Kirmisson, o. c., i>. 70 et
ACCIDENTS DES HÉMORRHAGIES.
le pouls a le nombre de battements habituels, et la vigueur revient progressivement avec l’appétit. En résumé, l’anémie traumatique peut causer brusquement la mort, l’assurer à bref délai, déterminer un état grave et persistant ou disparaître.
11 est impossible de dire quelle est la perte de sang qui peut donner lieu à ces divers degrés d’anémie traumatique depuis les plus légers jusqu’aux plus graves1. Tout ce qu’on sait, d’après l’expérience acquise par la pratique des saignées, c'est qu’une perte de sang de 3 à 400 grammes n’entraîne d’ordinaire aucun symptôme fâcheux. D’ailleurs bien des conditions entrent en jeu pour amener l’anémie traumatique. En premier lieu, il faut citer la rapidité de la perte sanguine. A ce point de vue, les hémorrhagies artérielles sont plus graves que les hémorrhagies veineuses. La répétition de la perte sanguine a encore une très puissante influence sur l’apparition et l’intensité de l’anémie traumatique. Depuis longtemps on a fait remarquer toute la gravité d’hémorrhagies secondaires môme très peu abondantes. M. Kirmisson a admis, d’après les résultats de son observation personnelle, que des pertes de sang faibles, mais souvent répétées, ont une gravité plus grande qu’une hémorrhagie abondante mais unique.
Les pertes de sang abondantes aggravent considérablement les effets du choc traumatique, et réciproquement ; la chloroformisation augmente les effets de l’anémie aiguë: l’âge avancé du blessé, les privations, Y obésité du sujet, et parmi les états diathésiques, le scorbut, la cachexie palustre, ont une influence analogue bien établie.
M. Kirmisson a recherché avec soin l’influence jusque-là passée inaperçue de l’anémie traumatique sur la marche des blessures, et il est arrivé à quelques conclusions que nous ne pouvons passer sous silence.
L’anémie traumatique augmente l’intensité de la fièvre traumatique. L’élévation de la température qui suit l’abaissement post-traumatique survient plus rapidement; elle est plus considérable et plus persistante que celle qui suit le môme traumatisme non compliqué de perte de sang2. L’emploi des pansements antiseptiques a modifié quelque peu ce phénomène.
M. Kirmisson a déterminé expérimentalement quelle pouvait être l’influence de l’anémie 1° sur les blessures fermées et sur la réunion par première intention ; 2° surles blessuresouvertesetsurlaproduction delà suppuration3. Il a constaté que la réunion par premièreintention faitle plus souvent, défaut après des pertes de sang un peu abondantes, et que, dans les cas où elle est obtenue, elle est retardée. Lorsqu’il s’agit de blessures ouvertes, vouées à la suppuration, l’anémie augmente la sécrétion purulente. Quant à l’aspect des plaies, il est bien remarquable sur les sujets anémiés : les bourgeons charnus sont grisâtres, tuméfiés, mollasses, œdémateux. En somme, l’anémie traumatique qui fait sentir surtout son influence dans le premiers moments de la réparation de la plaie, retarde les phénomènes réparateurs, rend plus lente la détersion des blessures et augmente leur tendance à la suppuration.
1. D'après des expériences sur des animaux, on évalue à 2 kilog. la quantitéde sang que doit perdre l’homme pour succomber. Kirmisson, o. c., p. 77.
Ce n’est pas tout : l’anémie traumatique semble avoir une influence réelle sur les complications des blessures.
L’état de la plaie mal protégée contre les absorptions par une couche de bourgeons charnus de mauvaise nature et dont la constitution est d’ailleurs tardive, un état général profondément affaibli par la déplétion du système circulatoire, concourent à favoriser la résorption des produits septiques do la plaie ou de l’air. Il est admis d’un autre côté depuis longtemps que l’anémie traumatique favorise l’apparition des hémorrhagies secondaires, Dupuytren exprimait déjà le fait en disant: «Le sang appelle le sang. » Le sang devenant plus aqueux à la suite d’hémorrhagies successives, et sa coagulation étant plus difficile, il semble rationnel d’admettre que l’oblitération bienfaisante des vaisseaux soit, en pareil cas, moins facile et moins parfaite.
