‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 385 sur 460 · ACCIDENTS DES H E M OR R H A CI ES · texte numérisé non relu

ACCIDENTS DES H E M OR R H A CI ES

fixe par une grosse serre-fine qui comprime simultanément les deux lèvres de la plaie cutanée; on ferme la canule, au moyen du clamp, le tube d’issue d’eau restant ouvert.

6° On saigne le donneur de sang en imprimant un coup sec à la tète de la lancette.

7° On ferme l’aspirateur d'eau, on chasse parle tube d’issue l’eau et le sang mêlés.

8° On ouvre la canule all'érente en fermant le tube d’issue lorsque le sang y est apparu pur.

9° On transfuse par des pressions régulières exercées sept à huit fois par mi-

Fig. 77

Op 'ration de la Transfusion du sang avec l'appareil de Roussel de Genève.

nute sur le ballon-pompe contenant 10 grammes, jusqu’à la dose moyenne de 250 grammes.

10° On enlève V appareil, on le lave de suite, on place un simple bandage en 8 de chiffre à chaque bras, ou couche chaudement l’opéré, on lui donne à boire du thé chaud ou du rhum .

La disposition de la lancette a été critiquée: on l’a jugée dangereuse. M. Housse! (de Genève) a satisfait à ces critiques, en substituant au porte-lancette un porte-tampon. Le chirurgien saigne à la main la veine choisie, puis il applique sur l’ouverture de la veine le tampon fixé par la ventouse; il chasse par le courant d’eau l’air et les premières gouttes de sang mêlé d’eau; puis il décroche le tampon au moment où il a besoin de sang pur.

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Il nous rcsLe à parler du mode opératoire de la transfusion avec du sang défibriné humain ou animal et de la transfusion directe du sang d’animal.

Transfusion du sang défibriné. On recueille le sang dans un verre très propre, on le bat avec une baguette de verre, on le filtre ensuite à travers un linge très propre, à trame serrée, autant que possible à travers de la soie blanche sans apprêt. On glisse une canule dans le bout central de la veine du transfusé et avec une seringue ordinaire on injecte lentement de petites quantités de sang débarrassé de ses caillots.

Tran fusion directe du sang animal avec l’appareil Roussel. On lie l’animal sur une planchette, on rase la peau près de l’arcade crurale, on met à nu les vaisseaux, et on passe sous chacun d’eux deux fils d’attente pour ligatures. Le manuel opératoire est le même que celui utilisé pour la transfusion du sang veineux humain. On vide l’air du transfuseur, on insinue dans la veine du transfusé la canule remplie d’eau, on la fixe par une serre-fine pinçant la peau, on ferme la canule par le clamp de bifurcation, le tube d’issue restant ouvert, enfin on ouvre l’artère ou la veine de l’animal donneur de sang.

Le procédé suivant également conseillé est moins sûr que le premier.

On dissèque une artère de moyen calibre sur un animal; on passe sous elle un ou deux fils à ligature; on serre à fond le fil périphérique et provisoirement le fil central. On introduit et on lie dans le bout central une canule mousse de caoutchouc durci jointe à une deuxième canule par un tube de caoutchouc naturel de 0m,2o de longueur. On laisse perdre les premières gouttes de sang qui ont été en contact avec l’air ou l’eau du tube, puis on introduit la seconde canule dans une veine ou une artère du blessé. On laisse passer le sang de l’animal pendant un nombre calculé de secondes en interrompant le courant rythmique de seconde en seconde par une compression du tube de caoutchouc. On retire les canules, et on lie les deux bouts de l’artère après avoir enlevé la portion du vaisseau contusionné par la présence de la canule ou du fil qui la maintenait.

Citons encore le procédé qui consiste à aboucher directement l’artère de l’animal dans la veine de l'homme1.

