‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 245 sur 460 · RÉVOLUTION INTÉRIEURE (COMMUNE · texte numérisé non relu

RÉVOLUTION INTÉRIEURE (COMMUNE

La guerre franco-allemande, déclarée le 19 juillet 1870, ne commença que le 2 août. Dès l’ouverture des hostilités, 240 000 hommes épars sur une ligne de 75 lieues, ne pouvant soutenir le choc des 500 000 hommes de la première levée allemande, sont défaits à Wissembourg , à Frœschwiller, à Spickeren, après une lutte acharnée. A Wissembourg, nos troupes perdent 2 000 hommes environ et les Allemands 1 528 (Engel); à Frœschwiller, 11 000 Français sur 35 000 hommes engagés sont mis hors de combat1. I/armée allemande accuse de son côté, dans cette lutte, une perte de 10 527 hommes, sur lesquels 7 153 blessés. A Spickeren, nous avons 4 078 tués et blessés, et les Allemands 4 866 (Engel).

Après ces journées malheureuses, la France est envahie, une partie de l’armée du Rhin se replie sous Metz, pendant que les débris de celle de Mac-Mahon se portent vers Châlons, que Paris arme ses forts et que Strasbourg , Phalsbourg et Thionville sont bloqués.

Le 14 août commencent sous Metz les plus terribles batailles de la campagne : Borny, où nous accusons 3 500 hommes hors de combat et les Allemands 4 993 ; Vionville et Rezonville (16 août), où les deux armées opposées perdent ensemble 35 000 hommes en nombre à peu près égal de chaque côté; Gravelotte , Saint-Privat (19 août) où les trois corps d’armée français dont l’effectif représentait 50 000 hommes qui ont à supporter tout l’effort de l’ennemi, laissent sur le champ de bataille plus de 11 000 hommes et en font perdre 20 000 à l’armée allemande (Engel). Les armées de Metz pendant les trois journées de Borny, de Vionville et de Gravelotte-Saint- Privat avaient donc perdu près de 80 000 hommes, en nombre égal de chaque côté. Après Saint-Privat, l’armée du Rhin cesse d’exister et se replie sous la protection des forts de Metz. C’est alors que commence pour elle cette période de privations et de souffrances qui dure 72 jours et durant laquelle les hôpitaux de la place se remplissent de malades. Cette période n’est traversée que par les combats de Noisseville et de Ladoncharnps où les deux armées accusent une perte totale d’environ 3 000 hommes.

La veille de Noisseville (1er septembre), l’armée de Châlons, qui s’était

1. Plus de la moitié de l’effectif si l’on range dans la catégorie des tués et des blesses une partie des 6 000 disparus.

portée au secours de l’armée de Metz, était battue à Beaumont-Mouzon où elle perdait 3 000 hommes environ; puis le lendemain elle laissait près de 15 000 tués et blessés sur le champ de bataille de Sedan. Cette journée, désastreuse pour nous, coûtait à l’armée allemande 9 800 tués et blessés (Engel).

L’Empire ne put survivre au désastre de Sedan et alors que les places fortes de la frontière étaient bombardées, des levées de jeunes soldats inexpérimentés étaient, pendant le rude hiver de 1870-71, opposés par le gouvernement de la Défense nationale, au Nord, sur la Loire et dans l’Est, aux armées allemandes victorieuses et aguerries.

A l’armée de la Loire, d’Aurelles de Paladine, puis Chanzy livrent les batailles de Coulmiers de B e aune-la RoUan de, de Villepion, de Loigny, d 'Orléans, de Beaugency, du Mans*, puis est rejeté au delà de Laval.

Dans le Nord, Faidherbe lutte à Villers- Bretonneux , Pont-Noyelle, Bapanme , Saint-Quentin et est refoulé sous Lille3.

Sous Paris, Trochu et Ducrot attaquent l'armée d’investissement à Yilliers, au Bourget, à Champigny , à BuzenvaC.

Dans l’Est, un noyau de troupes, après avoir lutté dans les Vosges puis sous Dijon, est renforcé par le corps de Bourbaki. Après les journées de Montbéliard et Villersexel, elles sont rejetées en Suisse3.

De nos places fortes bombardées, les unes avaient dû se rendre; les garnisons des autres en étaient sorties avec les honneurs de la guerre. Belfort seul tenait. La capitulation de Paris, après quatre mois et demi d’investissement dont un de bombardement, mit fin à cette guerre.

