Armg medical Report , 1865, p
2. Notre collègue le médecin-major Boucher est revenu récemment à ces topiques et •ndant la campagne de Tunisie il a pansé avec avantage ses plaies avec des solutions uargées d'acide sulfureux.
giens militaires français et allemands qui l’appliquaient n’étaient point encore faits aux précautions qu'impose la méthode antiseptique et, d’un autre coté, la technique môme et la constitution du pansement n’avaient pas encore subi les modifications heureuses que l’expérience leur imprima dans la suite. Quoi qu’il en soit, c’est à partir de cette campagne, et guidés î surtout parles remarquables succès que ce pansement fournissait à la pratique journalière qu’on l’étudia de près, surtout en Allemagne et qu’on fit ressortir les immenses services qu’il semblait appelé à rendre à la chirurgie ] de guerre. Mais la complication de sa technique et le nombre des pièces 1 accessoires qu’il comportait, ayant paru devoir s’opposer à la généralisa- ï lion de son emploi, le spray fut abandonné, le protective, le mackintosh j remplacés ou supprimés. Puis, comme la volatilité de l’antiseptique, | rendait difficile la conservation plus ou moins longue du matériel, on chercha à le mieux fixer (gaze de Bruns), on perfectionna les enveloppes qui entouraient la gaze phéniquée ; on en vint même à proposer des mixtures ■ qui devaient servir à imprégner les pièces de pansement au moment même du besoin. Le but n’était encore qu’en partie atteint. Si, après l’avoir réduit à ses pratiques et à son matériel essentiels, aucune difficulté sérieuse ne s’opposait à l’emploi du pansement de Lister dans les hôpitaux de campagne et les hôpitaux sédentaires, ainsi que vint le démontrer l’expérience de la guerre russo-turque, les conditions d’organisation du service sanitaire de première ligne le rendaient difficilement utilisable dans les premiers échelons sanitaires. C’est alors que, malgré l’incontes- ■ table valeur de ce pansement, on fut forcé de s’adresser aux pansements à antiseptique fixe que, pour d’autres raisons, la chirurgie civile expérimentait alors. On eut recours en particulier aux pansements à l’acide borique, salicylique, aux pansements au chlorure de zinc, au sublimé, àl’iodoforme.
L’insuffisance du pouvoir antiseptique du premier, les propriétés parfois irritantes de l’acide salicylique employé à l’état de poudre, le faible degré de sa dissolution, la conservation difficile des pièces imprégnées de chlorure de zinc, firent rejeter ces topiques et l’on utilisa les pansements sublimés et iodoformés qui, ainsi que l’expérience de la guerre serbo-bulgare vient de le démontrer, remplissent toutes les conditions exigées d’un pansement dans la pratique de la chirurgie d’armée. Le sublimé se recommande par un pouvoir antiseptique durable et très puissant sous un faible volume, par sa conservation indéfinie, par la préparation facile et rapide de ses dissolutions, enfin par son prix de revient peu élevé. L’iodoforme a l’avantage de posséder des propriétés antiseptiques peut-être moins puissantes que celles du bichlorure, mais suffisantes et persistantes comme celles des solutions bichlorurées, et, malgré son prix, la faible quantité de cet antiseptique nécessaire pour un pansement est si faible que ce dernier est en somme peu coûteux.
