‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 69 sur 460 · DE L AM ART IN 1ÈRE · texte numérisé non relu

DE L AM ART IN 1ÈRE

membres , et était allé jusqu’à prétendre, avec la théorie supposée nouvelle, a accoutumer les chirurgiens français à sentir l’humanité ». Celte dissertation fit assez de bruit au sein de nos sociétés savantes pour que De Lamartinière, alors Directeur de l’Académie royale de chirurgie, crût de son devoir de répondre aux arguments du chirurgien prussien et aux attaques de son traducteur.

Dans son Mémoire sur le Traitement des plaies d’armes à. feu', le chirurgien français avance que la doctrine soutenue n’est pas nouvelle et que Bilguer n’a fait qu’en exagérer les conséquences; que c’était celle que les meilleurs auteurs avaient recommandée et qu’il avait vu mettre en pratique par les bons chirurgiens et utilisée personnellement » depuis la guerre de 1733 jusqu’à la dernière, en Italie, en Bohême, en Allemagne et en Flandre ». Il précise les cas dans lesquels l’amputation lui semble indiquée et termine par un résumé d’ensemble sur la conduite que les chirurgiens militaires suivaient dans le traitement des plaies par coup de feu. Fort de l’expérience de plusieurs campagnes durant lesquelles il avait servi en qualité d’aidemajor, De Lamartinière pouvait parler d’autorité sur de pareils sujets.

Bilguer ne reconnaissait pas l’utilité d’une amputation régularisatrice dans les ablations des membres par le boulet. Il disait avoir vu et soigné un grand nombre de blessés de cette catégorie auxquels tous ceux qui étaient attachés aux anciennes règles, auraient fait une nouvelle amputation sur les restes de leurs membres emportés et qu’il guérissait, lui, en tant qu’ils étaient guérissables, sans ce triste secours.

A qui persuaderait-on, répond De Lamartinière, « qu’on guérira facilement dans le cas où la dilacération des muscles, des tendons, des nerfs, des vaisseaux de tout genre, forme une plaie d’une surface très étendue, irrégulière, faite de lambeaux de parties déchirées, contuses, mâchées, meurtries, susceptibles de tomber prochainement en gangrène. L’os qui soutient les chairs est inégalement éclaté; il offre des pointes aiguës, des angles tranchants, capables d’exciter des accidents fâcheux, même sur des chairs qui seraient moins maltraitées et plus sensibles. Qu’on pèse mûrement les circonstances du déplorable état de la plaie, et tout ce que la nature a à faire pour la guérison, et l’on connaîtra combien l’art pourrait lui prêter de facilités en abrégeant le travail pénible de la séparation des chairs qui ne peuvent être conservées, en mettant toutes les parties délabrées de niveau, en sciant le bout de l’os, enfin en changeant l’aspect d’une plaie affreuse en une plaie plus simple, plus égale, d’une moindre étendue et qui doit rendre l’ouvrage nécessaire de la nature pour la guérison beaucoup moins pénible et en assurer d’autant plus le succès1 2. »

Le deuxième cas qui semble à Do Lamartinière réclamer l’amputation, c’est le grand désordre des parties blessées avec fracas osseux. Pour lui. la simplicité des procédés qu’emploie la nature pour assurer la guérison de ces blessés qu’on ampute, ne saurait être comparée aux dangers qu ils courent lorsqu’on conserve, aux accidents immédiats dont ils sont menacés, aux fistules, aux caries, aux difformités, accidents consécutifs qui les attendent lorsqu’ils ont échappé aux premiers.

1. Mémoires rte l’Académie royale de chirurgie, t. IV, p. 1 » 22, 17G8.

LA CHIRURGIE MILITAIRE

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