Lorsque la transfusion a été conduite avec un bon appareil, l’opération s’achève sans le moindre trouble chez l’opéré. A peine, vers le milieu de l’opération, voit-on la face du blessé se colorer légèrement, ses 3reux briller, la sueur perler de son front, le pouls se remplir, s’accélérer et la respiration devenir plus profonde. Parfois cependant on constate de la dyspnée : c’est qu’alors la quantité de sang lancée dans la circulation a été subitement trop considérable. Quand on a soin chaque fois de ne chasser que 10 grammes de sang, comme le fait Roussel, et de ne renouveler la môme dose que de cinq à six fois par minute, le blessé n’a pas de dyspnée.

Vingt à trente minutes après la transfusion, il est habituel, pour ne pas dire constant, de voir le blessé pris d’nn frisson (Roussel). Son intensité

1. A. Guéiun, au Congrès de Bordeaux en 1870, avait préconisé un mode de transfusion à peu près semblable qu’il appelle par communauté de sang. Il consiste à isoler une artère chez le patient et chez celui qui lui donne du sang; puis à couper ces deux artères en travers et à mettre en communication par un tube de caoutchouc le bout cardiaque de l’artère du donneur de sang avec le bout périphérique de celle du blessé et vice versa pour les deux autres bouts artériels. On pourrait, d'après ce chirurgien, maintenir cette communauté pendant plusieurs jours. L’expérience n’a pas été laite sur l’homme.

A NÉVRYSMES T R A U M A T I Q U E S .

serait en rapport avec la quantité de sang transfusé. Faible quand celle-ci n’atteint que 150 grammes, il serait au contraire intense quand elle est portée à 250 grammes. Ce frisson dure ordinairement de vingt minutes à une demi-heure. Il est suivi d’une période de chaleur et de sueur pendant laquelle le blessé accuse un sentiment de bien-ôtre général. Sa respiration est plus lente, plus régulière et plus profonde, son pouls se rapproche du rythme normal, et son intelligence est très vive. Bientôt il s’endort d’un sommeil calme interrompu au bout de une à deux heures par un impérieux besoin de miction et de défécation. L’urine est limpide ou un peu sombre et libre d’albumine. Quand la quantité de sang injecté a été trop considérable ou qu’on a injecté du sang d’animal, l’urine donne un dépôt d’albumine.

ANÉVRYSMES TRAUMATIQUES.

Les lésions traumatiques des artères peuvent donner naissance à des anévrysmes artériels faux primitifs, à des anévrysmes artériels faux consécutifs, à des anévrysmes artérioso-veineux primitifs ou consécutifs.

Ces anévrysmes traumatiques seraient assez rarement observés en chirurgie de guerre si l’on en croit les comptes rendus de la guerre d’Amérique. Otis, en effet, n’en a relevé que 74 cas. Dans la moitié, il s’agissait d'anévrysmes de la fémorale et de l’axillaire.

11 ne sera question ici que des anévrysmes primitifs artériels etartériosoveineux.

Quand l’écoulement de sang fourni par une artère est rendu difficile par l’étroitesse de la plaie, par son obliquité, ou encore par une compression exercée sur l’orifice de la blessure, le sang s’épanche dans le tissu cellulaire et forme une tumeur décrite par les auteurs sous le nom d'anévrysme artériel faux primitif.

Cette tumeur molle, fluctuante, d’un volume souvent considérable, aux limites mal établies, est tantôt animée de battements isochrones au pouls et fait entendre à l’auscultation un léger souffle, ou bien elle ne laisse percevoir à la main qui l’explore qu’une impulsion légère. En général, elle a des plus grandes tendances à s’étendre. La distension des tissus qu’elle amène, la compression qu’elle exerce sur les gros troncs veineux ou sur les vaisseaux collatéraux, entraîne des douleurs vives, l’engorgement, d’œdème du membre, parfois sa gangrène.

L’anévrysme artériel traumatique primitif a peu de tendance à guérir Spontanément. Son traitement comporte un cerlain nombre d’interven- | dons d’inégale valeur; la compression digitale ou instrumentale indirectes ou \ lirectcs, la ligature indirecte et la ligature directe.