L’influence de l’anémie traumatique sur les autres complications des plaies n’est pas encore bien établie.
Les commémoratifs, la constatation d’une lésion artérielle importante, permettront le plus souvent de distinguer l’anémie aiguë du choc traumatique avec lequel on peut quelquefois la confondre. Dans certains grands traumatismes, il est impossible de faire la part, dans les symptômes observés, de ce qui revient au choc ou à l’anémie aiguë, mais cette distinction n’a guère alors d’intérêt pratique.
Le traitement de l’anémie traumatique comporte des indications importantes qui doivent être exécutées sans retard.
Après avoir arrêté l’hémorrhagie, on combat la syncope par la position déclive, les frictions, la flagellation, la respiration artificielle et l’autotransfusion, c’est-à-dire par le refoulement vers le cœur et le cerveau du sang contenu dans les vaisseaux des extrémités. La position élevée des membres jointe à la compression isolée des vaisseaux principaux, l'application de la bande d’Esmarch sur les membres inférieurs combinée ou non à la compression de l’aorte permettent encore d’obtenir le même résultat.
Lorsque le blessé est tiré de son étatsyncopa.1, on le ranime par des boissons cordiales ou par des injections sous-cutanées d’éther sulfurique. Ces injections agissent comme stimulant général et comme révulsif local, elles ont pour résultat d’élever rapidement la température et d’augmenter la pression du sang. L’injection sous-cutanée du contenu d’une, de deux ou de trois seringues de Pravaz peut faire rapidement cesser un état de collapsus très accusé.
Lorsque ces moyens sont insuffisants, que la perte de sang a été considérable, qu’il y a des tendances aux syncopes répétées, on peut avoir recours à la transfusion.
Transfusion du sang. — Rendre du sang à un blessé sur le point de succomber pour en avoir trop perdu, est une conception si simple qu’on en retrouve les traces dans les écrits des auteurs les plus anciens. On se servit d’abord de sang humain, mais la quantité considérable de ce liquide que l’emploi d’instruments imparfaits obligeait à soustraire au donneur de sang, d’un autre côté les dangers qui résultaient de la propulsion presque fatale de caillots, ont fait recourir à la transfusion directe du sang d’animal ouàla transfusion de sangdéfibriné. Ces méthodes qui comportaient
ACCIDENTS DES HÉMORRHAGIES.
autant ou presque autant de dangers que la première, avaient discrédité la transfusion quand les perfectionnements apportés à l’instrumentation ont rendu à cette opération la place qu’elle avait perdue.
Ce fut Roux qui, en 1830, pour la première fois, utilisa la transfusion du sang sur un blessé par arme de guerre que des hémorrhagies abondantes avaient épuisé. Roux ouvrit l’une des veines du pli du coude, y introduisit une sonde de gomme élastique, saigna Andral, recueillit le sang de ce dernier dans une seringue plongée dans un seau d’eau chaude et injecta à son blessé une assez grande quantité de sang. Celui-ci succomba pendant l’opération probablement à des accidents emboliques. Il ne pouvait en être autrement avec l'instrumentation imparfaite dont s’était servi J. Houx. Vprès la tentative de Roux, Neudôrfer, pendant la guerre d’Italie, revint à la transfusion. Il l’employa six fois à l’hôpital de Vérone. Ce n’était plus cette fois pour combattre l’anémie traumatique qu’elle était utilisée, mais pour relever du marasme des blessés épuisés par des suppurations prolongées 1 . Pendant la guerre des Duchés et de Bohême , Esmarch, Nusbaüm, Neudôrfer, y eurent encore recours, toujours dans des conditions analo- .gues. Pendant la guerre de 1870-71, Nélaton, Ullersbf.rger, Pagenstescher revinrent à la pratique de Roux et firent avec des succès divers des transfusions sur des blessés qui avaient perdu de grandes quantités de sang. Beaucoup de chirurgiens allemands regrettèrent alors, dit-on, que le défaut d’un instrumentation appropriée se soit opposé à l’emploi de ce mode de traitement.
