VE Y R AS ET GU IL II EM ET
2° Un petit Traité de la curation des arquebuzades , par M. Jaques Veyras.
3° La Réfutation d’aucuns propos mis en auant par M . Jaques Veyras, docteur en médecine, touchant la curation des playcs f aie tes d’arquebuzade, par M. Tannequin Guilhemet , maistre en chirurgie de la ville de Nismes et chirurgien ordinaire du Roy de Navarre.
t° Responce à la réfutation de M. Tannequin Guilhemet, chirurgien, etc., touchant la curation des playes d’arquebuzades, par M. Jaques Veyras.
5° L’Analyse des doctrines du chirurgien et du médecin de Nismes, par Joubert, suivie de Vains et détermination du dit sieur Joubert, médecin ordinaire du ltoy et du Roy de Naiiarre, etc., sur la dispute de MM. Veyras et Guilhemet.
Veyras a des idées bien nouvelles sur la thérapeutique de nos blessures. Pour se conformer à lacoutume,il lui fallait l’appui des anciens.il le trouve dans Hippocrate auquel on faisait en somme tout dire, même les choses les plus opposées, à condition de les rechercher dans telle ou telle partie de ses œuvres. Pour lui, on a mal interprété la sentence hippocratique relative à la suppuration des parties contuses qui servait alors de base à la thérapeutique de nos blessures. Le père de la médecine n’aurait voulu, d’après Veyras, ne faire suppurer que les plaies de tête et pour les autres, il aurait admis « qu’elles sont d’autant plus proches de la guérison qu’elles sont plus sèches ».
Sa voie une fois trouvée, Veyras s’y engage avec résolution et sape, non sans vigueur et justesse, tout ce qui se rattache aux doctrines opposées, en entremêlant bien entendu sa dialectique des théories régnantes alors, lesquelles, au premier abord, peuvent paraître singulières et dont il faut savoir le dépouiller pour le bien comprendre.
La suppuration est un processus naturel qui n’a pas besoin d’être favorisé. Le chirurgien doit se contenter de débarrasser la plaie du pus sécrété, sans chercher à en provoquer l’incessante production par ces suppuratifs gras, onctueux (pourrissants, comme on les appelait), qui salissent cette plaie et exposent le blessé à divers accidents. Réchauffer les parties atteintes de stupeur locale (refroidissement de la partie) « pour y attirer les esprits, la réunir par des agglutinatifs, employer pour les pansements tel remède qui n’engendre pas beaucoup de pus ou ne permet que la nature en produise1», voilà ce que veut Veyras. Un Listérien parlerait-il autrement?
Son topique, qui n’engendre pas beaucoup de pus et qui peut même ne pas en produire, il le trouve dans la classe des exsiccalifs. C’est une décoction de plantes astringentes dans du vin blanc. 11 en imbibe les pièces de pansement, il en fait des embrocations sur les parties voisines de la plaie, il 1 utilise encore comme vulnéraire, suivant en cela une pratique usuelle.
Point n’est besoin pour lui de nouveaux agents pour chacune des phases (suppurative, incarnative, détersive, cicatrisante), admises par ses contemporains. Quand la nature s’est débarrassée des parties contuses, de ses « excréments », elle assure d’elle-même la cicatrisation, pourvu qu’on ne la compromette pas par la formation exagérée du pus. Son topique peut dès lors servir à toute période et pour toute plaie.
Avec ccs idées, les topiques suppuratifs, incarnatifs, des chirurgiens de cette époque ne devaient pas trouver grâce devant lui. ü ne fait môme pas d exception pour le tripharmaquo de Joubert. Les cataplasmes émollients, préventifs de 1 inflammation dont on recouvrait les parties voisines de la plaie, il les rejette, les accusant d’être lourds et de retenir les produits excrémentitiels de cette dernière.
Les tentes dont on avait l’habitude de bourrer les plaies « les faisant solides et rudes comme chevilles de bois », il les condamne. Elles retiennent encore les sécrétions de la plaie, l’irritent et provoquent de vives douleurs à l’égal de tous les corps étrangers introduits dans les plaies. «Je vous prie considérer, dit-il, si la nature les peut auoir agréables quand mesme ne peut souffrir une pièce d’os qu’aura esté des siens propres... Il ést aysé de voir que c’est une chose contre nature, pour laquelle mettre hors elle fera d’efforts beaucoup, non sans exciter douleurs violentes1. »
Il n’admet que l’usage des plumasseaux, encore faut-il qu’ils soient « bien déliés ». Avions-nous tort de considérer Yeyras comme un auteur original? Son nom doit, avec celui de Le Paulmier de Caen, rester attaché à la théorie de la non-suppuration de nos plaies si en vogue aujourd’hui.
La réfutation de Guilhemet, partisan des théories, des pratiques des contemporains avait à l’époque où elle parut la valeur qui s’attache à un écrit dont la prétention est de remettre respectueusement dans le vrai chemin, le chemin des classiques, un auteur qui s’en égare. Aujourd'hui qu’il l’a perdu, sa lecture n’a plus à beaucoup près la saveur de celle de l’opuscule de Yeyras. Il résume, amplifie les idées de Paracelse, reprend les arguments anciens sur la nécessité de faire suppurer les plaies, celles de Galien sur l’utilité d’employer pour chaque période de nouveaux topiques. Nous devons lui savoir gré cependant de s’être quelquefois dans sa pratique montré mieux inspiré que pour ses théories. Pour ses premiers pansements, il prend à Hippocrate le vin qu’il emploie chaud, puis il recouvre la plaie d’emplastiques « qui me semblent, dit-il, convenir à toutes playes pour une fin principale: qu’est de conserverie baume de là partie des injures extérieures2». Au huitième jour il use des agglutinatifs, puis il s’adresse aux incarnatifs, aux cicatrisants.
Dans sa Hesponce à la réfutation de Guilhemet, Yeyras ne fait que reprendre les arguments qu’il avait déjà fournis sans ajouter rien de nouveau au fond de sa doctrine.
Le débat menaçant de s’éterniser, les deux adversaires résolurent de s’en remettre à la décision de Joubert.
Dans un langage très élevé, le régent de la Faculté de Montpellier commence par se défendre de se laisser influencer dans ses jugements par les attaques dirigées contre ses doctrines et il exécute sa promesse. Que de contemporains devraient prendre modèle sur cet ancêtre du seizième siècle ! Après avoir résumé les arguments fournis de part etd’aufre, il donne tantôt raison à Yeyras, tantôt à Guilhemet, suivant qu’ils se rapprochent ou s’écartent des opinions qu’il professait. Il faut reconnaître cependant que s’il se refuse à admettre avec Yeyras qu’on puisse guérir une plaie par l'emploi