Si l’on se rappelle les caractères des blessures des grosses artères par I es balles, la fréquence des plaies latérales et des perforations, et le peu I le tendance qu’ont ces plaies ;'i guérir spontanément, on comprendra aisé- I Tient que la compression digitale indirecte et la ligature fi distance conritituent des modes de traitement très incertains. En effet, dès que la cirf mlation collatérale se rétablit dans le bout inférieur, le sang s’échappe à

53o COMPLIC. IMMEDIATES DES PLAIES DES PARTIES MOLLES.

nouveau par la plaie artérielle encore béante ou obturée par un caillot peu adhérent, et distend la poche anévrysmale. D’un autre côté, la compression directe est difficilement supportée. Les anévrysmes faux primitifs qu’on observe à la suite des blessures des artères par les coups de feu et les coups d’armes blanches, doivent être, en principe, traités par la ligature directe.

Il faut reconnaître cependant que ce mode de traitement réclame toujours du chirurgien beaucoup de sang-froid et d’habileté. Après avoir fait établir une compression à distance sur le tronc principal, et par mesure de prudence, après avoir enfoncé son indicateur gauche dans le canal de la plaie, le chirurgien pratique sur le trajet de l'artère une double incision étendue de la plaie aux limites supérieure et inférieure de la poche. Il ne saurait mettre trop largement à nu la région blessée. Après avoir divisé les téguments, les aponévroses, dégagé les muscles avec la sonde cannelée, débarrassé par des pressions énergiques exercées avec des éponges le foyer du sang qu’il renferme, il dénude l’artère un peu au-dessus du canal de la plaie, la pince, puis la lie. Il la dégage ensuite au-dessous du canal de la plaie, la pince et la lie. Il a soin de s’assurer qu’aucune collatérale ne naît entre le point lié et la plaie.

Dans le cas où le chirurgien compterait peu sur lui et sur ses aides, il pourrait utiliser la bande d’Esmarch pour pratiquer la ligature de l’artère.

En nous conformant aux données qui précèdent, nous avons lié l’artère fémorale commune et la fémorale profonde à son origine pour un anévrysme diffus faux primitif consécutif à la blessure de ces vaisseaux par une arme tranchante. L’artère fémorale commune avait été entamée dans la moitié de son diamètre au niveau du point où elle donne naissance à la fémorale profonde et cette dernière avait été elle-même intéressée parallèlement a sa direction dans l’étendue d’un centimètre. Une compression exercée immédiatement sur la plaie avait diminué l’intensité de l’hémorrhagie et provoqué la formation d’un anévrysme traumatique de la grosseur du poing. Sans autre assistance que celle de garçons boucliers, compagnons du blessé, et d’un aide-pharmacien, nous procédâmes au traitement de l’anévrysme par la ligature directe. Après avoir enfoncé le doigt indicateur gauche dans la plaie, nous incisâmes la poche sur le trajet de l’artère, de la plaie jusqu’à l’arcade crurale, en haut, et en bas, de la plaie jusqu’aux limites inférieures du sac; la poche fut débarrassée par des pressions vigoureuses exercées avec des éponges, des caillots qu’elle renfermait, nous dégageâmes la fémorale au-dessus de notre index gauche avec la sonde cannelée, puis un fil fut passé au-dessous et serré vigoureusement par l’aide-pharmacien. Sans déplacer l’index gauche, nous dégageâmes le’bout inférieur de la fémorale. Après sa ligature, le doigt compresseur fut retiré de la plaie, mais celle-ci se remplit immédiatement de sang en nappe. Après l’avoir épongée et après avoir écarté légèrement la fémorale commune de dessous laquelle le sang semblait provenir, nous constatâmes distinctement que la section avait porté simultanément sur la fémorale profonde qui avait été coupée dans le sens de sa longueur. Comme dans nos conditions d’installation, il était impossible de songer à la dénuder pour la lier, nous portâmes sur elle une pince hémostatique. L’hémorrhagie s’arrêta définitivement. La persistance de l’hémorrhagie après la ligature des deux bouts de la fémorale commune était d’un heureux augure; elle faisait prévoir le retour rapide de la circulation dans le membre par les branches anastomotiques de la fessière et de l’ischiatique. Cet heureux pronostic se vérifia. Le blessé qui avait été transporté à l’hôpital Saint-Louis, dans le service

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