PLAIES PAR ARMES PIQUANTES OU TRANCHANTES
Sur -iOO blessés frappés par baïonnette , 184 (46 p. 100) avaient été frappés aux extrémités inférieures, 71 dans le ventre ou la poitrine1.
Quelles que soient les formes des plaies par armes piquantes et tranchantes, elles présentent des caractères communs sur lesquels insistent les classiques, l’hémorrhagie, l’écartement de leurs bords et la douleur.
L’abondance de l’écoulement de sang varie suivant l’importance des vaisseaux intéressés. Les hémorrhagies qui compliquent les plaies d’armes blanches, sont, toutes choses égales d’ailleurs, plus graves que les hémorrhagies qui compliquent les blessures par coup de feu. Nous en donnerons la raison quand nous étudierons les plaies des vaisseaux et les hémorrhagies traumatiques.
L’élasticité des tissus est la cause principale de Y écartement des lèvres de la plaie. La peau étant de tous les tissus le plus rétractile, le tissu cellulaire et les muscles présentant, par contre, une moindre rétractilité, les plaies par armes tranchantes un peu profondes offrent habituellement deux plans inclinés délimitant un angle dont la base répond à la surface du corps.
Tandis que les artères se rétractent beaucoup, les nerfs, les aponévroses, les ligaments ne subissent aucune rétraction. Ces rétractions irrégulières contribuent à enlever à la plaie son caractère apparent de section franche.
Contrairement à l’opinion de certains auteurs, nous pensons que la situation plus ou moins tendue des muscles au moment de l’accident et la contractilité musculaire ne peuvent intervenir que d’une façon toute temporaire pour augmenter l’écartement des lèvres de ces plaies. Les muscles, contractés au moment de la blessure sous l’influence du contact du corps vulnérant et par l’action volontaire ou instinctive du blessé, se relâchent rapidement.
Les classiques étudient avec l’hémorrhagie et l’écartement des lèvres de la plaie, le symptôme douleur. Les blessures, faites au combat avec rapidité, sont rarement très douloureuses. Au moment même du traumatisme, toute l’attention du blessé est détournée par ses manœuvres de résistance et plus tard elle est encore absorbée par les émotions de la lutte.
En présence de cette variété de lésions, on n’a, en règle générale, qu’à s’assurer, d’après les renseignements fournis par le blessé et les rapports anatomiques, de l’importance des vaisseaux et des nerfs intéressés.
Communément ces plaies sont peu graves, mais il est à peine besoin de faire remarquer que leur nombre, leur étendue, leur profondeur, le siège qu’elles occupent, peuvent en modifier le pronostic bénin.
Leur réunion immédiate constitue le point essentiel de leur traitement. L’adhésion immédiate réussit habituellement quand elles sont nettes, que leurs bords peuvent être facilement rapprochés et qu’elles ne sont pas restées trop longtemps exposées au contact de l’air. Dans des conditions différentes et moins favorables, quand vingt-quatre heures se sont déjà écoulées depuis la réception de la blessure, que les bords sont légèrement contus, on doit encore tenter cette réunion, bien qu’elle ait alors moins de
1. La gravité extrême et immédiate des blessures de l’abdomen explique le nombre relativement restreint des cas de ces lésions observés dans les ambulances et relevés par la statistique précédente.
BLESSURES PAR ARMES BLANCHES
chances de réussir. Les objections formulées contre la réunion immédiate, (dirigées d’ailleurs plutôt contre les plaies accidentelles) ont été avancées une époque où son exécution pratique était beaucoup moins perfectionnée qu’elle ne l’est de nos jours, aussi ces objections ont-elles perdu toute leur valeur. A supposer que l’adhésion ne réussisse pas, elle ne fait jamais courir de risque au hlessé, si le chirurgien est attentif et si sous la menace de l’irritation de la plaie, il sait sectionner à temps ses sutures. Le plus souvent, môme dans les conditions les plus défavorables, elle réussit au moins partiellement.
Non seulement il est de règle de coapter les plaies linéaires ou à lambeaux, mais on conseille môme de réunir des parties très vasculaires h peu près complètement ou complètement détachées.
Abstergerla plaie, la débarrasser des caillots qui la recouvrent, arrêter tout écoulement sanguin par les irrigations froides, la compression; la torsion des vaisseaux, la ligature au catgut perdu, détacher les corps étrangers qui la souillent, la laver avec des liquides antiseptiques, tels sont les premiers soins à assurer.
La coaptation de ses lèvres est obtenue de différentes façons. Les bandages sont aujourd’hui délaissés. On peut en dire autant des agglutinât ifs irritants comme le diachylon. Le taffetas agglutinatif n’est utilisé que pour de très petites plaies bien nettes et dont les bords peuvent être très facilement rapprochés.
Les sutures sont seules capables d’assurer l’affrontement exact des bords d’une plaie par arme tranchante étendue et d’en amener l’adhésion.
Ce n’est pas ici le lieu de décrire les divers procédés de suture. Nous renvoyons le lecteur, pour ces détails, aux traités de petite chirurgie et nous nous bornerons à apprécier la valeur des sutures et les conditions de leur emploi.
La suture entortillée et la suture entrecoupée avec des fils métalliques) du catgut, des crins de Florence ou des crins de cheval, conviennent aux plaies superficielles. La première est surtout utilisée quand les bords de la plaie présentent une certaine épaisseur; la suture entrecoupée, quand la section a intéressé des parties recouvertes d’une peau délicate et mince.
Quand les lèvres de la plaie sont très écartées, on peut être obligé de recourir à la suture à deux étages. Une suture enchevillée, dont les fils sont arrêtés à une certaine distance des lèvres de la plaie, réunit sa partie profonde, et une suture superficielle entortillée ou entrecoupée en affronte les bords. Pour les sutures profondes, des fils métalliques ou des fils de catgut doivent être préférés aux fils de soie ou de chanvre qui irritent les tissus. Il peut être utile dans ces plaies profondes de maintenir un tube à drainage dans la partie la plus déclive pour assurer l’écoulement des liquides sécrétés en excès et pour prévenir les accidents liés à leur rétention. Enfin les parties sont placées dans une position qui assure leur relâchement.
Nous ne croyons pas devoir insister sur les autres détails du pansement qui ne diffère pas de celui des plaies d’armes à feu. Les fils sont enlevés au bout d’un temps variable, habituellement du 4e au 8° jour, en totalité ou en partie, en se guidant sur l’irritation qu’ils provoquent et les tendances qu’a la plaie à se désunir. Des bandelettes agglutinatives de taffetas gommé
plaies par armes piquantes