Pendant qu’on poursuivait ces recherches en vue de trouver les topiques les plus recommandables pour la chirurgie de guerre, les mêmes tentatives étaient reprises à l’étranger et en France en vue de trouver le meilleur matériel substratum1. La charpie, en raison de son mode de préparation,
1. Ceux qui seraient désireux de suivre toutes les tentatives faites par les chirurgiens militaires pour trouver un matériel antiseptique approprié aux nécessités de la pratique de la chirurgie de guerre, peuvent consulter en France : 1° Une remarquable Revue de
MARCHE ET PRONOSTIC DE CES BLESSURES
c la provenance des tissus dont elle est tirée, de sa conservation difficile, e son prix assez élevé, était condamnée en principe. Le coton, léger, ouple, lin, compressible, mais peu absorbant, était remplacé par le coton ydrophile auquel on reconnut bientôt un pouvoir de filtration insuffisant t auquel on reprocha sa cherté. Le même inconvénient fit rejeter la gaze malgré son grand pouvoir de filtration et son faible volume. Le jute, noins feutré que le coton, plus perméable aussi aux liquides antiseptiques tout on le sature et il ceux qui s’écoulent de la plaie, conserva les préféences des chirurgiens militaires allemands, malgré le succès passager de a tourbe et de la charpie de bois. En France, 'on s’est arrêté il deux matériels ,;ui se recommandent l’un et l’autre par des avantages précieux; à l’étoupe lu médecin inspecteur Weber et du pharmacien-major Thomas, et à la ourbe du médecin-major Redon. Il sont tous deux réglementaires aujourd'hui. L’étoupe et la tourbe sont très absorbantes, peu coûteuses, elles [peuvent être tassées aisément et reprennent facilement leur volume primitif. Le prix de revient de la dernière est cependant moins élevé et, comme ’a fait remarquer Redon, la décomposition de tous les produits fermentescibles qu’elle pouvait contenir, opérée depuis des siècles, la rend déjà iseptique sans qu'on ait besoin de lui faire subir la moindre préparation. 3e sont de très sérieux avantages. Mais la nécessité d’épuiser un stock {> :onsidérable de charpie dont nos approvisionnements avaient été pourvus
( avant que les derniers matériels n’aient fait leur preuve, a forcé momentanément de suspendre l’emploi de l’étoupe et de la tourbe et a fait recheri 'Cher les moyens de transformer cette charpie, condamnée en principe, en s matériel antiseptique. Après l’avoir débarrassée de ses impuretés par 2 des lavages à chaud dans des solutions alcalines et acides concentrées et l’avoir ainsi rendue aseptique, on la transforme ensuite en matériel antiseptique en la plongeant dans des solutions phéniquées, boriquées, surtout :bichlorurées.
Les approvisionnements actuels du service de santé comprennent comme antiseptique de l'acide borique, phénique, du sublimé, de l’iodoforme; comme matériel, du coton, du coton hydrophile, de la gaze aseptique et antiseptique, de l’étoupe, de la tourbe et surtout de la charpie antiseptique boriquée, phéniquée et sublimée.
Nous n’avons pas à nous arrêter à leur mode d’emploi. Ce serait nous
I -exposer à répéter, sans profit, une technique que l’expérience journalière a enseignée. Très simple est, en effet, dans l’immense majorité des cas, le
pansement des blessures des parties molles produites par les balles, et celui des plaies plus vastes par éclats d’obus ne diffère pas de celui des plaies contuses ordinaires. Le trajet des premières a les plus grandes tendances à se réunir par première intention quand il ne renferme pas de corps étrangers. Si le blessé pouvait être toujours traité sur place, il serait à peu près indifférent de le panser avec tel ou tel matériel antiseptique. Mais la nécessité des transports auxquels seront soumis presque tous les blessés de cette
de MM. Dziewonski et Fix : Antisepsie primitive sur le champ de bataille in Revue militaire de médecine et de chirurgie, 1881 ; 2°L’article Pansement de MM. Chauvel et Bousquet in Dictionnaire Encyclopédique des sciences médicales ; 3“ Les Discussions sur les meilleurs pansements à utiliser en chirurgie d'armée in Comptes rendus du Premier Congrès de chirurgie français, Paris, 1885.
catégorie forcent à s’adresser de préférence au matériel chargé d'antiseptiques fixes, de sublimé, d’iodoforme.
Si la blessure est récente et non infectée, après l’avoir débarrassée des corps étrangers accessibles, après avoir réduit les explorations à celles qui sont indispensables et arrêté les hémorrhagies, la plaie est recouverte d’une gaze iodoforméc, de poudre d’iodoforme, et des autres pièces extérieures antiseptiques, ou encore d’un pansement sublimé. On assure ensuite avec soin, par une douce et égale compression, l’accollement des surfaces de la plaie, et on maintient l’immobilité de tout le segment blessé, précautions qui, à nos yeux, sont presque aussi importantes que l’antisepsie de la plaie. Sous ce pansement, le trajet sc cicatrise rapidement ainsi que les orifices, quand la blessure a été produite par une balle animée d’une vitesse moyenne ou faible. Parfois, quand le séton a été déterminé par une balle animée d’une grande vitesse, l’orifice d’entrée plus fortement conlus se cicatrise après l’élimination moléculaire de l’eschare et sans suppuration des parties profondes.
Quand, en raison du temps relativement long écoulé depuis le traumatisme, en raison des conditions dans lesquelles s’est trouvé le blessé, des pansements plus ou moins défectueux qui ont été employés, on a lieu de craindre que la plaie ne soit infectée, ou encore quand la suppuration s’est déjà produite, il est bon de laver le canal de cette plaie avec une solution antiseptique assez concentrée mais poussée avec assez de ménagements pour ne pas compromettre les adhérences déjà produites. Le reste du pansement s’exécute comme lorsqu’il s’agit d’un séton récent. Toujours, comme on le fait pour le pansement de ce dernier, on a soin d’assurer l’immobilité exacte du membre et la coaptation des lèvres de la plaie par une compression méthodique. Bien que l’expérience de la guerre serbo-bulgare semble avoir démontré que le lavage préalable n’était pas indispensable même dans les conditions que nous venons de rappeler pourvu qu’on s’adresse au pansement iodoformé, nous pensons, quant à nous, qu’il est toujours préférable de recourir à la précaution du lavage préalable.
