SINGULARITÉS DE CERTAINS TRAJETS DES BALLES
1° Trajets indirects (plaies de contour). — Quand les balles sont animées d’une assez grande vitesse en pénétrant le corps, leur trajet est d’ordinaire rectiligne. La direction n’est influencée que par l’inclinaison de la trajectoire et la dérivation du projectile. Quand ce dernier rencontre un os, il subit des déviations qui rendent son trajet très souvent irrégulier. Nombre d’auteurs ont également admis que les tissus mous, mais élastiques, pouvaient encore changer ia direction suivie par une balle. Cette question de la déviation des trajets des balles, importante surtout au point de vue de la recherche des corps étrangers, sera étudiée ultérieurement.
2° Trajets multiples. — Le trajet parcouru par une balle dans les parties molles est le plus habituellement unique. Très souvent cependant on observe des sétons multiples et surtout des sétons doubles. La même balle perfore soit deux segments du membre inférieur, les deux jambes, les deux cuisses, soit les segments voisins d’un même membre, la main et l'avantbras, l’avant-bras et le bras, la jambe et la cuisse, soit un membre et une partie du tronc : le bras et la poitrine, l’avant-bras et l’abdomen, etc.
A côté de ces sétons multiples produits par la même balle, on en rencontre souvent d’autres déterminés par plusieurs projectiles. Il n’est, même pas exceptionnel, en raison du peu de gravité des sétons des parties molles par balles, d’en trouver trois, quatre, cinq sur le même individu. Chenu, entre autres auteurs, en cite un certain nombre d’exemples dans sa Statistique de la Guerre d’Italie.
8° Trajets des plaies d’enfilade. — Dans certaines conditions de tir, les trajets que parcourent les balles dans les tissus sont remarquablement étendus. D une façon générale, on constate surtout ces longs trajets sur des blessés frappés par un ennemi occupant une position dominante. Le tronc ou l’un des segments du corps répondent alors, dans une grande étendue, au parcours de la trajectoire. Les auteurs qui ont décrit les lésions observées pendant la guerre des rues (Ménière, Laroche, etc.) ou celles constatées à la suite de la prise de vive force d’édifices ou de maisons (Chenu, Guerre d’Italie , etc.) ou de l’attaque de défenses situées sur des collines (Bertherand), en ont relevé un grand nombre de cas. Le tir plongeant utilisé pour atteindre les défenseurs d’un ouvrage fortifié détermine aussi très
des blessures des parties molles par balles.
souvent ces plaies d'enfilade [ Scrive).Si on les observe de préférence dans les conditions précédentes, on les constate également dans les luttes en rase campagne. La position inclinée que le tireur est parfois obligé d’imprimer au torse, la situation ramassée et inclinée qu’il est forcé de prendre dans le tir à genou, l’étendue que présentent les membres supérieurs allongés sur l'arme à l’action des projectiles frappant de plein fouet et suivant leur axe, en favorisent la production. Enfin les balles qui ricochent à proximité de tireurs à genoux et qui prennent alors en écharpe les membres inférieurs et l’abdomen, fournissent encore maintes de ces blessures.
Les blessures en enfilade produites par les balles, intéressent toute l’épaisseur antéro-postérieure ou bilatérale d’une ou de plusieurs régions.
Les plus singulières sont celles dans lesquelles le projectile s’est creusé un trajet sous-cutané. L’élasticité de la peau et des aponévroses sous-jacenles, l’étendue et la régularité de la région parcourue, enfin la faible vitesse des projectiles, sont les causes qui favorisent la production de ces longues enfilades creusées sous la peau. C’est sur le tronc, et en particulier au niveau de |la région dorso-lombaire, enfin sur la cuisse qu’on les constate de préférence.
Les exemples suivants de plaies du tronc par enfilade ont été choisis parmi les plus remarquables qu’aient signalés les auteurs :
Belloste, sur un blessé frappé de haut en bas par une balle, trouva un trajet étendu du zygoma à l’hypocondre du côté opposée. Le blessé avait la tête tournée au moment où il reçut le coup 1.
Chenu rapporte le cas d’un soldat de l’armée d’Italie chez lequel une balle pénétra au niveau du sein, et ressortit très obliquement en bas en arrière en déchirant le rein2 3. Isnard, cité par le même auteur, parle d’un séton du dos, de 3 o centimètres de long %.
Laroche, sur un soldat blessé pendant les troubles de Lyon de 1834, a vu un trajet d’enfilade s’étendre du moignon de l’épaule à l’ombilic. La balle avait suivi la face profonde de la peau dans toute l’étendue de son trajet 4.
Un homme, penché sur une barricade pour ajuster son arme, reçut en 1830, nous dit Méntère, une balle qui entra en arrière du moignon de Uépaule droite, descendit le long du dos et alla sortir au niveau de la hanche du côté opposé 5.
Jobert a fait l’autopsie d’un homme chez lequel une balle avait traversé tout le tronc de la partie inférieure de l’abdomen à l’épaule6.
Faisons suivre ces observations de la relation de quelques cas non moins curieux de blessures des membres à trajets tout aussi étendus.
Un caporal du 3° voltigeurs delà garde fut atteint, en 1870, à l’avant-bras gauche par une balle : un phlegmon diffus profond survenu rapidement obligea à lui amputer le bras au tiers supérieur. Immédiatement après famputation, on reconnut un long trajet interne aboutissant à l’aisselle et au fond duquel on retrouva le projectile singulièrement déformé 7.
ÏNous avons vu, dit Gillette, un blessé chez lequel une balle entrée au niveau d’une fesse avait cheminé de haut en bas dans l’intérieur de la cuisse correspon-