ET TRANCHANTES
Les armes piquantes employées à la guerre (baïonnette, lance), trop volumineuses pour écarter simplement les tissus au travers desquels elles pénètrent, les déchirent et les contusionnent sur leur trajet.
Les plaies dues àl'action des armes piquantes ont plus ou moins la forme que présentelacoupe deces armes(voy. fig. 1 à 7, p. 374 e 1 3 7 5 ) . Celles que produit l’épée d’ordonnance sont ovalaires; celles que fait la lance sont triangulaires, celles du sabre de cavalerie sont également triangulaires, nettes du côté du tranchant, conluses du côté mousse de l’arme; enfin les plaies déterminées par le sabre-baïonnette sont rectilignes.
Les sabres, les épées qui agissent à la fois par la pointe et la lame produisent, par contre, des plaies étroites, mais très nettes, dont les lèvres n’ont pas de tendance à s’écarter.
Si ces blessures sont plus sérieuses que les plaies par armes tranchantes, cette gravité dépend seulement de la profondeur à laquelle l’arme pénètre d’ordinaire. Les anciens la rattachaient à l’étroitesse de la plaie qui, en s’opposant à l’écoulement des liquides, amenait des accidents d’étranglement et des abcès profonds. C’étaient en réalité à l’exploration immédiate de ces plaies par des sondes, à l’irritation du trajet de la blessure par des mèches, des sétons, qu’il fallait attribuer l’apparition de ces complications. Ün ne les observe plus aujourd’hui qu’il est de règle de s’abstenir de toute intervention immédiate et de rechercher la réunion par l’occlusion et une légère compression.
Le sabre agit d’ordinaire par percussion en môme temps que par section, c’est-à-dire qu’après avoir frappé, il est rapidement promené à la
BLESSURES PAR ARMES BLANCHES
surface des parties. Aussi les bords de ces plaies qui ont été comprimés avant leur division, sont-ils toujours quelque peu contus.
Le sabre à lame droite est employé comme arme d’estoc, c’est-à-dire comme arme à la fois piquante et tranchante, surtout dans certaines conditions de combat. Ses blessures sont alors plus dangereuses, car d’une part l’arme manque rarement de pénétrer à une grande profondeur et, d’autre part, ce sont surtout les cavités, et en particulier, la poitrine que l’ennemi cherche à atteindre.
Les plaies faites par les armes tranchantes sont linéaires, à direction transversale, longitudinale, oblique, ou à lambeau à base plus ou moins large; enfin elles peuvent consister en ablations plus ou moins considérables. Elles sont également variables d’étendue et de profondeur. Tantôt elles n’intéressent que la peau, tantôt la peau et une ou plusieurs masses musculaires.
Les plaies linéaires et à lambeaux sont les plus fréquemment constatées.
La force déployée dans le maniement des armes tranchantes est parfois si considérable, qu’on peut observer des ablations des parties molles d’un membre, l’ablation d’un membre entier, d’un avant-bras, d’un bras, la section d’une tête. Avec le poids des armes anciennes, ces épouvantables lésions se voyaient plus souvent. Dans les guerres modernes, elles sont bien plus rares. Nous en citerons cependant quelques exemples à propos des lilessures des régions. Nous nous contenterons de rappeler ici que le général Alexandre Dumas, surnommé par Napoléon, l’Horatius Codés français, pour avoir défendu seul, contre une armée ennemie, la tête d’un pont dans le Tyrol, partagea d’un coup de taille le casque, la tête et le cou d’un cavalier autrichien1.
Mais habituellement il n’en est pas ainsi et le peu de gravité immédiate de ces blessures qui n’arrêtent pas les bras des deux adversaires, explique le nombre parfois étonnant de ces traumatismes sur un même sujet. Il n’est pas rare, en effet, de voir quatre, huit, dix, quinze et même vingt plaies d’arme tranchante sur le même blessé.
Certaines régions sont plus exposées aux coups de sabre que d’autres. Ce sont en général celles qui se trouvent plus directement à portée de l’arme, c’est-à-dire les parties supérieures du corps : la tête qu’on cherche, avant tout, à atteindre en raison de la gravité si connue de ses traumatismes, le coude droit qui, relevé, cherche à la défendre, enfin le membre supérieur gauche qui retient la bride du cheval et que la théorie enseigne de sabrer.
Les plaies par baïonnette, par contre, s’observent plus souvent sur les extrémités inférieures. Cette arme, en effet, est dirigée vers le ventre et presque toutes les tentatives faites par l’adversaire pour la dévier tendent à la porter en bas.
Sur 522 blessés frappés par des coups de sabre , Otis 2 a relevé 368 blessures de la tête, 97 blessures des extrémités supérieures, soit 465 lésions (89 p. 100) de la partie supérieure du corps.
1. Dupuytren, o. c., t. V, p. 10, rapporte d’autres exemples plus singuliers encore.