DE. CP. ME
recouvre; à l'orifice de sortie, au contraire, la traction exercée sur elle avant sa perforation, amène son décollement dans une étendue plus ou moins considérable. On peut faire remarquer que ce décollement des aponévroses ne s’observe pas d’une façon aussi régulière et aux mêmes points quand la vitesse de la balle est élevée.
Huguier a avancé que la résistance des aponévroses et leur dépressibilité favorisaient la confusion et la destruction des tissus sous-jacents dans une certaine étendue. La chose est vraie, mais la remarque ne peut s’appliquer qu’aux balles animés d’une assez faible vitesse. 11 n’y a donc pas lieu de s’en préoccuper.
Jusqu’ici nous n’avons parlé que des perforations des aponévroses, mais leur résistance et leur élasticité leur permet assez souvent d’arrêter des balles qui ont perdu la plus grande partie de leur force vive, ou bien encore de les dévier quand ces projectiles les atteignent obliquement. Dans ces deux cas, les tissus sous-jacents sont plus ou moins contus.
Ce que nous venons de dire des aponévroses s’applique aux expansions aponévro tiques des tendons.
Les muscles offrent peu de résistance à l’action des projectiles. De tous les tissus des membres, ce sont eux qui se laissent le plus aisément traverser. Leur disposition en faisceaux, lâchement unis les uns aux autres, semble favoriser leur dissociation sous l’influence du mouvement liélicoïde des balles actuelles.
Suivant la direction suivie par les balles qui les atteignent, les muscles peuvent être labourés dans le sens de leur longueur, écornés suivant leur largeur ou traversés. Ce n’est qu’exceptionnellement, dans les conditions ordinaires du tir, que la continuité d’un muscle peut être détruite. En pareil cas, pour que cette séparation se produise, il faut que la masse musculaire soit peu étendue. Par contre, avec des balles animées d’une très grande vitesse, un muscle même épais peut être dilacéré et séparé en deux tronçons.
Les portions du tissu musculaire qui sont en contact avec une balle animée d’une vitesse moyenne sont comprimées, dissociées, poussées en avant et de côté, avec pins ou moins de violence quel que soit d’ailleurs l’état du muscle au moment où il est frappé. Lorsqu’au contraire le projectile n’a plus qu’une force vive insignifiante, il trouve, disent les auteurs, dans l’état de contraction et de relâchemement de la masse musculaire des conditions défavorables à sa pénétration. Le relâchement amortirait le choc de la balle et sa contraction faciliterait sa déviation.
Les surfaces opposées de section d’un muscle surpris en état de contraction ont de la tendance à s’écarter, et cela d'autant plus que la contraction, au moment de la blessure, est plus énergique, que les fibres sont plus étendues et les adhérences à l’aponévrose d’enveloppe moins intimes. Mais dès que la contraction cesse, les faisceaux musculaires tendent à revenir à leur position et la plaie reprendrait des dimensions égales à celles du projectile si la contractilité, propriété permanente des muscles, ne s’y opposait.
Les variétés de longueur et de direction des fibres musculaires, la position imprimée au membre qui amène la tension de certains muscles
TRAJET DES BALLES
et le relâchement des autres, des contractions plus ou moins fréquentes contribuent avec d’autres conditions encore à rendre le trajet que font les balles en pénétrant les muscles, irrégulier, sinueux, parfois interrompu en un ou plusieurs points.
D'une façon générale, le diamètre de ce trajet dans les conditions ordinaires du tir est bien moins étendu avec les balles cylindro-coniques actuelles qu’avec les balles rondes utilisées autrefois.
Le canal de la plaie musculaire a toujours des dimensions plus considérables que les plaies d’entrée et de sortie, même sur le cadavre, ainsi que nos expériences cadavériques nous l’ont appris. Ainsi dans des plaies dont les oritices d’entrée et de sortie n’admettent pas librement l’extrémité du petit doigt, l’index pénètre facilement après débridement des orifices et des aponévroses.
Les lésions produites par le passage de la balle à travers un muscle s’étendent-elles à une certaine distance du trajet? S’il en est ainsi, dans quelle étendue se prolongent-elles? 11 serait difficile de répondre à ces questions d’une façon catégorique. 11 est probable que dans les conditions ordinaires elles ne s’étendent pas au delà de quelques millimètres de ce trajet.
Tendons. — De tous les tissus de l'économie, ce sont les tendons qui résistent le mieux à l’action des balles. Leur cohésion, leur élasticité, leur forme arrondie, la mobilité de certains d’entre eux, le poli de leur surface, rendent bien compte de ce fait.