En 1874, l'Académie de médecine de Saint-Pétersbourg ayant rappelé l’attention sur la transfusion et les transfuseurs, Neudôrfer en Autriche, Heyfelder en Russie, firent introduire des appareils à transfusion dans l’arsenal chirurgical des armées de ces deux pays. En France, on adopta l’appareil de Collin 2 qui fut rayé de la Nomenclature en 1879, après l’insuccès de Pixgaud qui coûta la vie au médecin aide-major Legoff.
Pendant la guerre russo-turque , plusieurs transfusions [furent faites dans des cas d’anémie traumatique.
Cette opération est donc entrée dans la pratique de la chirurgie de guerre, et si elle n’a pas été pratiquée davantage jusqu’ici, il faut surtout en rechercher la raison dans l’absence d’une instrumentation appropriée dans le matériel ambulancier et hospitalier, et dans les dangers qu’elle faisait courir naguère encore aux blessés. Aujourd’hui il serait peut-être sage de revenir à son emploi. Comme le dit Oré : « Recourir à la transfusion dans les hémorrhagies qui menacent la vie est un devoir, y manquer serait plus qu’une faute3. » Roussel, à qui la pratique de nombreuses transfusions a donné une haute confiance dans la valeur de ce moyen, dit « qu’on doit la tenter même quand le blessé rend
1. Voir la Revue géaérale sur la Transfusion du sang en chirurgie d'armée par de Santi et DziEWoyfSKi, in lievue de chirurgie 1883. Ces auteurs ont relevé tous les cas dans lesquels cette opération a été pratiquée pour des traumatismes de guerre.
2. En 1881, sur la proposition du Conseil de santé des armées, le Ministre do la guerre a décidé que les appareils à transfusion ne figureraient plus dans la nomenclature réglementaire des hôpitaux et des ambulances, mais que, sur la demande des médecins en chef, les hôpitaux seulement pourraient être pourvus de transfuseurs Collin ou Roussel.
3. Oré, art. Transfusion du Dict. de médecine et de chirurgie pratique, t. XXXVI, p. 142.
ses avant-derniers soupirs » et que, quand on a le choix du moment de l’intervention, on ne doit pas tarder à y recourir lorsque les traitements classiques de l’hémorrhagie se montrent insuffisants ou qu’employés plusieurs lois, ils laissent après une passagère excitation reparaître l’état syncopal et une dépression croissante incontestablement due à une insuffisance du volume sanguin. L’indication est d’autant plus impérieuse que le traumatisme subi par le blessé est plus grave et doit nécessiter un traitement plus prolongé. Ses indien/ ions en chirurgie d'armée sont bien nettes. C’est dans les anémies traumatiques consécutives aux hémorrhagies très graves que cette opération trouve son emploi . Malheureusement celui-ci ne sera que trop souvent limité par les exigences des formations sanitaires. Malgré les opinions plus philanthropiques que pratiques de Gesellius, de Saint-Pétersbourg, et de Neudorfer, qui pensent que la transfusion peut être utilisée sur les blessés recueillis au poste de secours, nous croyons, avec beaucoup d’autres, que ce moyen doit être réservé pour les blessés des ambulances et des hôpitaux de campagne. On pourrait encore y avoir recours, peutêtre môme plus souvent dans les autres échelons sanitaires, pour combattre l’anémie traumatique consécutive aux hémorrhagies secondaires d’origine non septicémique.
