THÈSES SUR LA
Les nombreux élèves de l’École du service de santé militaire de Strasbourg avaient été envoyés en partie, dès la déclaration de guerre, dans les villes fortes du Nord-Est, centres présumés d’évacuations; d’autres furent attachés aux ambulances actives de nos armées de province1. La guerre terminée, ils fixèrent leurs souvenirs et les observations qu’ils avaient pu recueillir dans les thèses qu’ils soutinrent à Montpellier et à Paris de 1871 à 1873. Par une singulière coïncidence, les jeunes chirurgiens militaires du second Empire allaient, comme leurs aînés du premier, contribuer puissamment à éclairer l’histoire médico-chirurgicale de la grande lutte à laquelle ils avaient pris part. A leurs écrits, nous pouvons joindre ceux des médecins aides-majors requis, des aides attachés aux diverses ambulances internationales, qui, comme les premiers, ont trouvé dans les faits d’une observation journalière des éléments tout préparés et intéressants pour leur travail inaugural.
Tantôt comme ceux de Woeiirlin, de Stltel, de Polaczeck, de Job, de > Mousnereau, de Miguet, de Ployer, de Gaübet, de Grosjean, de Lartigue2, \ ces écrits sont le résumé du fonctionnement d'un hôpital militaire, d’un . hôpital temporaire, d’une ambulance ; d’autres embrassent l’étude généi raie des plaies d’armes à feu ; enfin certains sont consacrés à celle, plus [•circonscrite, des blessures d’une région, d’un tissu ou à la description d’une complication. Beaucoup de ces thèses représentent des travaux bien plus importants que les rapports de chirurgiens de renom placés à la tète r des divers services sanitaires.
La question des fractures par coup de feu, de leur traitement et des t heureux résultats que fournit la méthode conservatrice, fut, comme on en [ peut juger par un rapide coup d’œil jeté sur les titres de ces thèses, un ' des sujets qui a le plus préoccupés ces auteurs et qui a reçu de leur part
1. Un certain nombre d'entre eux resta à Strasbourg où il fut chargé du service chirurgical des postes avancés et des remparts. Le médecin-major Bresson a rendu
kl: hommage à leur dévouement dans un Rapport manuscrit intitulé : Des postes de preip miers secours pendant le siège de Strasbourg ( Archives du ministère de la guerre), qui constitue une belle page de plus à l’avoir d’un corps qui n’en est plus à les compter. Trois -d'entre eux, Comhier, Lacour. et Barïiiolomot, furent blessés mortellement dans les postes périlleux qu’ils occupèrent; Grouille fut atteint d'une fracture du crâne et dut être trépané par Sédillot; deux autres, CnusNAY et Roy, furent frappés dans la ville et l’un d’eux succomba. Le conseil municipal de Strasbourg vota solennellement des remerciements aux élèves du service de santé de Strasbourg; trois décorations furent accordées à ces 1 aides qui n'avaientaucune place dans la hiérarchie militaire ; on leur donna le grade de sousaides et, lors de la capitulation de la place, le général Ulrich rendit hommage à leur courage.
2. Thèses de Paris : Wœhrlin, Ambulance du lycée de Strasbourg, 1871. — Stutel, Ambulance du petit séminaire de Strasbourg, 1872. — Polaczek, Combat de Villejuif, 1870. — Job, Ambulance de l'hôpital Iiolhschild, 1871. — Mousnereau, Essai comparatif entre quelques-unes des principales ambulances sédentaires établies à Paris pendant le siège de Paris en IH70-7I , 1871. — Miouet, Une ambulance pendant le siège de Paris, hôpitaux temporaires, 1872. — Royer, les Ambulances pendant te siège de Paris, 1871. — Cauuet, Essai sur le service médical de l’armée en campagne, 1871.
Thèses de Montpellier : Grosjean, Compte rendu de la première division de blessés à l hôpital militaire de Metz, pendant le blocus, 1871. — Lartigue, Ilelation chirurgicale du siège de Phalsbourg, 1871.
les meilleurs éclaircissements. Après, nous pourrions citer la question des blessures des nerfs par coup de feu et celle de la pourriture d’hôpital.