La lutte ne s'arrêta pas là. L’Internationale et la Commune forcèrent l’armée française à faire un second siège de Paris (2 avril-21 mai) et à livrer dans les rues de la capitale incendiée un combat meurtrier de sept jours (21-27 mai 1871) 6.

Enfin, pendant que ces événements se passaient en France, notre grande colonie algérienne se soulevait; plusieurs de ses villes dépourvues deleurs garnisons habituelles étaient serrées de près et une campagne fatigante de

L II a été impossible d’établir autrement que d’une façon très approximative les pertes de notre armée après Sedan. Certains corps perdirent jusqu’à deux ou trois fois leurs pièces de comptabilité, et souvent ils ignoraient le chiffre exact de leur effectif.

2. Pertes approximatives des armées françaises et allemandes pendant les batailles livrées par Z’armée de la Loire : Coulmiers : Français 1 200 hommes, Allemands 1 223. — Beaune-la-Holande : Français 1 366 tués et blessés, Allemands 873. — Villepion : Français 1 072 tués, blessés et disparus, Allemands 919. — Loigny : 4 342 tués et blessés, Allemands 4119. — Orléans : 2 000 blessés et tués environ, de chaque côté. — Beaugency : 3000 tués et blessés pour chaque armée. — Le Mans : près de 3000 Français tués et blessés, . près de 2000 Allemands.

3. Armée du Nord. Villers-Bretonneux : Français 2152, Allemands 1234. — Pont-Noyelle: Français 2 046 blessés, tués, disparus, Allemands 864. — Bapaume : Français 1 610, Allemands 762. — Saint-Quentin : 5 000 tués, blessés, disparus, Allemands 3 000.

4. Paris. Villiers: Français 2 083 blessés et disparus, Allemands 2 471. — Bourget. : Français 690 tués, blessés, disparus, Allemands 583. — Champigny /Français 6 031 tués, îdessés, disparus ; Allemands 6 205. — Buzenvat : Français 2 400 hommes, Allemands 736.

•">. Armée fie l'Est. Nonpatelize : Français 822 tués et blessés, Allemands 403. — Montbéliard : Français 3000 hommes de part et d’autre. — Villersexel : un millier d'hommes de part et d’autre, etc.

6. Le médecin inspecteur Pasquier, qui dès les premiers jours de cette lutte fratricide avait spontanément cherché à y mettre un terme, paya de sa vie son dévouement à la chose publique.

plusieurs mois devait être entreprise pour réduire les tribus rebelles.

Pendant la guerre de 1870-71, les pertes de notre armée qui n’ont pu être établies que d’une façon approximative se seraient élevées, d’après Chenu, à 136 5 40 tués, disparus ou morts de blessures ou de maladies; 131 000 hommes auraient été frappés parle feu de l’ennemi, 11 421 auraient présenté des plaies de marche, et 328000 des congélations. Au Ier avril 1873, date de la clôture des recherches de Chenu, on comptait 3062 amputés.

D’après Engol, les pertes de l’armée allemande auraient été de 127 867 blessés et de 28883 tués ou morts des suites de leurs blessures.

La guerre de 1870-71, qui imposa au pays de faire appel à toutes ses forces vives, mêla aux rangs de la chirurgie militaire un nombre de pratieiens civils de beaucoup supérieur à celui que son cadre comportait. Parmi les chirurgiens civils qui vinrent nous prêter leur concours, les uns dès le début de la guerre, après avoir plus ou moins recherché l’attache delà Société de secours, suivirent les armées ou assurèrent les services de quelques hôpitaux ou ambulances sédentaires; les autres, surpris parl’aflluence des blessés dans leurs villes bombardées ou voisines de grands champs de bataille, furent ainsi temporairement forcés de s’adonner à la pratique de la chirurgie de guerre. Certains enfin, obéissant au décret du gouvernement de la défense nationale qui prescrivait l’incorporation de tous les médecins de 20 à 40 ans, furent attachés aux bataillons de mobiles, de mobilisés ou aux ambulances qui les suivaient. Nombre des uns et des autres nous ont laissé des écrits que nous ne pouvons passer sous silence.

La nature des opérations militaires qui comportaient des luttes en rase campagne et des bombardements de places fortes, a fait naître deux groupes de Relations chirurgicales aussi différentes par la nature des blessures observées que par les causes extérieures qui en ont influencé la marche. Nous ne pouvons les confondre dans notre analyse pour laquelle nous trouvons ainsi deux cadres tout tracés.

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