Dans l’étude que nous allons faire de la transfusion du sang, nous ne nous arrêterons qu’aux considérations purement pratiques auxquelles elle donne lieu. La transfusion peut s’effectuer : 1° soit avec du sang humain artériel, défibriné ou veineux; 2° soit avec du sang artériel, défibriné ou veineux de mammifères .
I. Transfusion du sang d’homme a homme. — C’est la méthode la plus employée.
Transfusion artérielle. — La coagulation du sang dans des appareils à transfusion imparfaits et les accidents emboliques si graves qui en étaient la conséquence, avaient fait préconiser la transfusion artérielle, qui aujourd’hui ne compte que très peu de partisans, surtout depuis que les procédés de transfusion veineuse ont subi d’heureuses modifications.
Le bout central de l’artère du transfuseur était abouché avec le bout périphérique de celle du transfusé. Si par hasard quelques coagulums fibrineux se produisaient, ils ne pouvaient interrompre que la circulation d’un département vasculaire périphérique.
Transfusion du sang défibriné. — Les raisons qui ont fait adopter la transfusion du sang privé de sa fibrine par le battage sont celles qui avaientfait préférer la transfusion de sang artériel. Cette méthode, qui, il y a peu de temps encore, jouissait d’une grande vogue, a perdu aujourd’hui une partie du terrain qu’elle avait gagné sur la transfusion du sang veineux. On a avancé que le sang défibriné était moins vivifiant que le sang pur, qu’il était même nocif. Sans doute la défibrination a détruit une certaine quantité de globules, mais le sang défibriné est loin d’avoir des propriétés nuisibles. Il est démontré aujourd’hui qu’injecté avec les précautions voulues, il ne détermine pas les congestions des viscères qu’on l’a accusé
I. Comme nous l’avons vu, on l’a encore proposée et utilisée pour relever les forces de blessés affaiblis par des suppurations prolongées ou atteints de pyémie et de septicémie.
ACCIDENTS DES HÉMORRHAGIES.
tilde produire; d’un autre côté, son heureuse influence a été établie sur un i: nombre de cas suffisant pour qu’on ne puisse plus la mettre en doute il aujourd’hui. Dans la pratique de la chirurgie d’armée, on ne saurait 1 | l’abandonner complètement en raison de la simplicité de son manuel opé- J ratoire.
C’est la transfusion veino-veineuse qui est la plus employée aujourd’hui. L’expérience a démontré que le sang veineux avait des qualités vivifiantes suffisantes, et supérieures à celles du sang défibriné. Nous en décrirons , ; tout i\ l’heure le manuel opératoire.
II. Transfusion du sang des animaux a l’homme. — Le sang des animaux présente sur celui de l’homme l’avantage d’être pour ainsi dire inépuisable et toujours prêt. En campagne, où il n’est pas toujours facile de -se procurer du sang humain et où chacun a besoin de ses forces, le sang animal constitue une précieuse ressource. Telles sont les raisons qui ont fait reprendre la transfusion du sang animal, méthode employée il y a longtemps, puis condamnée.
IPanum, Muller, Ponfick, et d’autres encore, ont affirmé que la transfusion faite avec le sang de mammifères constituait une opération inutile et dangereuse. Inutile, parce que les globules du sang des animaux se dissolvent plus ou moins rapidement dans le plasma et que la matière albuminoïde qu’ils fournissent ne peut en aucune façon servir à la nutrition des tissus; dangereuse, parce que le plasma du sang des animaux peut dissoudre une bonne partie des globules du sang de l’homme et produire l’hémoglobinurie, des affections graves des reins, des hémorrhagies capillaires, des infarctus des organes parenchymateux, etc.