Les noms de Simacourbu, Vaslin, Simon, Chalvet, Miquel, Cuesney et Astre se rattachent à l’étude des plaies d’armes à feu envisagée d’une façon générale1. Pqtel, Vautiiier, Pruvost, Millotianu, Lam rotin, Davezac, Maunas, Guoulex, Isambert, Farabeup, Fluteau, Roberdeau, de Roaldès, Cailiié, Antoine, Galtier, Durois, Demeules, Biencourt, Hubert, Gircourt, Sauve-
ROGIIE, ÜCCIANI, llOBUCHON, RlGODON, QuiYOGNE, JUGURIANO, Ont Consacré leilTS
thèses à l’exposé des blessures des membres2; Bonneau, Large, Belleau, Cunin, de Parades, Bonnefon, Rigal, Moty, Mestrude, Tiures, Monnier, Dupont, Nadaud, à celui des complications des plaies d’armes à feu '1 ; enlin, Dufour, Dardignac, Mauquié, Brociiard, Benecil, Klein, Rullier, Ciiaplain,
1. Thèses de Paris : Simacourbë, Plaies en s (don des parties molles des membres, 1871. — Vaslin, Études sur les plaies par armes à feu , 1871. — Simon, Considérations sur les plaies par armes à feu, 1871. — Chalvet, Des moyens les plus propres à sous-cul aniser les plaies,
1871. — Miquel, Blessures par l'obus et ses éclats. — Ciiesney, Plaies par armes à feu , enkystement des projectiles , 1874.
Thèses de Montpellier : Astre, Quelques considérations sur les plaies par armes à feu.
2. Thèses de Paris : Potel, Essai sur le traitement des fractures par coup de feu, 1871.
— Vautiiier, Contre-indication de l’extraction immédiate des esquilles dans les fractures par armes à feu, 1873. — Pruvost, Remarques sur le pronostic et les indications immédiates du traitement dans les plaies osseuses par armes à feu, 1871. — Millotianu. Quelques considérations sur le pronostic des fractures par armes à feu, étudié comparativement chez l’homme et chez la femme, 1871. — Numa Lambotin, Des accidents consécutifs à l’emploi des appareils inamovibles dans les fractures des membres, 1871. — Davezac, Extraction des esquilles dans les fractures des membres par armes à feu, 1872.
— Malinas, Conservation dans les fractures des membres, 1872. — Choulex, Résections dans la continuité des os longs des membres à la suite des coups de feu, 1872. — Isambert, Fractures avec plaies, utilité de l’irrigation continue et des applications froides,
1872. — Farabeuf, De la confection des moignons et de quelques moignons en particulier... Statistique de fractures par armes à feu, 1871. — Fluteau, Fractures de la diaphgse des os longs du membre inférieur, 1872. — Roberdeau, Considérations cliniques sur quelques lésions primitives ou consécutives du fémur dans les blessures par coup de feu, 1871. — De Roaldès, Des fractures compliquées de la cuisse par armes de guerre, 1871. — Cailh é, Fractures du fémur, 1873. — Ch. Antoine, Des plaies pénétrantes du genou par armes à feu et de leur traitement, 1871. — Galtier, Des plaies pénétrantes de l’articulation du genou par les projectiles de guerre, 1871. — Dubois, Plaies par armes à feu de l’articulation clu coude, 1872. — Demeules, Pronostic et traitement des fractures de jambe compliquées de plaies, 1871. — Biencourt, Traitement des fractures de jambe par coup de feu, 1873. — Hubert, Pseudarthroses consécutives aux fractures, 1872. — Gircourt, Plaies et résection de l'épaule , 1872. — Sauveroche, Fractures comminutives de l'humérus par armes à feu, conservation du membre , 1872. — Ucciani, Des plaies pénétrantes par armes à feu de V articulation tibio-tar sienne, 1872. — Robuciion, Observations et statistiques pour servir à l’histoire des amputations, Paris, 1872. — Rigodon, Liqueur de Villate dans le traitement, des trajets fistuleux consécutifs aux plaies d’armes à feù, 1873.
Thèses de Montpellier : Quivogne, Des plaies de l’ articulation scapulo-humèrale, 1871.
Juguriano, Des avantages\dc T amputation à la suite des blessures par armes de guerre, 1S72.