Quand la balle atteint des tendons peu serrés dans leur gaine, alors môme qu’ils correspondent exactement à son trajet et qu’ils reposent sur des os, ces tendons ne sont qu’érodés, dépourvus de leur poli, éraillés dans une faible partie de leur diamètre parle projectile. Le projectile les a déplacés,, mais après avoir momentanément abandonné leur position, ils l’ont reprise masquant et obturant la portion sous-jacente du canal de la plaie. On peut constater très souvent le fait au cou-de-pied, au poignet.
Par contre, la fixité de certains tendons dans leur gaine les expose à des lésions plus profondes, àune division partielle, à une division complète ou à une perforation. La division partielle consiste en une échancrure à contour mâché. La division complète est bien rare. Quant à la perforation, beaucoup plus fréquente, même pour des tendons dont l’étendue transversale est bien moindre que le diamètre du projectile, elle affecte le plus souvent la forme d’une ouverture linéaire dont les lèvres légèrement mâchées sont accolées. Des tendons larges et fixés latéralement comme le tendon du triceps, le ligament rotulien, le tendon d’Achille, sont avec la plus grande facilité écornés, creusés en sillons, contus ou perforés par les balles.
Les balles qui frappent les tendons suivant certaine incidence et avec une grande vitesse peuvent les séparer en partie ou en totalité des fibres musculaires qui s’y fixent. Nous avons souvent constaté le fait dans nos expériences cadavériques. Le projectile a agi par le mécanisme de l'arrachement. Le tendon étiré mais solide a résisté et ce sont les fibres musculaires qui ont cédé.
Il résulte de l’étude des lésions produites par les balles sur chaque tissu isolément que, quelque direct que soit son trajet à travers les parties molles, le canal de la plaie est loin d’être régulier et égal dans tous ses points. Plus
étendu, anfractueux, irrégulier au niveau des muscles, il est rétréci au niveau des aponévroses, et interrompu parles parties élastiques épargnées : tendons, vaisseaux, nerfs, ligaments. Il n’est donc pas possible d’admettre, avec Dupuytren qui basait d’ailleurs son opinion sur des expériences faites sur des corps inertes à structure uniforme et dure (un arbre, des planches), <pie le trajet d’une balle est un cône creux, canaliculé, dont la base correspond à la plaie de sortie. D’après les expériences faites sur l’argile, substance dont la consistance est celle de nos tissus, les dégâts seraient même d’autant plus prononcés qu’on se rapprocherait davantage de l’orifice d’entrée (voy. fig. 38, page 438). Ce qu’on constate sur les solides ne s’observe pas habituellement pour les tissus vivants. Les dissections d’individus morts à la suite de plaies d’armes à feu, les expériences cadavériques que maints auteurs et nous-mêmes avons multipliées, enfin les constatations directes sur le vivant, ne permettent plus d’admettre ces opinions exclusives.
Quand on introduit le doigt dans le trajet d’une balle, il pénètre sans difficulté. Serré à l’ouverture de la peau et de l’aponévrose superficielle, il se meut au delà dans un espace plus libre, mais s’il vient à rencontrer plus profondément de nouvelles aponévroses, des tendons, des nerfs, des vaisseaux, des ligaments ou des os, ces parties, opposant un obstacle à sa pénétration, lui font éprouver une constriction nouvelle. Enfin on constate de nombreuses irrégularités dans la voie qu’il parcourt1.
Si la forme conique des trajets à base tournée du côté du tireur ou inversement ne peut être admise dans l’immense majorité des cas, il faut cependant avouer qu’il n’en est pas toujours ainsi. C’est là un point que nos expériences cadavériques nous ont bien démontré. Le trajet delà balle, tout en présentant des parois irrégulières, tantôt très, tantôt peu écartées, se rapproche cependant de la forme d’un cône dont la base répondrait à l’orifice d’entrée quand le projectile qui a frappé les parties était animé d’un e vitesse considérable. Nous reviendrons bientôt sur l’étude de ces plaies. En second lieu, l’opinion de Dupuytren est applicable aux cas où la balle, dans son trajet, a atteint des os.
Se basant sur ce fait erroné que les balles produisent des dégâts d’autant plus considérables que la vitesse de translation est plus faible, et sur cette autre donnée très exacte, que les balles actuelles, après avoir perdu tout mouvement de translation, peuvent cependant conserver celui de rotation, certains auteurs ont admis que le fond des culs-de-sac était bien plus large que le reste du trajet. La chose est vraie théoriquement, mais il ne faudrait pas croire que les diamètres du trajet des culs-de-sac soient très augmentés vers leur terminaison.
Dans les culs-de-sac, les lésions ne sont pas limitées au trajet même; elles s’étendent au delà du fond. Là, les tissus ont été déprimés, comprimés et contus avec une force et à une profondeur variables suivant la quantité de mouvement dont la balle était encore animée à la fin de sa course, et suivant la résistance et l’élasticité des plaies aponévrotiques qui ont pu la retenir.