favorise la consolidation. Champenois cite plusieurs exemples de |j fracture à une seule esquille. Suivent des indications personnelles sur I l’opportunité des divers modes d’intervention active dans les fractures ï complètes avec plaies.

Cet auteur se montre partisan de l’extraction des esquilles primitives et 1

, 1. Renseignements fournis par M. le médecin inspecteur Gaujot.

2. Considérations sur les plaies d'armes à pot. à l’hôpital de Canlidjé durant la campa’ [ f/nc d’ Orient, par le Dr Champenois, médecin-major au 57e fic ligne. Vatincs, 1858, in-8. j 108 pages compactes, Bibliothèque nationale.

R. SCOUTETTEN.

I »condaires et de la conservation dans les fractures du tibia, des os de ivant-bras; il conseille l’emploi de la résection dans celles du coude, de | extrémité supérieure de 1 humérus et réserve l’amputation pour les frac- | :res du fémur des deux tiers inférieurs de l’os. Dans les fractures du rs supérieur du même os, les opérations consécutives lui semblent ■voir être prélérées, soit qu’on ait à pratiquer l’amputation dans la conti- 11 té ou dan> la continuité, soit qu on s’en tienne à la simple résection la diaphvse.

Il démontre ensuite par les faits observés à l’hôpital de Canlidjé, la spériorité de 1 amputation primitive sur l’amputation consécutive et la i\itc des amputations secondaires; il insiste sur les moyens de diminuer ; périls de l’expectation par les débridements primitifs, l’exacte ablation •s esquilles et des corps étrangers et par l’adoption des désarticulations ■ime les plus exceptionnelles, opérations qu’il juge seules capables de ’ttre à l’abri des dangers de l’ostéomyélite et de l’infection purulente. On : U là l'influence des idées de Salleron.

Frappé du degré de fréquence des moignons rendus coniques par les mvements du blessé ou par les heurts subis pendant les transports, il mande qu’on les matelasse soit à l’aide de bandages solidifîables, soit à de de carcasses en fil de fer bien garnies et capables d’immobiliser ■liculation la plus voisine. Enfin, se basant sur des raisons que nous mimerons plus loin et qu'il tire exclusivement des conditions de la utique de la chirurgie aux armées, il établit la valeur comparative de méthode circulaire et de la méthode à lambeaux. lDans la tioisième et dernière partie de son livre, Champenois passe idement en revue les blessures de toutes les régions en signalant les cas Pressants qu’il lui a été donné d’observer.

H. SCOUTETTEN

.Après le départ de Michel Lévy, Scoutetten avait été nommé médecin chel des hôpitaux de Constantinople. Il était alors médecin principal ilre classe et venait de quitter l’hôpital militaire de Metz où depuis -gtemps il occupait les fonctions de médecin en chef1.

• On eut pu attendre de lui plus que l’opuscule qui résume son expéuce de la guerre de Crimée. Mais depuis longtemps déjà ce chirurgien au début de sa carrière avait donné à notre art de si beaux gUes tivité, avait dirigé ses études dans une autre voie.

Son Résumé des observations médico-chirurgicales faites à l’armée aent ne renferme que des indications malheureusement trop succinctes les congélations et sur les plaies d’armes à feu. Scoutetten y insiste les conditions balistiques qui ont influencé le pronostic des blessures int cette campagne, il donne quelques aperçus personnels sur l’inler- . n opératoire en chirurgie d’armée, intervention qu’il veut simple ique, conservatrice, plus sûre que brillante. Il fait porter ses remar-

I ScoürhTTK* (Robert-IIenri-Joseph), ne à Lille le 24 juillet 1799, aide-major en 18^ rg.en-major en 1832, principal de 2« classe en 1840, de |r. en 1842 médecin en chef aôpital de Metz en 1852, mort à Metz en 1870 ’ C " 611 C,,e(

ques sur les effets des nouvelles balles, et des sabres-baïonnettes employés pour la première fois durant cette campagne et qui, en raison du mouvement de bascule imprimé à l’arme, déterminaient des plaies plus étendues et plus profondes que celles produites par les baïonnettes triangulaires. L’hu- j midité constante entretenue dans les salles des hôpitaux de Constantinople par le Bosphore l’amène à confirmer la justesse de vues déjà émises par ! ses devanciers sur l’influence de cette cause dans la pathogénie delà pour- { riture d’hôpital. La fréquence et la gravité des hémorrhagies secondaires, l’insuccès des ligatures à distance employées contre elles, lui fournissent quelques remarques; enfin les caractères si particuliers que présentait le début de l’infection purulente sur les blessés de Crimée, les rapports de cette dernière avec l’ostéomyélite, enfin la gravité relative des opérations primitives et secondaires, l’arrêtent un instant.

A 28 ans, Scoutetten avait publié son travail sur la méthode ovalaire ou nouvelle méthode pour amputer dans les articulations, ouvrage qui, traduit en plusieurs langues, avait fondé sa réputation. Sept ans plus tard, il avait fait f paraître un mémoire également remarqué sur la cure des pieds bots, puis»] ses observations de chirurgie.

Ce furent là les seuls écrits chirurgicaux un peu importants de ce chirurgien dont les aptitudes remarquables étaient hautement reconnues. Sesfj derniers travaux ont été consacrés à des études physiologiques et médi-jj cales. Il était membre correspondant de l’Académie de médecine et de>[ nombreuses sociétés savantes. Son nom n’a jeté malheureusement suri! la chirurgie qu’un lusLre passager.

VALETTE (Tharsile)

Avant de parler succinctement des écrits de Tharsile Valette, inspirédf ar la guerre de Grimée, nous devons dire quelques mots de ce chirurgienj| d’armée qui figure parmi ceux qui ont le plus honoré notre' corps dans lui? dernière moitié de ce siècle.

Fils d’un chirurgien principal qui fit la campagne de Morée et qui sur-L; vécut à son fils, Tharsile Valette était né à Rennes en 1818'. Il entra aii fi service en 1830. Lauréat des hôpitaux d’instruction, prosecteur à Lillej/î puis professeur d’anatomie à l'hôpital de Metz en 1848, Tharsile Valettdi» avait rendu de grands services à l’enseignement avant la suppression deii, hôpitaux d’instruction. Il se présenta au premier concours d’agrégatioilff du Val-de-Grâce avec Legouest et échoua. Il partit l’un des premiers pou» j l’expédition de Crimée, et fut chargé, dans les hôpitaux de ConstantinoplelM d’un service important. Au retour de Crimée, il fut promu médecin princijj pal à 38 ans. Sa mort, due à une affection cérébrale quelques années plujl tard en 1860, mit fin à une carrière brillante.

C’était un des sujets les plus éminents de la chirurgie militaire de soit temps. Esprit distingué, instruit, et opérateur habile, Valette avait de pluj I une qualité précieuse, l’originalité. Pour l’historien dépourvu des im J pressions parfois trop profondes qui laissent au contemporain des qualité!»

Page 1