‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 359 sur 460 · ACCIDENTS RÉSULTANT DU MANIEMEMT DES ARMES A FEU · texte numérisé non relu

ACCIDENTS RÉSULTANT DU MANIEMEMT DES ARMES A FEU

Le tir des bouches à feu donnait autrefois lieu à de graves accidents et il n'était pas très rare de les observer. L’ignition précipitée de la charge, au moment du refoulement, déterminait, chez l’artilleur qui maniait le refouloir, des désordres graves portant sur diverses régions du corps; de plus, le pouce de l’homme chargé d’obturer la lumière de la pièce était parfois brûlé, déchiré, luxé. Enfin les perforations du tympan s’observaient souvent sur les artilleurs rapprochés du canon. Aujourd'hui ces accidents ont disparu avec les bouches à feu d’ancien modèle. Par contre, d’autres les ont remplacés, mais ils sont exceptionnels.

Sans parler de ceux liés à l’éclatement des bouches ù. feu fatiguées par un long usage ou présentant quelque défaut de fabrication, nous avons à signaler les lésions produites par la projection de la tête mobile de culasse, la propulsion de la boîte de culasse ou des étoupilles.

La projection de la tête mobile de culasse peut déterminer de grands désordres (contusions, plaies étendues, etc.). On a cherché l’éviter par des dispositifs particuliers qui la rendent très difficile. La propulsion de la lourde boite de culasse, imputable à la négligence, peut être suivie

d’accidents non moins graves (brûlures par la poudre, plaies conluses, contusions violentes). Quant à la projection des étoupilles, elle ne détermine d’ordinaire que des contusions sans gravité.

Le tir répété dans dès espaces clos a donné lieu à des conjonctivites. Notre collègue de la marine, le Dr Moursou, a attiré l’attention sur la Fréquence de cet accident '. L’expérience démontrera enlin si l’ébranlement produit surletympan parle tir des piècesdegroscalibre nepeut pas, comme autrefois, amener des perforations et des lésions de l’oreille moyenne.

CONTUSIONS ET PLAIES CONTUSES n’ORIGINES DIVERSES.

Les corps pesants de toutes sortes détachés par les gros projectiles, les pierres, les branches d’arbres, etc., etc., peuvent donner lieu à des plaies confuses d’une étendue variable, dont les caractères se rapprochent plus ou moins des plaies des projectiles creux que nous venons d’étudier.

Dans le même cadre des contusions et des plaies accidentelles, nous pourrions encore ranger des lésions multiples semblables à celles qu’on observe communément pendant les exercices du temps de paix, mais qui sont plus fréquentes dans les rassemblements d’hommes imposés par la guerre: celles qui résultent par exemple des chutes de cheval, des coups de pied, des morsures de cheval, les plaies que produit le départ des armes par imprudence ou maladresse, les traumatismes déterminés par la manœuvre des pièces du matériel de campagne et de siège, ou par le passage des roues ou des chevaux sur des hommes tombés sur le champ de bataille1 2.

Il est enfin des séries de blessures qui probablement s’observeront dans les guerres à venir avec certaine fréquence, nous voulons parler des accidents de chemin de fer, des lésions consécutives aux déraillements, aux collisions des trains, etc. Toutes les variétés de traumatismes, depuis les écrasements jusqu’aux simples contusions, depuis l’ébranlement qui ne provoque même pas la syncope jusqu’aux degrés les plus élevés de la commotion cérébrale ou médullaire, peuvent être constatés en pareils cas. Ce sont surtout les lésions de la tête et des membres inférieurs qui se présentent le plus souvent.

1. D’après cet auteur, ces conjonctivites catarrhales résulteraient de l’action irritante de la fumée qui pénètre par les embrasures des pièces. Cette fumée renfermerait, d’après ses analyses chimiques, des carbonates et des sulfates, des chlorures, des azotates de potasse et de l’hyposulfite de soude. Le lavage des yeux après le tir soit avec de l’eau pure, soit avec de l’eau légèrement acidulée d’une faible quantité de vinaigre constituerait un excellent moyen prophylactique. Ce lavage est imposé sur les navires et s’exécute sous la surveillance des chefs. L’irritation produite par la même fumée sur les muqueuses laryngées et bronchiques, pourrait déterminer, d’après le même auteur, des laryngites et des bronchites. Archives de médecine navale, 1879, p. 258.

2. On accorde généralement aux chevaux, dit Chenu, un certain instinct qui leur fait franchir sans le toucher le corps d’un homme renversé; la chose s'observe dans les exercices de cavalerie ou pendant un défilé, mais en campagne la précipitation d’une charge et surtout l’impossibilité pour les chevaux du second rang de distinguer, au milieu du bruit et de la fumée, les corps qui sont à terre donne lieu à des accidents inévitables. Jiucrre d’Italie, t. Il, p. 320.

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