‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 381 sur 460 · Lidell, ouvrage cité, tome III, page · texte numérisé non relu

Lidell, ouvrage cité, tome III, page

Dans les plaies des grosses veines, les moyens précédents peuvent encore suffire; mais quand ils sont inefficaces, on est obligé d’avoir recours à la forcipressure ou à la ligature. Ces derniers moyens sont les seuls qui permettent d’arrêter sûrement les hémorrhagies liées aux perforations ou au k plaies latérales des grosses veines par les projectiles, lésions que nous avons le plus souvent l’occasion d’observer.

Habituellement la ligature du bout périphérique arrête définitivement l’écoulement du sang et un grand nombre d’observations démontre que cette pratique a été suivie d’un plein succès dans des blessures de gros troncs comme la fémorale ou l’axillaire. Si, après l’application de cette ligature, le sang ramené entre la section et les valvules par une collatérale, continuait à s’échapper par le bout central, il faudrait encore entourer ce/dernier d’un fil. Si ce bout central apparaît dans la plaie, on fera bien, par mesure de prudence, de l’obturer par une ligature alors même qu’il ne fournirait pas de sang au moment de l’intervention. Dans les plaies qui portent sur les gros vaisseaux veineux du cou, il faut, pour éviter le reflux du sang au moment de l’expiration, lier les deux bouts.

La ligature des veines, comme l’a fait remarquer Nicaise1, est une opération qui autrefois inspirait beaucoup trop de terreur. Jusqu’en 1830, les chirurgiens français, à part D. Larrey, très partisan de celte ligature, avaient établi en principe de ne jamais lier les veines. Par contre, ils furent les premiers à revenir sur cette proscription. On accusait autrefois cette opération de déterminer des gangrènes lorsqu’elle portait sur des gros troncs, de provoquer des phlébites et d’exposer aux récidives hémorrhagiques.

La richesse des voies anastomotiques des veines du membre supérieur, du membre inférieur et du cou ne doit pas laisser de craintes au chirurgien sur le rétablissement de la circulation après la ligature de ces gros troncs veineux. Gruveilhier avançait déjà, en 1832, qu’il n’existait pas un seul fait positif de gangrène par oblitération veineuse et les expériences de Sappey ont achevé de réduire anéanties affirmations des auteurs anciens touchant l’importance de la gangrène comme complication de la ligature des veines. Ce chirurgien a démontré que la circulation de retour n'est même pas sensiblement gênée après la ligature de la veine cave inférieure.

La phlébite qu’on redoutait tant il y a quelques années encore, et avec raison, est devenue exceptionnelle depuis l’emploi de la méthode antiseptique, depuis l’adoption des fils de catgut pour la ligature.

Les hémorrhagies secondaires étaient encore très souvent observées autrefois à la suite de la ligature des veines. Contrairement à ce qu’on constate après la ligature des artères dont les tuniques internes et moyennes se rebroussent pour oblitérer la lumière du vaisseau, après la striction d’une veine, ses trois tuniques restent intactes. La tunique interne présente seulement un grand nombre de plis longitudinaux, la tunique moyenne résiste ainsi que l’externe et on ne trouve au niveau de la constriction qu’un amincissement circulaire du vaisseau. L’absence de section des tuniques interne et moyenne des veines parla ligature nuisait dans une cer-

1. Nicaise, Des plaies et de la ligature des veines. Thèse d'agrégation, Paris, 1872, page 97.

ACCIDENTS DES HÉMORRHAGIES.

laine mesure à l’adhérence du caillot la paroi du vaisseau, aussi quand le fil détaché par la suppuration tombait prématurément après avoir ulcéré la veine, le blessé était-il exposé à des hémorrhagies graves. Ces hémorrhagies secondaires sont devenues exceptionnelles depuis qu’on a substitué des tils de catgut aux lils de chanvre. Au moment où les premiers se résorbent, le caillot oblitérateur a acquis suffisamment de résistance; ne se serait-il pas formé que la plaie accidentelle du vaisseau ayant eu, dans l’intervalle, le temps de s’oblitérer, toute hémorrhagie deviendrait difficile sinon impossible.

En résumé, si la ligature des veines est une opération toujours grave quand elle est faite avec un matériel non antiseptique et qu’on laisse la plaie suppurer, elle constitue au contraire une opération très bénigne et toujours efficace quand on sait s’entourer de toutes les précautions voulues.

Nous n'avons parlé jusqu’ici que de la ligature totale des veines. La ligature latérale , proposée par Travers pour les plaies latérales, puis abandonnée, a été reprise dans ces derniers temps. Si elle a l’avantage de conserver la perméabilité du vaisseau, avantage négligeable quand on se rappelle ce que nous avons dit du retour si facile de la circulation par les voies collatérales, elle a le grave inconvénient d'exposer bien plus que la ligature totale aux récidives hémorrhagiques. L’étendue des plaies des veines par les projectiles s'oppose enfin â son emploi dans la pratique usuelle de la chirurgie de guerre.

Le traitement détestable qui consistait à lier le tronc artériel principal dans les blessures des gros troncs veineux n’a qu’une valeur historique.

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