Leçons orales de clinique chirurgicale, t. V, p. 2G
2. Le Dr Redard a pris la température de 50 blessés immédiatement après leur descente de3 voitures d’ambulance, c’est-à-dire très peu de temps après le traumatisme. Chez tous il a constaté un abaissement de température. Le maximum des températures observées a été de 37°, le minimum de 34°, 2. Celles qu'on a constatées le plus souvent étaient de 30°, 36°, 2, 36°, 8. Lorsque la température était très basse, inférieure à 3G°, la réaction ne se produisait pas, le blessé mourait au bout de quatre, de cinq heures au plus.
bout de quatre heures ou chez lequel la réaction n’est pas en raison directe de l'abaissement, doit être considéré comme très gravement atteint, par conséquent encore inopérable. Le thermomètre peut donc fournir de précieuses indications sur l'utilité de l’intervention et c'est lui aussi qui nous semble devoir marquer le moment où il convient d’opérer.
Cette distinction établie entre les cas opérables et non opérables, nous conseillerions avec Poncet, lorsque l’intervention est nécessitée par l'étendue et le caractère des dégâts, de laisser s’écouler, avant d’opérer, le plus long temps possible après la disparition de la stupeur, sans toutefois attendre l'apparition de la lièvre traumatique L
Traitement. — L’indécision qui règne sur la pathogénie de la stupeur générale, a retenti sur la thérapeutique de cette complication. Son traitement est resté jusqu'ici tout symptomatique et borné à l’emploi des stimulants externes et internes.
Les blessés atteints de stupeur générale à forme dépressive seront placés dans une position horizontale; on relèvera leurs forces par des cordiaux, des infusions chaudes aromatiques ou alcoolisées faibles et on les réchauffera (linges chauds, cruchons, briques chaudes, couvertures, frictions énergiques, massage). Les injections sous-cutanées d’éther sont, chez eux, très avantageuses. Lorsque le coma n’est pas trop prononcé, l’association d’une faible quantité d’opium aux médicaments stimulants a donné de bons résultats. L’emploi de l’électricité est à étudier.
Contrairement à l’opinion des chirurgiens français qui ont pris part aux guerres de Crimée et d’Italie, on admet généralement que le chloroforme doit être manié avec une très grande prudence chez les blessés qui ont été plongés dans la stupeur. On a remarqué non seulement que pendant la persistance du choc son inhalation les exposait à de graves accidents et à la mort, mais que môme chez les blessés chez lesquels l’hébétude, la prostration avaient disparu, les anesthésiques étaient d’un emploi dangereux. Les partisans de l’intervention avant la période de déclin de la stupeur feront donc bien de s’abstenir de chloroformer leurs blessés et ceux qui adoptent le principe de l’opération retardée en surveilleront encore très attentivement l’administration, n’en prolongeront pas inutilement l’emploi, ne pousseront pas trop loin l’anesthésie et associeront avec avantage les injections narcotiques aux vapeurs chloroformiques.