I.-M., COMPAGNON BARBIER
suivi par plusieurs autres médecins de la Faculté de Paris, pour la plupart élèves de Gourmelcn, docteur régent de ladite Faculté. A cette époque de luttes ardentes entre les médecins et les chirurgiens, les écrits des premiers étaient d’ailleurs presque toujours suivis d’une réplique passionnée des seconds.
Nous n’avons rien à relever d’utile dans ces opuscules dictés par la jalousie et dans lesquels la critique est portée le plus souvent jusqu’à l’invective. Nous signalerons cependant la grande place que Daleschamps consacre à nos traumatismes dans sa Chirurgie française et nous ne dirons que quelques mots du Discours des karquebousades du compagnon barbier.
l.-M., compagnon barbier. — Il est bien inutile de se lancer dans des hypothèses plus ou moins plausibles touchant l’identité de cet anonyme. Il nous suffit de savoir que ce vrai ou prétendu compagnon barbier dont la qualification a été prise pour un nom propre par certains auteurs, était un adversaire de Paré. Il défend les idées de Le Paulmier de Caen dont il se dit l’ami et auquel il doit de la reconnaissance, et s’en prend surtout aux topiques graisseux « pourissants » de Paré. Sans doute dans ses critiques il dépasse parfois la juste mesure, mais on ne peut s’empêcher de reconnaître que celles-ci étaient quelquefois aussi très fondées. « Devant Hesdin, il (Paré) fut, dit-il, si malheureux en ses pratiques durant le siège que les capitaines et soldats ne lui en voulurent pas moins de mal encore long- • temps après la guerre que s’il eût usé du poison pour envenimer les playes. D’où venait ce malheur? Il l’attribue quelquefois au froid, autrefois à l’air pestilentet malin; mais je le réfère (comme à la vérité il doit être rapporté) au basilicum, aux huiles dont il usait, remèdes trop humides et pouris- -sants1. A Rouen, à Dreux, il en fut de même. »
La critique était juste : Paré lui-même en reconnut la justesse en changeant de méthode; elle porta si haut quelle le força, comme nous l’avons h vu, à défendre ses résultats dans une apologie adressée au Roi2. « Estant - levant Rouen, nous dit-il en effet, aperceuant que les playes se tournoyent «rplus tost à la nourriture qu’à quelque bonne suppuration, je fus contraint ii et avec moy la plupart des chirurgiens laisser les suppuratifs et en lieu j l’iceux user de l’onguent œgyptiac. et autres remèdes semblables. » Le :ompagnon barbier reproche à Paré, non sans raison, d’avoir fait à tort iprès ces insuccès un retour aux méthodes barbares suivies par les maîtres | taliens plutôt que de s’être tout simplement adressé aux détersifs, c’est-ài lire aux topiques ne déterminant qu’une suppuration peu abondante. 11 lui R .ient rigueur encore d’avoir attendu pour changer ses suppuratifs onctueux I < d’avoir laissé mourir la plus belle partie de la noblesse ». En fait. Paré ■ '•tait loin d’être toujours heureux, il faut bien le reconnaître, et Le Paulmier I :t ses partisans touchaient juste quand ils appréciaient la cause de ses ■nombreux et trop réels insuccès.
2. On trouve clans cet opuscule ce détail curieux dont le compagnon barbier tire parti à ï-i façon, mais qui témoigne pour nous de l'extrême lionne foi et de l’honnêteté de Paré. A M n dîner donné par le chirurgien ordinaire du roi Pigrav « qui n’appliquait jamais de B ippuratifs à l’arquebueade », Paré aurait, bis larmes aux yeux, regretté ses malheurs chi- I trgicaux et se serait reproché d’avoir trop longtemps usé des suppuratifs pourrissants.
VEYRAS cl GUI LH EM ET (1581) 1
Le premier de ces auteurs était médecin, le second chiiurgien, tous deux pratiquaient à Nismes et s’honoraient d’avoir été disciples de Joubert. Nos guerres civiles leur avaient fourni quelque expérience en chirurgie d’armée. . .
Yeyras, en tant que médecin, est plus habile à manier la plume, plus
fort à soutenir la riposte, il est aussi plus original. Moins attaché au blessé que Guilhemet 2,il laisse plus volontiers son esprit s’engager vers le champ de l’hypothèse et il a le bonheur, en suivant cette voie, de trouver et de formuler une doctrine alors bien hasardée, dont toute la portée sans doute ne sera bien saisie qu’à notre époque, mais trop belle pour que nous laissions oublier la part qu’a prise Yeyras à la soutenir.
Guilhemet au contraire est moins instruit, plus terre à terre, plus attaché aux pratiques et aux idées courantes ; l’autorité sur laquelle il s’appuie suivant la coutume est Paracelse, autorité bien inférieure à Hippocrate et Galien, auxquels Yeyras s’adresse pour soutenir ses opinions.
Leur livre met bien en lumière les doctrines et les pratiques des chirurgiens de cette époque. En ce sens, il est d’une lecture agréable et profitable
pour celui qui les recherche.
Il renferme plusieurs parties :
1° Le Paradoxe (qui peut estre dict Eudoxe), que les médicaments suppuratifs onctueux et emplastiques sont nuisibles aux playes faictes par arquebusades, et qu’elles doivent estre les qualitez du médicament qui eui conuient. » C’est la partie originale de la dissertation de Yeyras.