‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 246 sur 460 · ARMÉE DU RHIN · texte numérisé non relu

ARMÉE DU RHIN

A la nouvelle des premières batailles livrées en Alsace, la plupart des professeurs de la Faculté de médecine de Strasbourg E. Bûeckel, Feltz, Joessel, avec Sédillot à leur tête, se rendirent, accompagnés de nombreux aides, dans les villes de Haguenau et à Bischwiller, qui avaient hospitalisé le plus grand nombre des blessés de Frœschwiller et de Wissembourg. On s’explique aisément ainsi que la plupart des Relations chirurgicales de cette partie de la campagne de 1870 soient signées des anciens professeurs de Strasbourg. Grollemund et Christian ont joint leurs observations à celles de leurs maîtres.

Sédillot1. Le mémoire de Sédillot est un des plus substantiels que nous

1. Sédillot, Du traitement des fractures des membres par armes à feu. Lettre a M. le professeur Stœber, Gaz. méd. de Strasbourg, 1870. Chirurgie deguerre : du traite ment des fractures des membres par armes à feu, in comptes rendus de l'Académie des Sciences, 1871, Chenu, Statistique et Recueil de Mémoires de mddecine militaire, 1871.

, i ayons à analyser. L’étude approfondie dos indications, des contre-indications de la conservation, de l’amputation et de la résection dans les frac- , tures des membres, questions si vastes, si importantes, et si controd versées, reçoivent de lui quelques lumineux éclaircissements et lui inspirent j de sages préceptes. S’élevant d’emblée à la hauteur d’idées qui était familière à cet esprit ami de la synthèse, il recherche dans les endémies infectieuses les raisons des différences si remarquables constatées dans les résultats fournis par les méthodes diverses d’intervention et réclame en faveur de l’hygiène toute l’attention des chirurgiens. Pour lui, un blessé sain, convenablement soigné et placé dans un milieu salubre, doit guérir. Cette condition n’est-elle pas remplie, on a toujours à craindre les plus graves accidents. Or « que faire contre la gangrène spontanée, la diphtérite, le phagédénisme, la pourriture d’hôpital, les hémorrhagies scorbutiques, les infections purulente et putride elle typhus nosocomial, dernier terme de ces calamités? Les doctrines, les méthodes, l’expérience disparaissent dans de pareils cataclysmes et non seulement les opérations ne réussissent plus, mais les hommes de l’art, découragés et désespérés, renoncent à les entreprendre ».

iNulle part plus qu’à Haguenau, il n’avait été autant frappé de l’importance de l'hygiène chirurgicale, de la dissémination des blessés, de ce qu'il appelait la chirurgie de salubrité. Les 1 950 blessés entassés dans l’hôpital, le collège, la caserne, la douane, les pensionnats, les maisons particulières, avaient créé Un centre d’infection qui compromit tout d’abord les résultats de la chirurgie opératoire ou conservatrice. «Vers le 15 août, ditil, chaque établissement formant ambulance, répandait une odeur de suppuration et de gangrène facilement appréciable à une grande distance et plus tard la ville était envahie par les mêmes émanations. »

Sédillot discute les avantages et les inconvénients des trois grandes méthodes de traitement applicables aux fractures par coup de feu et se prononce résolument en faveur de la conservation simple ou de la résection. 11 s’arrête aux indications et aux moyens curatifs qui leur sont applicables. Partant de ce principe que le danger des blessures est en raison de l’étendue des surfaces traumatiques, il rejette toute incision faite de parti pris ainsi que les résections totales, quand elles peuvent être remplacées par des résections partielles, etc.

L’étude particulière des fractures par armes à feu dans la continuité et dans la contiguïté lui sert à déterminer quelles modifications le siège des lésions apporte à ces préceptes généraux. C’est son chapitre de beaucoup le plus étendu; c’est là qu’il transcrit ses nombreuses observations personnelles. Le suivre plus loin serait nous exposer à des redites. D’ailleurs ce que nous avons dit de son travail suffit pour donner un aperçu des sujets qu’il embrasse et des tendances pratiques qu'il affirme.