Il semble, au contraire, résulter des expériences de nombreux expérimentateurs, parmi lesquels nous nous contenterons de citer Gesellius, IRoussel et Oré, que cette transfusion du sang de mammifères, peut se faire -sans inconvénient et qu’elle remplit bien le but désiré. D’après Oré, les accidents qui ont été signalés par les adversaires de la transfusion du sang d’animal, et qui d’ailleurs ne sont pas constants ', devraient être rattachés -soit à la rapidité avec laquelle on a lancé dans l’appareil vasculaire une trop grande quantité de liquide, soit à sa coagulation dans un appareil iimparfait. Quand on a eu soin de ne pousser que la vingtième partie de la masse totale du sang, ces accidents manquent le plus souvent; et quand ils apparaissent, ils n’ont qu’une durée tout à fait éphémère et ne déterminent aucun trouble sérieux de l’organisme (Oré) 1 2.
En résumé, il semble résulter des nombreuses recherches entreprises -sur cette question de la valeur relative de diverses sortes de sang employés pour la transfusion que :
1° Le sang humain est de tous le meilleur ;
1. Le sang de chien fait exception ; il a réellement une action pernicieuse sur les globules du sang de l’homme qu’il dissout, et il produit une anémie plus profonde que celle dont le blessé était atteint.
2. Oré a recueilli 154 observations de transfusion faites à l’homme avec du sang d’agneau, de mouton, de veau. A part plusieurs cas malheureux dans lesquels la mort est survenue presque immédiatement, on peut dire que ce qui est remarquable dans ces transfusions animales, dans celles surtout qui ont été pratiquées avec le sang d’agneau, c’est leur innocuité relative. O. t\, p. 91.
COMPLIC. IMMÉDIATES DES
PLAIES DES PARTIES MOLLES
2° Que la transfusion du sang veineux est préférable à la transfusion du sang artériel en raison des dangers moindres de l’intervention sur le système veineux ;
3° Que la transfusion du sang défibriné humain ou animal doit être conservée dans la pratique de la chirurgie d’armée, en raison de la sécurité plus grande qu’elle offre lorsqu’on ne peut disposer que d’un appareil instrumental imparfait ;
4° Que la transfusion du sang de mammifères (mouton, agneau) n’a pas les dangers qu’on lui a attribués, à condition qu’elle soit effectuée avec toutes les précautions reconnues nécessaires1.
Ces indications fournies, il reste à rappeler la quantité de sang qu’on doit injecter. Celle-ci est toujours de beaucoup inférieure à celle que le blessé a perdue. Roussel (de Genève), quia pratiqué un nombre relativement considérable de transfusions, fixe à 230 grammes de sang humain la dose moyenne qu’il a injectée et qui lui a permis d’obtenir des effets complets et persistants.
La question de la température a préoccupé beaucoup les chirurgiens à un moment donné. Elle les laisse presque indifférents aujourd’hui. Avec un bon appareil, la transfusion peut s’opérer à la température ordinaire. Les températures plus élevées que celle du sang favorisent sa coagulation, les températures plus basses la retardent au contraire.
La manière dont se fait l’injection a bien plus d’importance que la température sur les résultats que peut fournir l’opération.
Une remarque que nous ne devons pas perdre de vue, c’est que la pléthore artificielle produite par la transfusion rend le blessé beaucoup plus sensible aux pertes de sang. Après l’avoir relevé de son état d’anémie, on s’assurera donc contre toute récidive hémorrhagique.
Dangers de la transfusion. — Des accidents que peut produire la transfusion, les principaux sont : 1° Y entrée de l’air dam les veines, 2° la production d’embolies , 3° la syncope, 4° la phlébite.
1° Le premier de ces accidents ne peut survenir lorsqu’on utilise un appareil aussi perfectionné que celui de Roussel (de Genève).
2° La production d'embolies constitue un des dangers les plus sérieux de la transfusion. Nous avons dit déjà que sa fréquence avait inspiré les méthodes de la transfusion artérielle et de la transfusion de sang défibriné. Aujourd’hui non seulement les causes productrices de ces embolies, mais les moyens de les éviter, sont bien connus.
3° La syncope est prévenue par une manœuvre méthodique, c’est-à-dire par une injection, lente et bien rythmée, de petites doses de sang.