3. Thèses de Paris : Bonneau, Hémorrhagies artérielles dans les plaies d’armes à feu modernes, 1872. — Larue, Des blessures des nerfs par armes à feu, 1871. — Belleau, Des blessures des nerfs par armes à feu, 1872. — Cunin, Des blessures des nerfs par armes à feu, 1873. — De Parades, Lésions traumatiques des nerfs et leurs suites, 1873. — Bonnefon, Considérations sur quelques cas de tétanos traumatique suivis de guérison, 1871. — Rigal, De la pourriture d’hôpital, 1871. — Moty, Sur une épidémie de pourriture d’hôpital, 1871. — Mestrude, Du traitement de la pourriture d’hôpital et en particulier du traitement par la teinture d’iode, 1871. — Tribes, De la complication diphtéroïde contagieuse des plaies, de sa nature et de son traitement, 1871.
Thèses de Montpellier : Monnier, Sur la pourriture d’hôpital , 1871. — Dupont, Quelques considérations sur la pourriture d'hôpital, 1871. — Nadaud, Gangrène dans les fractures par armes de guerre. Th. Paris, 1873.
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Juillet, ont traité des plaies des diverses cavités par projectiles de guerre1 2 3.
Nous arrivons, pour terminer notre longue analyse, à des écrits qui, en raison de leur caractère, n’ont pu rentrer dans les cadres précédents ou que nous ne pouvons que mentionner.
Sarazin 2 a consigné son expérience de la campagne de 1870 dans deux courts mémoires. 1° Dans un premier travail publié dans le Lyon médical 1872-73, il s’est attaché à l’étude peu élucidée des accidents tardifs des fractures par coup de feu et a insisté sur l’utilité des interventions chirur- . gicales secondaires pour l’ablation des séquestres ou la destruction de la moelle fongueuse. 2° Dans une revue trop modestement intitulée Revue générale analytique sur quelques questions de chirurgie d’urmée , le môme auteur a repassé à grands traits les pratiques auxquelles ses collègues et lui se sont arrêtés pendant la guerre de 1870. 11 y juge certains points litigieux d’une façon très lumineuse, tels que le débridement, la cicatrisation immédiate des plaies, leur exploration, l’emploi de certains modes de pansements, les processus de guérison des fractures par coup de feu, les interventions retardées, l’inutilité et les dangers des eaux thermales, l’emploi des appareils immobilisants, etc.
Cuignet a. Attaché à des Commissions chargées d’examiner les titres des blessés à des secours temporaires ou à des pensions, le médecin principal Cuignet a été frappé du nombre relativement considérable des plaies du genou guéries par la conservation et, au contraire, du nombre très restreint d’amputés de cuisse qui se présenta. Il arriva ainsi par une voie plus indirecte que Champenois à s’éclairer sur la valeur sur la valeur de la < conservation dans les traumatismes de l’articulation fémoro-tibiale.
Un second mémoire, dont les éléments ont été recueillis dans les mêmes • conditions, contient d’intéressantes remarques sur les résultats définitifs obtenus par la conservation dans les fractures du fémur.
A côté des travaux de Sarazin et de Cuignet, rangeons le substantiel . mémoire de Muron4 5 sur l’ébranlement des tissus par les projectiles de guerre , travail dans lequel l’auteur a éclairé un sujet trop délaissé avant lui.
Nous allons passer rapidement sur les autres écrits dont il nous reste encore à parler.
Signalons, en premier lieu, le mémoire de Cabasse 5 sur le traitement
1 . Thèses de Paris : Dufour, Accidents consécutifs aux lésions traumatiques du crâne et de l'encéphale, 1872. — Dardignac, Considérations cliniques surles plaies de la face par armes à feu, 1871. — Mauquié, Contribution à l’histoire du traitement des fractures du maxillaire inférieur, 1871. — Brociiard, Plaies pénétrantes de poitrine par armes de guerre, 1872.
Thèses de Montpellier : Juiu.kt, Déchirure du cœur de cause externe, 1872. — Benech, Phlegmons de la fosse iliaque, 1872. — Klein, Plaies par armes à feu de la vessie , 1872. — Rullier, Plaies par armes à feu de l’intestin , 1872.
2. Sarazin, Sur quelques questions de chirurgie d’armée. Recueil de mémoires de médecine militaire, 1873, p. 203.
3. Cuignet, Plaies pénétrantes du genou par coup de feu, in Recueil de mémoires de médecine , de chirurgie et de pharmacie militaires, 1872.
