LÉSIONS I)K S ARTÈRES
Les raisons en sont multiples. A l’encontre de ce qui a lieu pour les autres blessures artérielles, les lésions de la contusion sont peu évidentes, elles ne peuvent être bien déterminées que par l’expérimentation qu’on n’a pas assez utilisée pour leur étude, enfin elles déterminent peut-être moins souvent les accidents graves auxquels les plaies artérielles donnent lieu.
Nous insisterons tout particulièrement ici sur les caractères anatomo-pathologiques et sur les effets immédiats de cette variété de lésions, en ajoutant quelques aperçus personnels à ceux fournis par les auteurs. Nous compléterons l’étude de ces confusions au chapitre des hémorrhagies secondaires.
11 ne sera question dans ce chapitre que des contusions observées dans les plaies ouvertes, les lésions artérielles décrites à propos des contusions des parties molles étant de nature très diverse (plaies, contusions simples, etc.).
Les auteurs ont avancé généralement que la situation profonde des artères, l’élasticité de leurs parois, la fluidité de leur contenu, la laxité du tissu cellulaire qui les enveloppe, leur permettaient de se soustraire très souvent à l'action contondante des corps vulnérants en général, et des projectiles en particulier. Le fait est exact, mais, pour nous, son importance a été singulièrement exagérée. 11 résulte de nos nombreuses expériences cadavériques que quand une balle rencontre sur son trajet une artère, elle l’entame, la perfore ou la contusionne dans l 'immense majorité des cas. La contusion est surtout produite par les balles animées d’une vitesse modérée ou faible. Celles-ci sont seules capables de causer des contusions sur les artères frappées en plein. Des projectiles animés de vitesses considérables tout comme ceux qui n’ont qu’une vitesse faible peuvent cependant déterminer l’attrition des artères qui répondent, par une des extrémités de leur diamètre, au trajet parcouru par le corps vulnérant.
En raison de l’irrégularité de leur surface, les éclats d’obus entraînent moins souvent des contusions artérielles qlie des plaies.
Le plus ordinairement la contusion artérielle est produite par le corps vulnérant lui-même, mais souvent aussi elle est déterminée par des •esquilles chassées contre les vaisseaux.
11 résulte de nos recherches cadavériques que la contusion artérielle, qu’on pourrait croire tout exceptionnelle d’après le petit nombre de faits publiés, est, au contraire, très fréquente, peut-être plus fréquente que les plaies. Cette donnée fournie par l’expérimentation concorde avec les résultats de l’observation directe des blessés. On sait, en effet, combien souvent, en campagne, on a à intervenir pour arrêter des hémorrhagies secondaires : or nombre de ces hémorrhagies sont liées à l’ulcération de vaisseaux contus par les balles et encore celte ulcération n’est pas la terminaison la plus habituelle des contusions artérielles.
Premier degré de la contusion. — Dans le premier degré apparent de la contusion, la tunique moyenne présente des lésions manifestes et bien remarquables. Ce sont de petites plaies, linéaires, de quelques millimètres ■de longueur (2, 3, 5 millimètres), peu profondes et perpendiculaires àl’axe ' du vaisseau : on dirait des éraflures produites avec la pointe d’une épingle qu’on aurait passée légèrement sur la face interne de l’artère. Ces solutions de continuité répondent aux interstices horizontaux des faisceaux, musculaires et élastiques de la tunique moyenne. Les tractus qui réunissaient
DELORME
ces faisceaux, moins résistants que ces derniers, ont subi tout l’effet du choc et se sont rompus.
Tantôt ces plaies linéaires sont circonscrites à une étendue très limitée de l’artère, tantôt elles sont réparties sur une longueur de près d’un centimètre. Elles varient aussi de nombre, on peut n’en trouver que quelques-unes, ou en compter jusqu’à une dizaine. On ne les rencontre que sur la portion de la paroi qui répond au passage du projectile. Nous avons presque toujours constaté ce premier degré de contusion quand la balle n'avait fait que frôler tangentiellement l’artère. La figure 46 rend bien compte de l’aspect de ces lésions, elle les accuse peut-être un peu plus qu’elles ne le sont d’ordinaire.
11 résulte de cette description que la contusion d’une artère au premier degré représente, en réalité, une série de plaies internes.
Dans le deuxième degré , la lésion change d’étendue et de caractère. On
Fig. 46.
Fig. 47.
Fia. 48.
Fig. 49.
Fig. 46. Premier degré d’une contusion artérielle par balle (dessiné d’après nature sur une pièce expérimentale). — Fig. 47. Contusion d'une artère brachiale au troisième degré produite par une baîle; section assez régulièrement transversale de la tunique moyenne ; traces de contusion audessus et au-dessous de la section. — Fig. 48. Contusion au troisième degré d'une artère fémorale par une balle ; section complète de la tunique moyenne ; lésions de la contusion au second degré surtout au-dessus et au-dessous de la section transversale (pièces expérimentales). — Fig. 49. Artère axillaire contuse au troisième degré (pièce expérimentale).
retrouve les plaies transversales disséminées sur la portion d’artère correspondant au trajet du projectile, mais elles sont plus profondes. La destruction des fibres qui réunissent les faisceaux transversaux musculaires et élastiques delà tunique moyenne a été plus complète; elle n’est plus limitée aux fibres les plus internes, comme dans le premier degré; elle a intéressé toute leur épaisseur de sorte qu’à travers les lèvres de ces plaies transversales, on peut apercevoir la tunique externe. Les faisceaux musculaires séparés sont eux-mêmes contus, parfois mâchés et détachés de la tunique externe, parfois divisés dans le sens longitudinal, mais jamais nous n’avons trouvé de rebroussement proprement dit. Aux limites des points où l’action du projectile a été le plus intense, on retrouve les lésions plus simples de la contusion au premier degré. Gomme dans ce dernier, les lésions du deuxième degré sont encore limitées à la portion d’artère sur laquelle le projectile a directement porté son action.