VITESSE : 370 MÈTRES
(Distance 140 mètres, fusil Gras.)
Perforation du genou 90 kil.
Perforation des condyles fémoraux 40 —
Contusion légère de l’humérus . 5 —
— incomplète — . 9 —
Fracture du fémur 120 kil.
Ëcornure du tibia 125 —
Perforation de la diaphyse humérale 135 —
Perforation du pied 160 —
Ces résultats sont en désaccord avec ceux qu'ont avancés certains auteurs, entre autres Stromeyer, Pirogoff, Fischer, Richter, qui ont admis après Dupuytren que l’ébranlement est d'autant plus considérable que la vitesse du projectile est plus faible.
Dupuytren s’appuyait sur l’expérience si souvent rappelée du carreau perforé nettement quand la balle qui le traverse est animée d’une grande vitesse et dont la perforation est, au contraire, accompagnée de fêlures quand la balle ne possède qu’une faible vitesse. Stromeyer cherchait la démonstration du principe avancé dans l’expérience suivante: Il plantait en terre une cible sans enfoncer sa tige, de telle sorte qu’il suffisait de la toucher du doigt pour la renverser. Il tirait ensuite contre elle un coup de pistolet ou de carabine à la distance du but en blanc. La cible, n’était pas renversée. Le projectile la renversait sans l’ébranler sensiblement quand la vitesse de la balle était un peu moins forte ; avec une charge plus faible ou à une distance plus grande, la cible tombait immédiatement. Cette expérience amena Stromeyer à conclure que ce ne sont pas^ les coups pleins qui ébranlent, mais les balles mortes, et, pour lui, les choses se passaient pour le corps humain comme pour la cible b
A ces assertions et à ces expériences nous opposerons nos constatations directes. Avant de mesurer l’ébranlement au dynamomètre, nous avions déjà été frappé, d’ailleurs, de la relation qui existait entre la grande vitesse des balles et l’ébranlement qu’elles communiquent aux tissus. En tirant contre des os suspendus par des ficelles, avec des balles de vitesses varia-
1. Maximen der hri'gheilkunst von Dr Stromeyer, Hannover 1855. p. 59.
blés, nous avions constaté que l’os et les licelles étaient peu ébranlés quand la balle tirée était animée d’une faible vitesse. Au contraire, l’oscillation j était portée au plus haut degré quand la vitesse était très grande. Dans ces derniers cas, le plus souvent, la ficelle cassait. Au delà de 300 mètres, nous n’observions plus le phénomène L
Ces expériences concordent d’ailleurs très bien avec les faits d’observation que les assertions contradictoires n’expliquent plus au contraire. 11 est établi en effet, d’une manière indiscutable, que c’est dans les tirs rapprochés, c’est-à-dire lorsque la vitesse du projectile est très grande que la stupeur générale résultant de l'ébranlement est portée au plus haut degré.
11 ressort de ce qui précède que la théorie nerveuse rend seule compte du mécanisme de production de la stupeur générale, lorsque celle-ci complique les blessures des parties molles, et qu'il y a lieu, au contraire, de i tenir grand compte de Y ébranlement lorsque la stupeur générale complique les traumatismes osseux.
I Diverses causes contribuent à augmenter l’intensité de la stupeur généale. La transmission de l’ébranlement mécanique et par le fait la stupeur sont l’autant plus intenses que la vitesse, la masse du corps vulnérant sont plus onsidérables, que l’étendue de la surface par laquelle le projectile atteint e corps est plus grande et que la partie touchée est plus rapprochée du ronc. Toutes les causes dépressives ou excitantes du système nerveux, les îémorrhagies, la douleur, les émotions morales vives, la crainte, l’excitaion du combat, etc., favorisent l’apparition de la stupeur générale et en lugmentent l'intensité. L’exemple suivant cité par Savary dans le System \f suryery d’Holmes précise bien l'influence de ces dernières causes prédisjosantes : Un soldat est blessé, il gagne de lui-même l’ambulance pour y éclamer des secours; le chirurgien qui examine sa blessure lui donne à intendre que la lésion dont il est atteint est mortelle, le blessé pâlit et ombe dans un état de stupeur profonde qui se termine par la mort.
