‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 330 sur 460 · DANS LES TISSUS MOUS · texte numérisé non relu

DANS LES TISSUS MOUS

Quelles que soient les irrégularités et les variations que les trajets parcourus par les balles actuelles présententdans leur béance, ils ont habituellement, aux distances ordinaires du tir (vitesse moyenne), des dimensions diamétrales inférieures à celles du projectile. L’extrémité du petit doigt s’y engage tout en y étant modérément serré. Mais ces dimensions changent rapidement avec la vitesse dont la balle est animée.

Se basant sur l’expérience bien connue et si souvent rappelée du carreau, lequel est, dit-on, percé d’un trou régulièrement rond et du diamètre de la balle quand celle-ci est animée d’une grande vitesse et qui, au contraire, offre un orifice agrandi quand la vitesse est faible, maints auteurs anciens ont admis et quelques auteurs modernes ont répété que les canaux creusés par les balles dans les tissus mous sont d’autant plus étroits que laforce d’impulsion du corps vulnérantost plus grande. Dupuytren, entre autres, après avoir admis cette théorie, avance que « quand la balle est au sommet de sa vitesse ou de sa force, elle déplace, enfonce nettement et sans ébranlement, sans déchirure et sans éclat, les corps placés sur son trajet, tandis que sa force ou sa vitesse diminuant, ce n’est plus qu’après ébranlement, éclats et déchirures, qu’elle se fait un chemin de plus en plus grand, jusqu’à ce qu'enfin, arrêtée au terme de sa vitesse, elle se fixe au milieu du corps qu’elle a pénétré, non sans avoir produit autour d’elle quelques altérations qui ont encore agrandi l'espace dans lequel elle se trouve logé 1 ».

Cette proposition est en complet désaccord avec les faits d’observation et d’expérience2. Maintes fois, dans nos expériences cadavériques, nous avons

1. Dupuytren, o. c., t. V, p. 300. Jobert, o. c., p. 13, soutient la même opinion. Nous arrêtons là nos citations.

2. Hunter, sans être cependant très précis, avait soutenu déjà une opinion contraire à celle de Dupuytren, o. c., p. 602.

constaté que les dimension s diamétrales des trajets parcourus , dans l’épaisseur des parties molles des membres, par les balles animées de vitesses variables, étaient directement proportionnelles à ces vitesses. A défaut de cette constatation, l’aspect seul des orifices cutanés suffirait pour le démontrer (voyez les figures 157, page 429). Tous les tissus de l’économie obéissentà celte loi à laquelle n’échappent pas les corps inorganiques de consistance

Fig. 38.

TRAJETS PARCOURUS DANS DE l’ ARGILE PAR DES BALLES ALBINI ANIMÉES DE VITESSES VARIABLES

1. Dimensions diamétrales et longueur du trajet parcouru par une balle chassée par 1 gr. de poudre. 1' Balle à peine déformée qui a creusé le trajet 1.

2. Trajet parcouru par une balle chassée par 3 gr. de poudre.

2' Balle déformée qui a creusé le trajet 2.

3. Trajet parcouru par une balle chassée par 4 gr. de poudre.

3' Balle déformée qui a creusé le trajet 3.

4. Trajet parcouru par une balle chassée par 5 gr. de poudre.

4' Balle déformée qui a creusé le trajet 4.

molle, ainsi que Huguier et Melsens l'avaient fait remarquer et comme les dessins ci-joints empruntés au travail du colonel Henrard le démontrent (voy.fig. 38). Avec des vitesses considérables, les diamètres des trajets sont si agrandis qu’on pourrait croire que le blessé a été frappé par une balle explosible. Nous reviendrons bientôt sur ce point.

Si la vitesse du projectile est l’élément qui influence le plus les dimensions diamétrales du trajet parcouru par les balles dans les tissus mous, d’autres conditions peuvent également les modifier bien qu’à un moindre degré. Les principales sont : le diamètre des projectiles , leur forme,

TRAJET DES BALLES

la cohésion des tissus traversés. Los dimensions du trajet sont, toutes choses égales d’ailleurs, proportionnelles au diamètre de la balle. A ce point de vue, les petites balles actuellement en expérience (balles llebler, Rubin) fourniraient des trajets très étroits. La forme ogivale de la balle, qui permet au projectile de pénétrer les tissus en les écartant, est favorable à la production de trajets canaliculaires moins larges que ceux produits par les balles rondes.

Enfin l’élasticité, la dépressibilité des tissus qui leur permettent de se laisserplus ou moins écarter parle projectile, sanssubir son action directe au môme degré que des tissus moins extensibles, auraient encore leur part d’influence sur les dimensions des orifices. Nous verrons plus loin ce qui revient encore dans l’extension des dégâts à la quantité de liquide que contiennent les tissus traversés.

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