V. Théorie de la contusion
Des théories dont nous avons parlé jusqu’ici, deux sont inadmissibles, et le rôle des deux autres est borné. Après bien des détours, on est forcé, pour se rendre compte do la plupart des lésions produites par les balles, d’en revenir au mécanisme de la contusion auquel s’étaient ralliés déjà nos plus anciens auteurs. La force vive des balles qui pénètrent nos tissus agit suivant des modes d’action divers qui aboutissent tous à produire une plaie contuse et dilacérêe.
Ces modes d’action consistent en compressions , en écartements , en dilacé-
1. Melsens, Comptes rendus cites, 1866, p. 565 et Note, etc., p, 44.
MODES D’ACTION DES BALLES
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rations des tissus, en étirements, en abrasions et en projections. Ils sont influencés : 1° par la vitesse dont le projectile est animé, 2° par sa forme, son poids et son calibre, 3° par la nature des parties atteintes.
1° Plus la vitesse de la balle est grande (celle-ci conservant un certain calibreet se présentant par une extrémité mousse), plus aussi elle agitcomme le feraitun emporte-pièce. C’esllàson premiermoded’action. Puis, les parcelles des tissus qu’elle détache, animées d’une partie de sa force vive, glissent sur elleetsont projetées contreles parois du trajctprimitifdontla contusion etla dilacération sontainsi considérablementaugmenlécs. Destissusélastiques et résistants opposent-ils un obstacle momentané au passage du projectile, ils >ont déjetés, traversés, non sans avoir subi un ébranlement, un étirement qui ^e propage a distance, parfois jusqu’auxinsertionsmusculairess’ils’agitd’un .endon. Chaque arrêt de la balle contre nne partie résistante et élastique, >i court, si instantané qu il soit, permet à la vitesse de rotation d’exercer ''lus complètement ses effets sur le même point, d’augmenter la projection les tissus et le diamètre lu trajet, l'expérimenation cadavérique nous ’a maintes fois démonré.
Une balle animée,
.u contraire, d’une viesse relativement faite tout en agissant rncore par le mécaisme de l’emportei'iè.ce, ainsi qu’en tétigne la forme des irifîces d’entrée (voy.
-g. 37, page 429), dé- ; rime plutôt les tissus, îs tasse avant de les écarter, de les dissocier, ou de les abraser. Souvent lie les fait éclater après les avoir étirés jusqu’à la limite de leur extenbililé. La projection des parcelles de tissus détachées contre les parois du ajet est si faible qu’elle est négligeable. Les dégâts sont ainsi plus mités que dans lescasoùla balle aune vitesse restante plus considérable.
Plus la vitesse de translation est faible (qu’elle le soit primitivement ou u’elle ait été ralentie dans le trajet de la balle à travers les tissus), plus i vitesse de rotation intervient seule. Or, comme cette dernière, rappelons- •, a pour propriété de maintenir la balle sur sa trajectoire, quand la vitesse rotation est faible, le projectile a de la tendance à s’incliner sur cette ajectoire. La section du canal perpendiculaire à la direction du mou- ■ment de translation augmente à mesure que la balle s’incline et le ! iamètre du trajet s’agrandit1. Mais pour que le phénomène se produise,
[»' est nécessaire que la résistance des tissus traversés soit faible.
Les balles animées de vitesses moyennes participent à la fois de l’ac-
t. La balle se comporte alors comme la toupie qui s'incline d'autant plus et subit des cillations latérales d’autant plus grandes sur son axe que le mouvement de rotation se lentit davantage.
Fig. 40.
Moules de trajets parcourus dans l’argile par des ballws
DU FUSIL ALBINI. — REPRÉSENTATION GRAPHIQUE DU MOUVE- MENT de rotation. (Expériences du colonel Henrard.)
1. Trajet parcouru par une balle chassée par 5 gr. de poudre.
2. Trajet parcouru par une balle chassée par 4 gr. de poudre.
lion des balles qui possèdent une grande ou une petite vitesse, mais leur action se rapproche plus de celle des balles animées d’une grande vitesse que de celle des balles poussées par une faible vitesse.
Les effets de dilacération et de
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Fig. 41.
propulsion dont nous venons de parler sont sous la dépendance de la vitesse de translation et de rotation du projectile, mais surtout de la première. On a nié l’influence de la vitesse de rotation, en faisant remarquer que le tour complet que le projectile fait sur son axe ne peut s’exécuter pendant le temps que la balle met à traverser une région.
Mais il n’est pas nécessaire que ce tour soit complet pour que la vitesse de rotation exerce son action.
On ne doit pas oublier non plus que tout obstacle qui ralentit la progression du projectile augmente son influence. On pourrait d’ailleurs renvoyer ceux qui en méconnaissent l’importance aux résultats expérimentaux de Larue, de Ivocher et du colonel Henrard.
Larue et Kocher, recueillant dans un matelas ou dans des sacs d’étoupe les balles qui avaient servi à leurs tirs, constatent que les balles cylindro-coniques sont entourées d’une masse de laine ou de filasse qu’on ne retrouve pas autour des balles sphériques lesquelles, comme on sait, ne sont pas animées d’un mouvement de rotation régulier.