L’impressionnabilité du sujet, la richesse de certaines régions en filets îerveux, la proximité des centres nerveux centraux et organiques, ont ‘gaiement une grande influence sur la production de la stupeur générale. Jn sait encore, depuis longtemps, que les blessures de l’abdomen ont le riste privilège d’être très fréquemment compliquées de stupeur générale it parmi toutes ces régions ce sont celles du creux épigastrique qui en sont e plus souvent suivies 1 2. Enfin, comme nous l’avons vu déjà, la nature et a violence des traumatismes jouent encore un grand rôle dans l’étiologie le cette complication et les plaies par éclats d’obus sont plus souvent suides de commotion générale que les plaies par balles. Mais de toutes les daiescesont les brûlures qui provoquentau plus haut degré les phénomènes lu choc, en raison de l’irritation très étendue des faits nerveux cutanés.
1. Ed. Dblormb, Des types des fractures des diaphyses par les armes actuelles , 1881. Nous avons bien des fois répété l’expérience du carreau sans obtenir des résultats aussi iets que ceux avancés par les auteurs. A longue distance, nous avons produit souvent des rous nets et à courte distance des trous accompagnés de fêlures, le carreau étant d’ailîurs bien assujetti dans son cadre.
2. D’après Redard, « les plaies pénétrantes de l’abdomen produiraient des abaissements e température exceptionnels et d’autant plus marqués que la blessure se rapprocherait avantage de l’estomac. De l'abaissement de la température dans les grands traumatismes >ar armes à feu. Archives générales de Médecine, 1872.
DEI.ORME
Duree, marche, pronostic. — La stupeur générale a une durée variable. Très grave, elle se termine par la mort, soit rapidement, soit au bout de vingt-quatre ou quarante-huit heures. Quand la commotion est de moindre intensité, elle dure ordinairement de quelques instants jusqu’à une, deux, tiois, cinq, six heures, puis la sensibilité du blessé revient, la circulation se ranime et la chaleur reparaît. C’est alors que les hémorrhagies sont à craindre. La gravité de la stupeur générale n’est pas toujours en rapport avec son intensité; cependant, en règle générale, le pronostic est très grave quand la prostration du blessé est très prononcée. Au contraire, la stupeur générale peu intense est passagère et sans gravité. Redard, comme nous le verrons bientôt, a trouvé dans les mensurations thermomélriques des signes pronostiques d’une réelle valeur.
Non seulement la stupeur générale expose directement la vie des blessés, mais souvent elle peut avoir aussi une influence fâcheuse sur le processus de réparation des plaies. Déjà les auteurs anciens avaient reconnu qu’elle prédispose à la gangrène. Les observations des chirurgiens qui ont pris part au siège d’Anvers, de Sébastopol, de Strasbourg, de Paris, etc., ont démontré qu’ils ne s’étaient pas trompés. Les plaies de la plupart des blessés atteints de stupeur générale ont une tendance très marquée à produire des suppurations putrides, à se gonfler, à se mortifier. La vitalité de l’organisme entier semble compromise, et ce qui le démontre bien, c’est la rapidité remarquable avec laquelle la putréfaction envahit les cadavres de ces blessés. « La stupeur ne borne pas, disait Dupuytren, les accidents à la vie, il semble qu’ils s’étendent au delà de la mort » h
Contrairement à l’opinion de D. Larrey, reprise par Jobert, par les chirurgiens français qui ont pris part à la guerre de Crimée, puis parMACLEOD, Hamilton, Neudôrfer, etc., la stupeur générale constitue une contre-indication formelle à toute intervention chirurgicale immédiate. C’est là un point admis depuis longtemps par la majorité des chirurgiens. Les blessés opérés dans le collapsus ne réagissent pas, ils restent dans la prostration et meurent le plus souvent. De plus, la contraction des artères périphériques est telle que l’hémorrhagie est presque nulle au moment de l’opération et qu’on est exposé secondairement à des pertes de sang fatales.
On doit, chez les blessés atteints de cette complication, se borner aux interventions absolument indispensables, à la ligature des vaisseaux ouverts, à la régularisation des ablations incomplètes des membres. La dernière intervention semble même contre-indiquée, si la température est descendue très bas. Il résulte, en effet, de l’observation de Redard qui a étudié avec soin l’abaissement de la température dans la stupeur qui suit les grands traumatismes par armes à feu que tout blessé qui présente une 1 température inferieure à 36° doit succomber 2. Pour le môme auteur, tout blessé chez lequel une réaction thermique salutaire ne se produit pas au