MEMBRES
Nos auteurs nous ont fourni des exemples remarquables de ces épouvantables lésions. Nous nous contenterons de citer les suivants :
A Palestro, un gros projectile avait enlevé la partie supérieure du crâne d’un zouave. Sa tête, noircie, se balançait régulièrement comme un pendule, tandis que de ses deux mains il soutenait son genou droit pour maintenir sa cuisse agitée par un frémissement spasmodique. Cette plaie, large et laissant à nu une énorme surface cérébrale, était au-dessus des ressources de l’art; la mort n’a pas tardé âsurvenir1.
A la prise du Mamelon-Vert, un offieierde turcos eut la face entièrement enlevée par un boulet. Le menton, la bouche, le nez, les joues, les yeux, lesfosses nasales, lulangue, tout avait disparu. Il ne restait plus que le cerveau dans le crâne supporté parle cou. Cet infortuné respirait par l’ouverture supérieure pharyngo-laryngée tout éraillée, et scs changements de position, les gestes crispés de ses mains donnaient la triste certitude qu’il avait conscience de son état. Il ne succomba que 24 heures après2.
Pendant le siège de Strasbourg, un obus éclate entre les jambes d’un malheureux au moment où il passait sous les fenêtres de notre ambulance. Aux cris qu’il pousse, nous sortons et le trouvons étendu à terre, une cuisse complètement broyée et luxée, tout le plancher inférieur du bassin, le périnée enlevé, les ischions
Ablation étendue des parties molles du thorax et du dos par un éclat^d’obus.
brisés, les organes génitaux extérieurs projetés à plusieurs centaines de mètres dans la rue; toute la masse intestinale fumante, couverte de sable et de poudre étalée devant lui sur le pavé. Le blessé n’avait pas perdu connaissance. Il était dans un état de surexcitation extrême; un tremblement général s’élait emparé de lui. Pas d’hémorrhagies, pas de perforation intestinale. On rentra les intestins. L'intelligence dublessé était nettemalgré l’étendue des désordres qu’il présentait. Il fit venir sa femme, ses enfants, arrangea scs affaires avec un grand sang-froid. Lorsque les douleurs devinrent trop intolérables, il nous pria vivement de l’endormir. On lui administra du chloroforme jusqu’à résolution, ce qui fut facile, puis on continua l’effet de cet anesthésique. Cet homme mourut dans le milieu de la nuit3.
Nous avons reproduit, d’après les Comptes rendus de la guerre d’Amérique, le dessin d’un blessé dont les parties molles de l’un des côtés du thorax avaient été abrasées dans une grande étendue par un éclat de gros projectile. Ce blessé guérit (voy. fig. 4i)\
Nous n’insisterons pas davantage ici sur les larges brèches [faites à la tète, à la face, au cou, au tronc, par les gros projectiles ou leurs éclats,