Weir Mitciiell, o. c., pp
TROUBLES NERVEUX PRIMITIFS
Un nuire blessé, frappé au talon, fut pris subitement d’un tremblement excessif, et se mit à se comporter comme un homme qui a perdu la raison.
Un volontaire qui avait reçu un coup de feu dans le plexus brachial, ressemblait à. un véritable forcené. Il criait au meurtre et accusait ses voisins de V avoir assassiné.
Enfin un officier atteint d’une blessure qui avait compromis le nerf médian, ramené en arrière de la ligne des combattants, se mita parler avec incohérence de sujets tout à fait étrangers à ce qui se passait autour de lui. Il était très faible, quoiqu’il ait perdu peu de sang. Il n'avait pas conservé le moindre souvenir de sa blessure.
Dans les faits précédents, le système nerveux central avait été influencé par des lésions nerveuses périphériques. Dans les exemples qui vont suivre empruntés à Reeb et à Poncet, c’est sous l’action perturbatrice d’émotions vives, terrifiantes, d'une excitation cérébrale presque directe, que le délire est survenu. Il s’est généralisé à tous les blessés d’un service.
Le délire nerveux a .joué, disent Reeb et Poncet1, un rôle si important dans toutes les blessures de guerre, pendant le siège de Strasbourg, qu’on aurait pu croire à une véritable épidémie. Au moment de la reddition de la place, alors que la canonnade était continuelle et prenait à certains moments, le soir surtout, des proportions efi’rayantes, presque tous les blessés de l’hôpital militaire, constamment tenus en éveil par le bruit’ sinistre des obus qui tombaient sur l’hôpital et par la lueur des incendies qui menaçaient de s’y propager de l’arsenal, présentaient ces symptômes nerveux. On eut dit une salle d’aliénés. Des amputés se dressaient sur leurs moignons, arrachaient les pièces de pansement et les ligatures; les fracturés agitaient leurs appareils. Le délire devint bientôt général. Il fallut assister chaque blessé, aller de l’un à l’autre, et rétablir le calme de ces malheureux qui, après avoir échappé à la mort, au moment d’une blessure, d’une opération, la voyaient encore à côté d’eux plus atroce que jamais. Chez la plupart on notait une grande excitation des sentiments affectifs. Le plus grand nombre voulait à tout prix retrouver sa mère ou son père, et finissait par succomber dans une agitation incroyable, mêlée de pleurs et de plaintes. D’autres, en plus petit nombre, lançaient des imprécations, demandaient des fusils pour tuer tous les ennemis, ou faisaient des commandements militaires. Certains, tranquilles en apparence, suivaient d’un regard inquiet et terrifié les progrès du feu, le trajet des obus. Le lendemain, quand le danger imminent était éloigné, le délire éclatait chez les plus calmes de la veille et les troubles cérébraux étaient suivis de gangrène complète des moignons et des lambeaux, du frisson initial de la pyohémie et de morts subites.
La frayeur n’est pas la seule influence morale qui puisse produire le délire nerveux traumatique. On l’a vu apparaître chez des blessés après un accès de fureur; on l’a signalé chez d’autres à la suite de l’ébranlement communiqué l’organisme par une énergique résolution. Chez certains, il est parfois déterminé par la crainte de subir une importante opération ou par la douleur de voir, par une grave mutilation, une carrière brillante compromise.