Dans des tirs contre de l’argile,
Effet explosif. — Orifice de sortie d’une substance dont la résistance est à balle de fusil Gras, qui, a bout portant, a peu près celle des tissus animaux, traverse le bras en fracturant lhu- j colonel Henrard a pour ainsi dire
(Dessin pris d’après nature sur un blessé reçu surpris la \ ltesse de îotation ( ans dans notre service à l’hôpital Saint-Martin, ses effets. L’examen des figures si en 1886-) démonstratives qu’il donne et qui
Cet orifice de sortie représentait un vaste hiatus t j reproduction graphique d’un
tions inférieures du deltoïde et le pli du coude, trajet paPCOUril par des balles pUÎS
hiatus occupé par le biceps le brachial anté- lé plâtre, ferait disparaître
rieur, le triceps, déchirés, gonfles, hernies et par 1 ’ 1
quelques esquilles. tou targument théoric|ue(voy . flg. 10).
En résumé : Les balles, dans la grande majorité des cas, agissent de deux façons : 1° en produisant une attrition directe des tissus, et 2° une attri Lion indirecte.
MODES D’ACTION DES DALLES
La première est l’effet rlc l’action du projectile lui-mème; la seconde est l’effet de la communication rapide de la force vive dont est animée la balle aux molécules solides ou liquides qu’elle déplace.
Quand la balle est animée d’une faible vitesse, le phénomène de l’attrition directe l’emporte sur celui de l’attrition indirecte.
Avec les balles possédant une grande force vive, l’inverse se produit, et les dégâts sont proportionnels à la vitesse restante du projectile.
Les déviations de la balle sur sa trajectoire contribuent, mais dans une très faible mesure, à augmenter les lésions produites par les balles animées d'une vitesse peu considérable.
Nous avons signalé antérieurement l’influence de la forme, du poids.
du calibre des projectiles et - de la nature des parties atteintes sur l'étendue des lésions produites par les balles. Nous n’v reviendrons pas.
Des effets explosifs. —
Les données qui précèdent vontnousrendrecomptedu mécanisme de production des effets dits explosifs.
A côté des
bleSSU reS pro- Une balle du fusil modèle 1879, animée de la vitesse considérable qu'elle pos- , . 1 . sède à 50 mètres, a traversé l'extrémité inférieure de la jambe en fracturant
(lUlteS par les le péroné et le tibia. On remarquera l'étendue considérable de son orifice de sortie,
balles dont l’extension épouvantable des dégâts osseux qu'elle a produits et la séparation , .„ des tendons antéro-postérieurs de la jambe à leurs attaches musculaires.
les orifices et
les trajets ont les dimensions que nous avons indiquées, on observe quelquefois de vastes excavations creusées aux dépens des tissus de toute une région. Les orifices d’entrée de ces cavités ont conservé leur diamètre et leur forme habituelle, mais les orifices de sortie, par contre, sont immenses et peuvent atteindre jusqu’à 15 et 20 centimètres de diamètre.Ces derniers laissent voir les muscles déchirés dontlestronçonssont déjetés sur leurs bords, les tendons dénudés dans de grandes étendues, renversés en dehors, et la circonférence de ces orifices est constituée par des lambeaux cutanés, décollés, déchiquetés et fortement contus.
Le plus souvent la balle qui a produit ces épouvantables dégâts a frappé des os. En pareils cas, la projection des esquilles ou le morcclle- ' ment du projectile suffisent pour expliquer les désordres (voy. fig. -il et 12).
Fig. 42.
Effet explosif.
(Dessiné d’après une pièce de notre collection du Val-de-G-râce.)
Mais, d’autres fois aussi, la halle n’a intéressé que les parties molles, j C'est pour cette dernière variété de lésions surtout qu’on a cru devoir in- ! voquer l’action de halles explosibles.
A la suite de plusieurs de nos luttes intestines, après les campagnes de |! Crimée, d’Italie et de 1870-71, les partis en présence se sont mutuelle- ! ment accusés d’avoir utilisé de semblables engins. Une connaissance plus ; approfondie des dégâts que peuvent déterminer les balles ordinaires eût ;j permis de les rattacher û leur véritable origine. 11 suffit, pour les repro- ■ duire, de tirer, à de très courtes distances, des balles animées de toute la vitesse dont elles sont susceptibles et de viser de préférence les régions riches en masses tendineuses et en épaisses lames aponévrotiques. . L’énorme force vive que le projectile communique alors à toutes les molécules liquides ou solides qu’il rencontre, rend compte des désordres observés.
Les puissances militaires de l’Europe se sont engagées, dès 1868, à proscrire l’emploi des balles explosibles. En eût-il été autrement, qu’elles n’auraient eu aucun avantage à s’en servir. Comme l’a fait remarquer J. Rochard b la fabrication en grand, la conservation, le transport et le maniement de ces engins exposerait à de réels périls. Us s’altèrent facilement et manquent souvent leur effet. S’ils sont très sensibles, au point I d’éclater en atteignant les tissus mous, ils constituent un danger de tous les instants pour ceux qui s’en servent; s’ils n’éclatent qu’au contact des os, ils manquent leur but, car, sur le champ de bataille, il ne s'agit pas de tuer des hommes, mais d’en mettre le plus possible hors de combat, et toute blessure compliquée d’une lésion osseuse suffit, quel que soit le projectile employé, pour entraîner l’incapacité de servir pendant le reste de la campagne.