1. Il y a plus. D’après Oré, le sang d’animaux récemment tues peut être transfusé sans danger. Au contact de la paroi veineuse, il se conserve liquide jusqu’à 24 heures.
On a préconisé dans ces derniers temps l’ injection intrapéritonéale, de sang défibriné; ; mais cette méthode expose à la blessure de l’intestin et alors même que celui-ci n’est pas atteint, elle doit faire toujours redouter la péritonite. L’injection intraveineuse de lait semble moins dangeureuse. D’après Brinton, les résultats de la transfusion de lait seraient aussi marqués que ceux que fournit la transfusion du sang. Les effets stimulants seraient immédiats. Il n’y aurait pas de danger d’embolie après ces injections; on noterait, par contre, de l’albuminurie dans les premiers jours qui suivent l'injection, mais pour produire un résultat, il faudrait, dit-on, injecter au moins 6 onces de lait. Hueter. recommande toujours de filtrer le lait avant de l’injecter: cela va de soi.
ACCIDENTS DES HÉMORRHAGIES. 827
Ï t° Reste la phlébite. Quand l’incision des veines est faite avec les précautions antiseptiques, qu’on ne contusionne pas ces vaisseaux pendant la manœuvre opératoire et qu'on ne se sert pas de canules métalliques, la phlébite est exceptionnelle. Si les accidents de la transfusion sont aujourd’hui très atténués pour le transfusé, à tel point qu’il peut presque sans aucun risque bénéficier de l’opération, ces risques sont on peut dire nuis pour le donneur de sang. En somme, on peut dire que quand la transfusion est bien conduite, elle offre peu de danger ’.
Appareils a transfusion. — Le succès de la transfusion réside en bonne partie aujourd’hui dans l’emploi d'un bon appareil.
Ceux qu’on a préconisés pour opérer la transfusion sont nombreux, mais à part celui de Roussel (de Genève), ils sont tous défectueux. On peut adresser aux appareils de Moncoq (de Caen), de Manzini et Rudolfi,
: d’ÜRÉ, de Gendron, de Mathieu et de Collin qui, il y a peu de temps encore, figurait dans notre matériel ambulancier 1 2, le grave reproche de provoquer la coagulation du sang à transfuser. Les métaux, le verre, l’ivoire, qui entrent dans leur construction ont en effet la propriété de précipiter la fibrine. Presque tous recueillent d’abord le sang dans un réservoir, dans lequel il reste plus ou moins longtemps en contact avec Pair avant d’être propulsé, condition également favorable à la coagulation. Pour mettre le sang à l’abri de l’air, certains de ces transfuseurs le recueillent dans le vide ; mais celui-ci se coagule plus vite dans le vide qu’à l’air libre. Ajoutons que presque tous sont peu portatifs et que leur maniement exige parfois le concours de plusieurs personnes. L’appareil de Roussel ne présente pas les inconvénients dont nous venons de parler. Le caoutchouc naturel durci auquel on s’est adressé pour sa fabrication, n’a pas, comme le verre, les métaux, etc., l’inconvénient de produire cette coagulation du sang. Il ne permet pas à l’air de pénétrer dans l'appareil et de se mettre en contact avec le sang dans aucun temps de la manœuvre; il maintient à ce dernier sa température et ses gaz ; sa propulsion est immédiate ; il infuse au transfusé la même quantité de liquide que celle qui a été prise au donneur de sang; enfin il ne nécessite aucune manipulation dangereuse des veines.
L'idéal semblerait de joindre immédiatement le vaisseau qui donne à celui qui reçoit; mais si on choisit des veines, le sang n’a pas de force de propulsion ; si on prend des artères, on ne peut mesurer la force de propulsion du cœur, ni la quantité de sang envoyée ; enfin la section des artères est plus dangereuse que celle des veines. On est donc forcé d’opérer sur les veines, d’employer un appareil qui imprime au sang une impulsion qui lui manque et qui permette en même temps de mesurer la quantité de sang transfusé tout en mettant à l'abri de toute coagulation.
