‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 348 sur 460 · PLAIES DES PARTIES MOLLES PAR LES GROS PROJECTILES · texte numérisé non relu

PLAIES DES PARTIES MOLLES PAR LES GROS PROJECTILES

plus faible que celle des balles, enfin à sa forme irrégulière qui lui permet de surmonter moins efficacement la résistance des vêtements et des tissus.

On peut classer les plaies par éclats d’obus, comme les blessures par balles : 1° en érosions , éraflures , sillons, gouttières; 2° en plaies en cul-de-sac ou perforations incomplètes ; 3° en scions ou perforations complètes , enfin t° en abrasions plus ou moins étendues.

1° Les érosions, les éraflures, les sillons, les gouttières, sont produites par des éclats de volume très variable agissant sur les tissus par un bord ou un angle. Les éraflures n’intéressent qu’une partie de l’épaisseur de la peau; les sillons comprennent la peau et les tissus sous-jacents à une faible profondeur. Les gouttières sont plus profondes et plus larges.

La direction de ces plaies est très variable et subordonnée à celle des projectiles. L’étendue dessillons et des gouttières est parfois elfrayante dans certaines régions très charnues comme les fesses, le dos, les cuisses. Suivant la profondeur à laquelle le fragment de fonte a pénétré et suivant la direction perpendiculaire ou oblique suivie par le projectile, les sillons et les gouttières représentent une simple rainure ou l’échancrure d’un lambeau meurtri. Ces lambeaux sont encore produits par un autre mécanisme que celui de la traction, de la déchirure, et cette différence dans le mécanisme de production en entraîne d’autres dans les caractères de la plaie : la peau, entraînée par le projectile, glisse avec lui sur les plans sous-jacents, et quand elle a atteint les limites de son élasticité, elle se rompt. Le lambeau ainsi produit est d'un noir bleuâtre et voué à une mortification partielle ou totale.

Les bords et le fond des éraflures, des sillons, des gouttières, sont parfois si nets qu’on les croirait produits par des instruments tranchants; le plus souvent ces bords sont contus, ecchymosés, irréguliers, frangés, décollés, renversés en dehors.

2° Les plaies en cul-de-sac, les perforations incomplètes sont, de toutes les plaies par éclat d’obus, celles qu’on rencontre le plus souvent. Le fragment de projectile creux atteint-il les tissus par l'une de ses arêtes ou l'un de ses angles, il les coupe et les pénètre; les frappe-t-il par une surface plus mousse, il attire, déprime la peau jusqu’aux limites de son élasticité, la fait éclater, puis, détruisant les tissus qu’il rencontre, il s’arrête à une plus ou moins grande profondeur.

Les plaies en cul-de-sac présentent des dimensions très différentes, variables avec celles de l’éclat qui leur a donné naissance. 11 en est de très petites qui semblent faites par des instruments piquants émoussés ; d’autres, sinon par leurs formes, au moins par leurs dimensions, se rapprochent des plaies des balles; la plupart ont une plus grande étendue; quelques-unes présentent des dimensions vraiment effrayantes.

En général, on peut dire que l’orifice d’entrée de ces perforations est sensiblement plus petit que leur trajet : ce qui tient à ce que le projectile a sui distendu la peau avant de la perforer. Il n'est pas rare de trouver des fragments d’obus volumineux cachés au fond de trajets à orifices si étroits qu’on n’aurait pu supposer au premier abord qu’ils aient recèle des corps étrangers de dimensions aussi considérables.

Les bords de l’ouverture des plaies en cul-de-sac un peu larges sont habituellement déchiquetés, meurtris, décollés.

Le canal de ces plaies est irrégulier, contus et recouvert de tractus cellulo-fibreux, vestiges des tissus cellulaire, uponévrotique et musculaire déchirés.

Le fond de ces culs-de-sac est d’ordinaire occupé par l’éclat coifie ou non par les vêtements qu’il a rencontrés sous son passage.

Les parois de la cavité créée de toutes pièces, dans laquelle est logé cet éclat, ont très peu do tendance à revenir sur elles-mêmes après l’extraction du corps étranger. C’est là un fait bien digne de remarque, signalé par tous ceux qui ont parlé de ces plaies.

3° Les sétons, qu’ils soient sous-cutanés ou profonds, ne peuvent guère être produits que par des éclats de faibles dimensions ou de dimensions moyennes, animés d’une assez grande vitesse et atteignant les parties par leurs bords tranchants ou l’un de leurs angles. On peut avancer, en se basant sur leurs conditions de production, qu’ils seront dorénavant plus souvent observés qu’ils ne l’étaient autrefois.

Dans certaines régions pourvues de masses charnues épaisses, comme la cuisse, la fesse, le dos, on a vu exceptionnellement des éclats volumineux produire de très larges sétons.

Le général Manéquc dont parle Gillette présentait un séton de la face postérieure de la cuisse, produit par un éclat d’obus qui avait au moins les dimensions de la paume de la main. Le fémur n’avait pas été touché, mais tous les muscles postérieurs étaient broyés '.

L’exemple suivant est plus remarquable en ce sens que c’est le projectile entier qui a fait séton et dans une cavité qui présentait des dimensions à peine plus étendues que les siennes :

Pendant le siège de Paris, aux Hautes-Bruyères, un tirailleur prussien, à genoux, appuyé contre un arbre dans la position du tireur isolé, eut la télé traversée par un obus français de 4, lancé par une batterie distante de 500 mètres environ de la place qu’il occupait. La tète n’était pas déformée et l'homme resta après le traumatisme dans la position qu’il gardait avant d’avoir été atteint1 2.

De pareils faits, déjà relativement peu fréquents autrefois3, ne seront plus qu’exceptionnels dans les guerres futures.

Les caractères des orifices et du canal de ces sétons sont ceux des perforations incomplètes. Nous n’y reviendrons pas.

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