LOUBET
Le chirurgien-major des régiments de Santerre et de Touraine servait depuis 35 ans dans nos armées, lorsqu’il écrivit son Traité des plages d'armes à feu '. Il avait assisté à toutes nos luttes en Allemagne et en Flandre-
Bien qu’il ait la forme, le faible volume, le style concis et rapide d’un manuel, ce Traité en diffère cependant par le développement que l’auteur aime à accorder à maints points qui ont plus particulièrement fixé son attention. C’est ainsi, par exemple, qu’il consacre 42 pages sur 236 à décrire les caractères particuliers que le scorbut et la vérole impriment à nos blessures. A s’en rapporter à ses judicieuses remarques, à l’exposé de ses procédés autant qu’aux cures qu’il relate, Loubet devrait être un chirurgien de valeur.
Si, avec Desport, il s’élève contre l’abus des spiritueux, de l’eau-de-vie et des solutions alcooliques vulnéraires qui, à ses yeux, avaient le tort de tarir cette suppuration qu’on devait chercher, au contraire, à provoquer, il est aussi peu partisan des topiques à composition compliquée. Les siens, il les prend dans la catégorie des balsamiques onctueux (digestifs térébenthinés) et des émollients (cataplasmes). Aux digestifs et aux suppuratifs employés communément, il reproche de rendre les chairs fongueuses et d’empêcher la cicatrisation. Pour un peu, il ne ferait aucun pansement, pour ne pas contrarier la nature dans son œuvre réparatrice. Souvent, il ne recouvre les plaies que de charpie sèche à laquelle il préfère. fréquemment Yétoupe fine. Pendant la guerre d'Allemagne et surtout après les amputations, il se servit beaucoup de cette substance pour ses pansements 1 2.
Malgré un traitement approprié, les plaies présentent-elles quelque tendance à s’enflammer, il applique sur elles des cataplasmes émollients, surtout des cataplasmes de navets, qu’il employa beaucoup eh Allemagne.
Il applique encore sur les plaies qui présentaient cette complication des linges imbibés de liquides émollients chauds et pour maintenir constante leur température, il les recouvre de vessies remplies d’eau chaude ou les soumet au rayonnement de briques chaudes3. Il y a bien des idées toutes modernes dans ces pratiques.
En chirurgien avisé pris au dépourvu, Loubet va jusqu’à demander à la soupe des soldats les émollients et les topiques onctueux qui lui manquent.