Nous avons dit déjà que Yappareil de Roussel remplissait ces conditions. On peut avancer qu’il réalise un très grand progrès dans la pratique de la transfusion. Grâce à lui, cette opération, encore très grave il y a peu de
1. Tandis que Belina accusait 80 décès sur 17o cas, Landois n’accuse plus que 2 morts sur 476 cas, soit 0,44 p. 100.
2. Dans cet appared, le sang est reçu dans une cuvette métallique et poussé dans la veine par une pompe aspirante et foulante qui lui est annexée.
o28 COMPLIC. IMMÉDIATES DES PLAIES DES PARTIES MOLLES.
temps, est aujourd'hui complètement inoffensive. L’appareil de Roussel a été jugé supérieur tous les autres, ù. la suite d’épreuves faites en 187-4 à Saint-Pétersbourg. Aujourd’hui il est réglementaire dans les armées étrangères et dans la nôtre.
Cet appareil (voy. fîg. 76) se compose :
1° D'un cylindre qui so pose au-dessus de la veine à saigner. Ce cylindre, dans lequel glisse la lancette, est entouré d’une ventouse annulaire extérieure dans laquelle on fait le vide au moyen d’une poire aspiratrice en caoutchouc et qui sert à assurer la fixité du cylindre.
A cette pièce centrale sont fixés deux tubes de caoutchouc, l’un qui permet d’amorcer l’instrument et qui va se rendre dans un vase d’eau, l’autre qui porte à son extrémité deux canules. L’une de ces dernières doit pénétrer dans la veine du blessé, l’autre sert de tube d’expulsion de l’eau.
Sur le parcours du dernier tube on a placé un ballon-pompe pouvant contenir 10 gr. de liquide.
L’appareil tout entier est construit de caoutchouc en partie durci, en partie élastique, non sulfuré, sans adjonction de pièce de métal ou de verre. #
Le manuel opératoire comporte plusieurs temps que nous allons résumer après avoir rappelé quelques précautions préliminaires.
Précautions préliminaires . — Quand on pratique la transfusion sur des blessés qui ont subi de grandes pertes de sang, les veines sont le plus souvent effacées, aplaties; il est alors difficile de les apercevoir à' travers la peau, et de sectionner celle qu’on a choisie. Pour les faire saillir, on entoure le bras d’un lien comme pour la saignée, et on enroule la main et l’avant-bras jusqu’au coude d’une bande hémostatique. Le sang que renfermait le membre, réuni dans une faible étendue de la veine, la rend plus turgide. Quand la canule est introduite dans son intérieur, on déroule la bande ischémique et on défait le lien placé sur le bras.
Il est indispensable de bien remplir d’eau le transfuseur avant de réunir les deux circulations veineuses du transfusé et du transfuseur. Si l’appareil contenait de l’air, le sang se coagulerait. Roussel le remplit d’eau dissolvant 1/1000° de bicarbonate de soude, et élevée à la température de 18 degrés.
Opération. 1° On découvre d'abord la veine du blessé, par la section d’un pli de la peau; on la saisit avec une érigne ou une pince et on incise un petit lambeau triangulaire de sa paroi.
2° On pose la ventouse au-dessus de la veine turgide du donneur de sang, loin de l’artère, de préférence sur la médiane ou la céphalique (voy. fig. 77).
3° On place le porte-lancette pour fermer le cylindre après avoir réglé la saillie de la lame par la vis micrométrique et sa direction par les boulons de repère.
4° Par des pressions sur la poire de caoutchouc, on pompe l'eau chaude pour chasser l’air jusqu’à ce que l’eau jaillisse par la canule terminale.
’6° On insinue la canule terminale sous le lambeau relevé de la veine, on la
Fig. 76.
Transfuseur de Roussel de Genève.