Quand la plaie renferme un corps étranger métallique et surtout vestimentaire, il faut s’attendre, même sous le pansement antiseptique le plus rigoureux, à voir des accidents suppuratifs survenir. Le chirurgien doit alors procéder rapidement à l’ouverture des collections purulentes, à l’ablation des corps étrangers qui les ont provoquées; puis par des injections ou des lavages avec des solutions sublimées oupbéniquées fortes, il tarit bientôt la source du pus et la plaie se réunit par seconde intention. Il est bon de se rappeler que la dénudation étendue des tendons et des aponévroses dont l’élimination est possible et toujours lente, peut quelquefois, en pareil cas, retarder la guérison.
Les plaies des parties molles plus étendues produites par les balles et surtout par les éclats volumineux des obus, traitées par les pansements antiseptiques, guérissent souvent par le même processus bénin que les plaies étroites par balles. Mais parfois la stupeur des parties, les désordres à distance, leur étendue seule, compromettent la cicatrisation primitive. L’état général plus ou moins grave des blessés a également sur la marche de ces blessures beaucoup plus d’influence qu’elle n'en a sur celle des plaies plus simples. Les processus suppuratifs peuvent alors s’observer,
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môme sous des pansements antiseptiques rigoureux, et la cicatrisation n’est obtenue qu’avec plus ou moins de lenteur ou de difficultés. Le rapprochement des lèvres de ces plaies par des bandelettes collodionnées et des sutures médiates, en diminuant l’étendue de la surface traumatique, souvent en hâtent la guérison1.
Marche, pronostic des plaies simples des parties molles par les projectiles. — Il résulte de ce qui précède que la marche des blessures des parties molles par les projectiles et surtout par les balles est habituellement des plus simples et leur pronostic des plus bénins. Cette donnée n’avait pas échappé â la sagacité des anciens chirurgiens, à une époque cependant où les moyens d’en obtenir la guérison rapide étaient bien inférieurs â ceux que nous possédons aujourd’hui2 et les statistiques générales des guerres anciennes étaient venues déjà appuyer des appréciations chirurgicales basées sur une expérience plus limitée. C’est ainsi que pendant la guerre d'Amérique, sur 54 801 cas de blessures des parties molles du membre supérieur, de toute étendue et produites par toutes les variétés de projectiles on n’avait compté que 1 614 morts, soit 2,97 p. 100 et sur 59 139 blessures des extrémités supérieures, 2738 morts, soit 4,7 p. 180 de morts. On peut dire aujourd’hui que les plaies par balles non compliquées représentent un traumatisme de minime importance, qui doit presque toujours guérir sans accidents. Compliquées, leur pronostic s’aggrave, malgré l’emploi des antiseptiques. Par contre, la fréquence de la stupeur locale, des hémorrhagies, des corps étrangers qui compliquent les blessures par éclats d’obus, l'étendue de ces plaies, leurs tendances à la mortification forcent encore à leur accorder un assez haut degré de gravité.
1. Nous recommandons tout particulièrement le rapprochement des lèvres des plaies en surface par des bandelettes de collodion assez étendues appliquées parallèlement à leurs bords et réunies par une suture en point de boutonnière. Nous employons communément et avec un grand avantage ce mode de pansement pour hâter la guérison des plaies en surface. Depuis qu’on a obtenu, grâce aux pansements antiseptiques, que les plaies sécrètent peu de liquides, l'emploi de ces pansements collodionnés rend les plus signalés services.
2. « La plupart des coups de feu qui n’ont lésé que les parties molles, en ne laissant au milieu d’elles aucun corps étranger, guérissent sans suppuration profonde. Les ouvertures d’entrée ou de sortie se ferment par le développement des bourgeons charnus et se cicatrisent ensuite comme si la plaie provenait de l’application d’un cautère ou d’un moxa. Les eschares qui tapissent le trajet, disparaissent dans ces cas par la voie de la résorption ». Baüdens, o. c., p. 35. Ravaton, Hunter. plus récemment Simon, Chisolm et pendant le siège de Paris, maints chirurgiens ont fait des remarques analogues.