SYNCOPE, MORT APPARENTE
Les hémorrhagies graves déterminent très souvent la syncope. Ce sont môme elles qui la produisent d'ordinaire. La douleur, la frayeur, etc., toutes les irritations de filets nerveux périphériques, ou des centres peuvent encore lui donner naissance. Le froid, la faim, l'épuisement en favorisent l’apparition.
Le blessé, pris de syncope, éprouve de l’anxiété, des vertiges, des tintements d’oreille, des nausées. Il perd connaissance et tombe. Son visage d’abord pâle et recouvert d’une sueur froide présente bientôt un léger degré de cyanose. Ses yeux sont fixes et immobiles, ses pupilles dilatées. La température du corps est abaissée, les battements du cœur (faibles ou nuis) ne sont plus perçus, la respiration est ou semble interrompue; la résolution est complète. C’est l'image de la mort.
Quand elle est due à une déplétion considérable du système vasculaire, on explique la syncope par l’anémie de l’encéphale et du bulbe en particulier. Suit-elle une impression nerveuse périphérique ou centrale, elle est d’origine réflexe et semble produite plus directement par l’excitation du pneumogastrique.
Sans gravité dans nombre de cas, la syncope est souvent d'un pronostic fort sérieux quand elle est liée aux pertes de sang abondantes. Elle peut se terminer par la mort. Quand elle est prolongée, ce qui n’est pas rare, elle pourrait, sur le champ de bataille, donner lieu à de terribles méprises, si on n'avait soin, lors des inhumations, de bien rechercher les signes certains de la mort. Les exemples suivants, entre autres, empruntés à Chenu1 et à Nusbaüm2, fixeront bien cette donnée des plus importantes dans l’esprit du chirurgien.
Laussucq (Jean), caporal au 44° de ligne, est atteint à la face par une balle et lui sud pour mort dans la plaine de Médole. Ce n’est que le lendemain, au ‘moment où l’on s’occupe de l’inhumation des morts qu’on reconnaît quelques signes de vie. Laussucq est retraité.
Legieux (Jean-Paul-Édouard), du 85° de ligue, est aussi atteint à la face, devant Magenta, par un éclat d’obus. Un long évanouissement le fixe à la place où il est tombé; un médecin passe près de lui, surprend un mouvement; Legieux reprend connaissance et il est sauvé.
« J’ai éprouvé, dit Nusbaiim, une épouvantable émotion après la bataille d’Orléans le 10 et H octobre 1870, lorsqu’une nuit sombre, froide et profonde, qui força à s’arrêter, produisit tant de léthargies. Nous revînmes plusieurs fois, avec quatre ou cinq porteurs, auprès de blessés qui avaient été laissés pour morts, alors que le battement de leur cœur se faisait encore bien sentir, et après les avoir recueillis, réchauffés, ravitaillés, nous les ramenâmes à la vie. Perte de sang, épuisement, faim, froid, frayeur, me parurent les causes de ces léthargies. Il est épouvantable de penser que ces pauvres et braves jeunes gens aient pu passer toute une nuit gisant moribonds dans les fossés qui bordent les routes, tandis que les porteurs allaient et venaient autour d’eux sans les regarder. 11 n’y a pas le moindre doute que la léthargie ne puisse se changer en une vraie mort, lorsqu’il se passe plusieurs heures sans qu’il arrive aux blessés d’être soulagés ou réchauffés. »
• La syncope a parfois pour résultat heureux de suspendre l'écoulement du sang provenant de la blessure de gros vaisseaux et de permettre à des caillots d’assurer l’hémostase temporaire.
Le traitement de la syncope varie avec la cause qui lui a donné naissance. La syncope d’origine réflexe est plus facile à combattre que celle qui survient à la suite des pertes de sang abondantes. Les irritations périphériques, la respiration artificielle, sont les moyens qu'on recommande de préférence pour combattre cette syncope d'origine réflexe. La position horizontale, la tête inclinée en bas, les aspersions d’eau froide sur le visage, la percussion de la face, les frictions sur le corps, l’irritation de la muqueuse pituitaire par des vapeurs d’ammoniaque, etc., la ligature des membres à leur racine, après avoir eu soin de les maintenir soulevés pendant quelques instants, les injections sous-cutanées d'éther, la respiration artificielle, sont recommandés surtout dans la syncope hémorrhagique.
Pendant qu'on s’efforce de la combattre, on doit s’occuper avec non moins de soin de prévenir les nouvelles pertes de sang qui pourraient survenir lorsque la circulation se ranime.