‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 395 sur 460 · DÉLIRE NERVEUX TRAUMATIQUE · texte numérisé non relu

DÉLIRE NERVEUX TRAUMATIQUE

Nous avons vu que certains auteurs considéraient Yexcitation, le délire nerveux traumatique comme l’une des formes de la stupeur ( forme

1. Si, dans les autres blessures par coup de feu non compliquées d’ébranlement nerveux, l’opération doit se faire le plus tôt possible, dit Poncet, dans la chirurgie d’obus, le précepte contraire est applicable dans toute sa rigueur. Il faut opérer le plus tard possible... Pour les plaies d’obus avec stupeur il uy a aucun doute : l’opération immédiate, c’est la mort; les amputations doivent être plutôt presque médiates que primitives... Et plus loin, le même auteur conseille d’attendre, pour pratiquer une opération, l’apparition de la lièvre A ce moment, dit-il, on est fixé sur la vitalité des tissus frappés de stupeur locale ; opérer auparavant, c’est s’exposer à leur mortification. Ciiknu, o. c., p. 459.

crélhique). Il est, préférable de l’en distinguer, tant ail point de vue de la facilité de son étude qu’au point de vue pathogénique.

Bien décrit par Dupuytren', le délire nerveux traumatique s’observe soit à la suite d’un ébranlement général communiqué au système nerveux central par le choc d’un projectile, soit à la suite de la commotion ou de l’irritation d’un nerf périphérique. Parfois enfin il reconnaît pour cause l’excitation du cerveau par de vives émotions morales ou par les alcooliques.

Les blessés atteints de délire nerveux sont pris d’une agitation violente, d’une sorte de fureur ou de rage. Ils se livrent à des mouvements désordonnés, parlent avec volubilité, racontent avec vivacité et brusquerie les péripéties de l’action à laquelle ils ont pris part, et lancent des menaces contre l’ennemi. Certains pleurent ou rient involontairement en priant qu’on ne se préoccupe pas de leurs larmes ou de leurs cris; ils obéissent automatiquement, rapidement, quelquefois avec empressement aux ordres ou aux invitations qu’on leur adresse, ils se montrent, en général, très affectueux pour le chirurgien auquel ils s’abandonnent avec la plus grande confiance1 2. Des amputés des membres inférieurs se lèvent, des fracturés de cuisse, de jambe, quittent l’endroit où on les a déposés, sans souci de leurs blessures. Chez eux, la sensibilité est d’ailleurs émoussée, parfois môme l’insensibilité est complète. Et au milieu de cette agitation violente, le pouls est calme, et la température reste normale.

Le plus grand nombre des auteurs admet aujourd’hui que le délire nerveux traumatique n’est qu’une forme de délire alcoolique et quelquesuns même proposent de le désigner sous le nom de délire alcoolique traumatique. D’après ces auteurs, le traumatisme n’agirait pour le produire qu’à l’égal de toute autre cause morbide3. Il se peut qu’il en soit ainsi sur les blessés des hôpitaux des grandes villes, mais pour le délire observé sur les blessés à la guerre, nous ne saurions admettre qu’il puisse y avoir confusion, dans la majorité des cas, entre le délire nerveux eflc délirealcoolique. La rigueur avec laquelle l’étiologie purement nerveuse de cette complication a été établie dans les faits de Weir Mitchell que nous allons relater, l’apparition d’épidémies de délire nerveux chez des blessés pour lesquels on ne peut invoquer des habitudes d’intempérance, nous forcent à considérer la distinction de Dupuytren comme très légitime encore.

Un colonel qui avait reçu un coup de feu dans le poignet et dont le médian et le cubital avaient été intéressés, courait, dit Weir Mitchell 4, avec une fureur sauvage devant le front de son régiment à moitié décimé. Il tomba sans connaissance, sans avoir perdu de sang.

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