P’rix de l’Académie de chirurgie. T. III, p
J.-L. PETIT
J.-L. PETIT (le (ils)
L’expérience qu'il avait acquise en traitantles blessésdu siège de Philibsbourg réunis à Spire, donna û J.-L. Petit le fils 1 l’idée et les bases de son Essai sur les épanchements traumatiques du bas-ventre'2, travail resté classique. Il y établit que le sang épanché dans le ventre à la suite des plaies pénétrantes, demeure quelquefois aux environs de l’ouverture du vaisseau sans s’étendre beaucoup. Quand il se répand au loin, ce qui est le cas le plus habituel, il se collecte à la partie inférieure de la cavité abdominale et alors, il y a presque toujours communication entre la collection qui répond à la lumière du vaisseau et la collection la plus éloignée. Ce fait s’observerait, d’après lui, môme dans les coups de feu ou les coups d'épée à trajet très étendu. A son sens, on doit évacuer ces épanchements intra-abdominaux avec autant de soin et aussi complètement que les épanchements intrathoraciques, et la pression intestinale contribue à débarrasser le ventre de leurs derniers vestiges.
Vacher3 4 avait proposé et pratiqué, pour donner issue à ces collections sanguines, une longue incision « entre l’épine antéro-supérieure des os des iles et la tubérosité du pubis, un pouce au-dessus de l’anneau de l’oblique externe, parallèlement au muscle droit et à un travers de doigt de distance de ce muscle » \ C’est à ce procédé que Petit recommande de s'adresser.
En somme, il réagit contre l’opinion généralement admise que les endroits au niveau desquels se collectent les épanchements sanguins intraabdominaux sont indéterminés, partant qu’il est impossible de leur procurer sûrement une issue.
Nous avons épuisé les Mémoires importants que l’Académie de chirurgie a consacrés à l’étude de nos plaies. Il nous reste à signaler rapidement quelques travaux de moindre importance ou quelques observations intéressantes éparses dans les Mémoires de l'Académie et qui ne peuvent pas comporter une analyse étendue.
De Gérard, ancien chirurgien-major, nous devons citer la relation d’une plaie transversale des deux côtés du thorax, de plaies abdominales, et l’exposé de son ingénieux procédé d’hémostase dans les blessures de l’intercostale. C’est à ce chirurgien qu’est due la compression de l’artère
1. Le fils de J.-L. Petit (1710-1737) était honoré du titre et des fonctions de démon- ■strateur royal, et avait été nommé substitut de son père, quand il demanda et obtint, en
1733, le titre de chirurgien aide-major d’armée (titre équivalent à celui de médecinmajor dans nos armées actuelles). Il servit en cette qualité pendant la campagne de 1733. L’année suivante, il fut pourvu de l’emploi de chirurgien-major de l’année, et Ht, comme tel, sur le Rhin, les campagnes de 1734 et 1735. La Peyronnie, comme nous l’at vous vu, corrigea ce que cette nomination avait de prématuré, en lui adjoignant Le Dran.
2. Essai sur tes épanchements clans la bas-ventre. Mémoires de l’Académie de chirur- | lia, t. Ier, p. 237, t. II, p. 92 et suivantes.
3. Le chirurgien-major Dargeat avait disputé ce procédé à Le Vacher, comme nous 'avons vu. Il semble bien établi que c'est à ce dernier qu’en doit revenir la paternité.
I Voir dans le t. II des Mémoires de V Académie de chirurgie la réclamation de Vacher.)
par une anse de fil lie autour de la côte sous laquelle rampe cette artère.
De Guérin lils, chirurgien-major de l’hôpital de Lille pendant la guerre de Flandre, nous possédons un exemple bien remarquable d’intervention hardie dans une plaie pénétrante de poitrine. Chez son blessé, uneesquille blessait le poumon, Guérin (ils débrida la paroi, enleva l’esquille; son blessé guérit.
A Andouillé 1 nous devons, entre autres, la relation curieuse et rarissime d’une perforation du bassin, du pubis au sacrum, par une balle, blessure qui fut suivie d’une mortification de la partie inférieure du rectum, des sphincters, des tissus environnants et de la nécrose du coccyx. Le blessé guérit sans rétention ni incontinence des matières fécales. Cannac, chirurgien-major de l’hôpital de Douai, a transmis à Bordenave1 2 les résultats d’une expérience étendue. 11 rappelle et explique les différences pronostiques que présentent les blessures observées au commencement et à la fin des sièges et revient sur les bons effets du sublimé dissous dans du vin pour le pansement des plaies compliquées de gangrène. Planque, chirurgien-major de l’hôpital militaire de Lille, l’un de nos chirurgiens les plus remarquables et des partisans les plus résolus de la conservation dans les traumatismes de guerre, fournit également à Bordenave des exemples intéressants de blessures graves de la tête, de la face, de l’os iliaque, du coude, du poignet, etc., terminées par guérison. A une époque où les partisans déclarés de l’amputation dans nos traumatismes étaient très nombreux et où la conservation présentait des difficultés et des dangers que nous ne connaissons plus, les résultats de la pratique de Planque étaient bien faits pour fixer l’attention. Poneyès, chirurgien aide-major au même hôpital de Lille, après avoir servi en Flandre, Pollet, chirurgien-major en «nef de l’hôpital Saint-Sauveur de Lille, lequel hôpital servit d’asile à nos officiers blessés à Fontenoi, Bussière, Vandergracut, Rey, Guffroy, Théri, chirurgien en chef de l’hôpital Contesse de Lille, Majault, chirurgien-major de l’hôpital militaire de Douai, ont fourni au mémoire de Bouclier et Read, chirurgien- major de l’hôpital militaire de Valenciennes, a fourni à Faure les bases de leur panégyrique de la conservation armée dans les blessures des membres3. Citons enfin le cas de guérison du blessé du chirurgienmajor Casterat que celui-ci guérit d’une plaie de l’estomac réunie par la suture, l’exemple de plaie du sinus maxillaire fourni par Allouer. Nombre de ces observations seront reprises dans le corps de cet ouvrage.
Nous arrivons à de hautes personnalités chirurgicales du dernier siècle qui ont dû encore et surtout leur renom à leurs attaches avec l’Académie de chirurgie; nous voulons parler de Morand, de Pibrac, d’ANTOiNE Louis.
1. Démonstrateur royal, chirurgien du Roi en survivance, chirurgien-major de l’armée en Flandre, Andouillé, durant cette campagne, eut la direction des hôpitaux de Bruxelles, et régla les évacuations sur les hôpitaux du Nord de la France, Lille, Douai, Valenciennes, Cambrai, Avesnes, et sur Tournai et Ypres. lia peu écrit, mais il était considéré comme l’un des chirurgiens les plus habiles de son temps et l'un des plus illustres de noti’e armée. Il se montra l'adversaire de Bagieu, dans la question des amputations.
2. Mémoire cité, t. II des Mémoires de l'Académie de chirurr/ie.