ENSEIGNEMENTS DE LA GUERRE DE
dédaigné l’attache et aux prérogatives de laquelle elles portaient atteinte, tenues en suspicion par l’autorité militaire à cause de leur caractère civil et, qui plus est, international, privées de toute attache officielle avec le commandement sans les précieux renseignements duquel l'intervention chirurgicale aux armées reste incertaine et précaire, les ambulances internationales allèrent au hasard, et malgré le zèle, la haute valeur technique de la plupart de leurs chefs, elles rendirent peu de service tant qu'elles restèrent dans les lignes françaises. Quelques-unes même ne purent fonctionner. Tombaient-elles dans les lignes ennemies, comme la chose arriva à la plupart d’entre elles pendant la toute première partie de la campagne, les autorités militaires allemandes, au lieu de les laisser en contact avec les blessés qu’elles assistaient, ou de les faire reconduire aux avant-postes, leur imposèrent de gagner, par étapes, les territoires neutres pour rejoindre nos armées. En octobre 1870, le Comité de Bruxelles dont ces ambulances relevaient, et qui était dirigé par un colonel étranger, se voyant incapable de les soutenir pécuniairement, licencia leur personnel et fit vendre, vil prix, le matériel de la plupart d’entre elles. Le Fort, enfermé dans Metz, prit la direction d’établissements hospitaliers; d’autres chirurgiens durent à des secours étrangers, à leurs propres ressources ou à celles de l’armée à laquelle ils avaient alors demandé d’être attachés, de continuer à servir et leur rôle devint parfois plus effectif. Ainsi se termina cette première expérience si coûteuse et si stérile au point de vue des résultats obtenus1.
Quant aux ambulances volontaires attachées aux bataillons de mobiles et de mobilisés et plus ou moins liées à la Société de secours, elles n’eurent qu’une action plus limitée encore et présentèrent les mêmes vices, qui toutefois passèrent inaperçus. en raison de la désorganisation de tousles services 2. Pendant le siège de Paris, le rôle du Comité central de la Société de secours resta également très secondaire. On lui dut seulement l’installation de l’ambulance du Palais de l’Industrie remplacée à l’entrée de l’hiver par celle du Grand-Hôtel dont Nélaton, Boinet, Guyon, Duplay, Lannelongue, Legendre, Péan dirigèrent les services3 4. Plus tard, ce comité fit construire l’hôpital-baraque du Cours-la-Reine qui était à peine terminé, au moment de la capitulation. Il servit, par hasard, aux blessés de la Commune*.
1. L’organisation de ces ambulances avait coûté 2103537 francs. Elles reçurent et dépensèrent 83 836 francs. Le Fort, o. c. p. 243.
2. Parlant de ces dernières, Lucas-Ciiampionnière s’exprime ainsi : « Presque toutes jouissaient de la plupart des vices d’organisation de la Société internationale et de quelqttes autres en plus. Dans quelques-unes, il n’y avait guère que des médecins sans chirurgiens, d’autres emmenèrent un grand nombre de prêtres, d’autres avaient un matériel mal compris. D’autres, au lieu d’étre dirigées par des médecins, étaient conduites par des gens du monde chez lesquels l’intelligence et le bon vouloir ne pouvaient suppléer à l’absence de connaissances chirurgicales et militaires. Tout cela menait au désordre, malgré un décret de Gambetta annexant toutes ces ambulances aux services militaires. 11 en résultait sur certains points, a l’arrière de l’armée, une confusion curieuse d’ambulances et quelquefois dans ces mêmes points le service médical était imparfait. Tout naturellement, la population en voulait beaucoup aux médecins présents et quelquefois les militaires partageaient les étonnements et se joignaient aux reproches peu réfléchis de la population. » LucaS-Championnière, in Hectieil de mémoires de méd. mil., o. c. 1871.
3. Cette ambulance reçut successivement 095 blessés. Elle en perdit 220 en comprenant ceux qui, ramassés sur les champs de bataille, y moururent rapidement.