‹ Traité de chirurgie de guerre (volume 2)Chapitre 72 sur 460 · LE VACHER · texte numérisé non relu

LE VACHER

Le Mémoire sur quelques particularités concernant les plaies faites par armes à feu développe deux points de chirurgie d’armée : 1° La théorie du vent du boulet déjà critiquée par Paré, adoptée encore par la plupart des chirurgiens du xvnV siècle et soutenue avec une nouvelle force par Bilguer; 2° Les déviations des projectiles par les tissus.

1° Le Vacher fait remarquer d’abord qu’il n’est pas inutile de réfuter la théorie du vent du boulet, car ceux qui expliquent les accidents observés par la simple commotion ne croient pas devoir recourir à un traitei ment chirurgical que les partisans du choc direct réclament au con- I traire.

Les arguments qu’il rassemble pour combattre la doctrine du vent du boulet sont à la fois tirés des lois physiques et de l’observation.

« Le volume d’air, dit-il, qui, déplacé par le boulet, frappe le membre, ne peut I être que quatre fois plus petit que lui, par conséquent il ne saurait déjà produire I des désordres étendus et si la vitesse qui lui est imprimée est égale à celle du boulet, la densité de l’air étant douze cents fois moindre que celle du projectile, I d’après la loi invariable des chocs, la masse d’air devrait frapper avec une force, I quatre mille huit cents fois plus petite que celle avec laquelle le boulet frapperait. J Comment donc serait-il possible qu’un choc aussi léger produisît d’aussi grands I désordres que ceux que l’on observe dans les contusions dont il s’agit?... Enfin (comme dernier argument, dit-il), les corps mis en mouvement agissent en raison I des résistances qu’ils rencontrent : or l’air libre qu’un boulet traverse ne lui en op- I pose aucune sensible ; comment donc, avec toute la liberté qu’il trouve àson passage I par ce défaut de résistance, l’air pourrait-il être comprimé au point de devenir I une masse contondante capable d’agir violemment sur nos parties 1 . »

Ces arguments physiques développés pour la première fois par l'auteur sont suivis de preuves tirées de l'observation et empruntées en partie à 1 Paré : c’est un cavalier qui a sa jambe emportée sans que son cheval soit atteint, un soldat serré dans le rang qui a un bras enlevé sans que son voisin qui le touche ne soit blessé, etc., etc.

Le Vacher recherche ensuite dans les considérations physiques et anatomiques la raison de la résistance de la peau à l’action du projectile, tandis que les tissus sous-jacents sont dilacérés.

2° 11 est moins heureux dans le choix de ses raisonnemenls lorsqu’il aborde le deuxième point qu’il se proposait de traiter : La déviation des projectiles par les tissus. On doit cependant lui savoir gré d’avoir grandement insisté sur la possibilité de certaines déviations que quelques modernes croient avoir trouvées : celles, entre autres, que les tissus mous, la peau, les aponévroses, les tendons, peuvent imprimer aux projectiles.

Vacher règle les conditions de ces déviations et leur mécanisme.

En somme, son mémoire est très souvent original, toujours intéressant. Sous une forme didactique, il épuise les deux questions qu’il s’était proposé de résoudre. Ce travail marque dans leur histoire et donne à Le Vacher une place honorable parmi nos bons auteurs.

flti LA CHIRURGIE MILITAIRE FRANÇAISE AU X V 1 1 Ie SIÈCLE.

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