Effets consécutifs des blessures par armes de guerre. Même recueil, même année.
4. Muron, Physiologie pathologique de T ébranlement des tissus par les projectiles de guerre. Gazelle médicale de Paris , 1871 et 1872.
5. Caiiasse, Sur l’emploi de la médication thermale et des eaux de Rourbonne en particulier dans le traitement des lésions traumatiques récentes, in Recueil de mémoires de médecine militaire , t. XXVII.
par les eaux thermales des fractures par coup de feu. La notice que Naudin 1 11 a consacrée l’installation des ambulances thermales de Luchon, j Innovation du Comité de la Croix rouge, renferme quelques renseignements 1 sur les ell'ets des eaux dans les traumatismes de guerre. Le rapport apolo- j gétique du baron Mundy -, celui du docteur Grange3 qui démontra jus- ; qu’où peuvent s’égarer des hommes do bonne foi, quand ils n’ont aucune | idée des exigences disciplinaires d’une armée, celui du docteur Fabre4, les ! aperçus de Pietrowski !i sur le rôle de la Société de secours aux biessés ne j méritent que d’ôtre cités. Nous en dirons autant du Journal d’une infirmière pendant la guerre de 1870-71 ®, et de l’opuscule de Doncourt7 qui cache sous son Litre le panégyrique exalté du rôle des communautés religieuses en 1870-71.
D’autres travaux, portant sur des sujets divers, comportent quelques enseignements et peuvent être lus avec plus de profit. Dans cette catégorie on peut ranger : les articles de Beaunis8 sur le siège de Strasbourg et le service médical à l’armée de la Loire, où se trouvent développées, sur le rôle des ambulances pendant le combat, des idées que nous reprendrons; l’opuscule de Joulin 9 où le malicieux écrivain dévoile, sur le ton du persiflage, tous les vices de l’organisation volontaire. Le rapport élogieux et grave du vice-président du Comité central de la Société H de secours sur le rôle de cette Société en est la contre-partie 10. Citons le récit anecdotique de Bonnafont1' sur le rôle des ambulances civiles et internationales sur le champ de bataille ; les critiques du médecin-major Franck12, sur la neutralité des médecins militaires; l’opuscule de Larger sur l’ ambulance primaire I3; l’article de Cociiin14 sur le rôle de l’assistance militaire et civile. Petit-neveu de Larrey, ce membre de l’Institut consacre au grand chirurgien quelques belles pages. Nous rappellerons encore l’important rapport de Devilliers 15 sur les services rendus par les évacuations en chemin de fer. Nous en rapprocherons celui de Gal-
1. Naudin, Notice sur tes ambulances thermales de Luchon, en 1871. Toulouse, 1872.
2. Mundy, Rapport sur l'ambulance de i ambassade d’Autriche-Hongrie, à Paris, du 20 septembre 1870 jusqu’au 31 janvier 1871. Versailles, 1871. Mundy soigna .42 blessés dont 9 atteints de plaies superficielles.
3. Grange, Rapport sur V ambulance de Bougival. Paris , 1872. Grange soigna
32 blessés.
4. Fabre, Compte rendu des travaux de l’ambulance de Perrache. Lyon, 1872.
5. Pietrowski, la Guerre et la Société de secours aux blessés, ln-8, Paris, 1871.
6. Journal d’une infirmière pendant la guerre de 1870-71. Sarrebruck-Metz-Cambrai,
3° édition. Bruxelles, 1871.
7. Doncour.t, Souvenirs des ambulances pendant la guerre de 1870-71. Paris, 1S70,
4e édition, 1879.
8. Beaunis, Impressions de campagne. Gazette médicale de Paris, 1871.
9. Joulin, les Caravanes d'un chirurgien d'ambulance. Paris, 1871.
10. Rapport présenté au nom du Conseil central de la Société de secours aux blessés, par le vicomte de Mun, vice-président de la Société. Paris, 1872.
11. Bonnab’ont, Des ambulances civiles et internationales sur le champ de bataille. • Paris, 1871.
12. Franck, De la guerre dans l’évolution de l'humanité et de la neutralité médicale pendant la guerre. Gazette médicale de Paris, 1871.