E. Bceckel1 s’arrête à deux complications de nos blessures, aux hémorrhagies et à Y ostéomyélite . La fréquence des premières l’avait frappé comme elle frappa dans le même milieu Feltz et Grollemund. L’insuccès des

1. Des hémorrhagies dans les plaies d'armes à feu. — De 1 ostéomyélite consécutive aud : plaies donnes à feu. Esquisses des ambulances de Haguenau et do Strasbourg, par le Df E. BoECKKf., professeur agrégé de la Faculté, in Gazette médicale de Strasbourg , 1871-72.

De l’ostéomyélite consécutive aux plaies par armes à feu, même recueil, mémo année.

moyens indirects employés pour les combattre le forcent à recommander 1 la ligature des deux bouts des vaisseaux divisés.

L’ostéomyélite lui fournit une description magistrale cl des aperçus [ personnels que nous reprendrons.

Fie lt z et Grollemund 1 . Ces chirurgiens ont suivi 350 blessés recueillis dans le collège et une manufacture de llaguenau. Ces blessés étaient hospitalisés dans des conditions d’installation très satisfaisantes, ils étaient bien pourvus de tout le nécessaire et assistés par un personnel nombreux. j, Gomme on pouvait s’y attendre, les résultats chirurgicaux, ont été fort satisfaisants : quatorze fracturés de la cuisse ont fourni onze guérisons et trois morts, et encore l'un de ces derniers succomba aux suites d’une blessure viscérale. Cette bonne Relation est en somme un plaidoyer en faveur de la conservation, avec nombreux faits rapportés à l’appui de la thèse soutenue.

Nous nous contenterons de signaler ici les remarques de Feltz et Grollemund sur la fréquence des hémorrhagies secondaires chez les opérés (8 cas mortels sur 20 amputations de la cuisse), d’attirer l’attention sur les explications données, de noter les idées de ces auteurs sur la pathogénie, l’étiologie invoquées, enfin de rappeler les nombreux faits de plaies de poi- j trine qu’ils ont rassemblés.

Jœssel2. La relation de Jœssel moins importante renferme pourtant quelques exemples remarquables de plaies de la poitrine et de l’abdomen.

Christian3 *. Les 7, 8, 9 août, 800 blessés transportables, venus de Woerth, furent hospitalisés dans les monuments publics de Biscbwiller et dans les villages environnants. Ils y furent soignés par quelques médecins de l’armée, de la ville, et par des médecins allemands. Le Dr Christian de Bischwiller, qui put suivre jusqu’au bout la plupart de ces blessés, a, dans un substantiel travail, relevé sans idées préconçues les résultats obtenus par les divers modes de traitement utilisés et contrôlé leur valeur relative. Sa relation est encore riche d’observations de lésions .des cavités et des membres.

L’époque à laquelle les blessés non opérés furent transportés dans les ambulances de Biscbwiller ne permettait déjà plus de compter sur les succès des amputations primitives. On eut recours, autant par nécessité que par principe, à la méthode conservatrice et on n’eut pas à s’en repentir. Les guérisons furent nombreuses dans les ambulances, mais seulement dans les premiers temps alors que les blessés étaient à l’abri de toute privation et qu’ils étaient soignés par un personnel médical subalterne nombreux et entendu. Sur 39 blessés atteints de fractures de la jambe presque toutes graves, traités par la conservation, Christian releva 33 guérisons; sur 22 fracturés de la cuisse pour lesquel on utilisa le même mode de traitement, 10 guérirent sans intervention et 2 après avoir subi des amputations consécutives. Christian est frappé des résultats très différents fournis

1. Relation clinique sur les ambulances de Haguenau, par Feltz, professeur agrégé delà Faculté de médecine de Strasbourg, et Grollemund, médecin de détention de Haguenau, Gazette médicale de Strasbourg, 1871-1872.

2. Sur Vambulance du petit quartier de Haguenau , par Jœssel. Gazette médicale de Strasbourg, 1871.

3. Christian. Relation sur les plaies de guerre observées à l'ambulance de Bischwiller,

en 1870-71. Gazette médicale de Strasbourg, 1872, n08 22 , 23 , 24.

parles amputations primitives et consécutives, la plupart intermédiaires. Les chitfres de 10 p. 100 qui exprimaient la mortalité des premières et de oi p. 100 celle des secondes étaient en effet assez tranchées pour fixer l’attention. Le travail de Christian mérite de figurer parmi les meilleures relations partielles de la guerre de 1870.

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