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tranchées au premier entrepôt. Enfin il s’arrête aux transports par eau. Le passage qu il leur consacre frappera le lecteur comme il nous a frappé nous-même.
« Les envois du premier dépôt au second se font par eau ou par des caissons ou des charrettes. Une partie des plus blessés à la bataille de Dettingen s’embarquèrent à Seligestat sur le Mein et remontant le Rhin, se rendirent en Alsace. Très peu se seraient rendus par les voies ordinaires à cause de la longueur du transport. Ce moyen de transporter les blessés est plus avantageux que tout autre; c’est pour ainsi dire faire voyager l’hôpital où les blessés étaient, pourvu de tout ce qui est utile à leur état, et dont l’administration se fait à peu de chose près, comme lorsque les blessés sont sédentaires. »
Ce qu'il dit du mode de transport par les voitures est bien fait pour nous faire croire que notre organisation actuelle n’est récente à nos yeux que par ce que nous ignorons les ressources que possédaient ceux qui nous ont précédés.
« Je dirai peu de chose des caissons et des charrettes, personne n’ignore les inconvénients funestes dont leur usage est suivi, tant par les cahots que les blessés supportent que par la difficulté de leur administrer les choses qui leur seraient nécessaires.
J’ignore quel est celui qui a été assez frappé du danger de ces voitures, pour en avoir imaginé une qui mérite d’être célébrée, et qui devrait célébrer son auteur.
C’est une espèce de fourgon contenant huit loges ou places, séparées par des cloisons, et dont les liens qui suspendent la caisse sont arrangés de manière que la voiture est nécessairement douce; ce qui fait que les huit blessés qu’elle contient sont beaucoup moins cahotés qu’ils ne le seraient dans les voitures ordinaires. »
Enfin il nous parle, pour terminer, des voitures particulières que les grands possédaient. « Peu de blessés, ajoute-t-il, en ont d’aussi commodes et d’aussi sûres que M. le maréchal de Villars en eut après la bataille de Malplaquet1. » Le transport sur une litière n’était pas même inconnu à nos chirurgiens de ce siècle. Qu’on en juge par cet extrait :
« J.-L. Petit ayant à faire transporter d’un camp à la ville voisine un blessé qui avait eu la cuisse traversée par 2 balles et chez lequel il dut lier la crurale, fit prendre deux longs bâtons d’un frêne qu’il fit abattre, on les ajusta au lit de camp sur lequel le malade était couché. Les deux bâtons furent mis sur deux mulets comme une litière de manière que le transport se fit commodément 2. »
Ses deuxième et troisième mémoires sont consacrés à la critique de la désarticulation de la cuisse et des procédés de Louis pour l’amputation.
Le Dran avait le premier pratiqué la désarticulation de l’épaule. Cette opération avait frappé par sa hardiesse, sa nouveauté et ses succès inespérés. Enhardi par son exemple, Ravaton venait de concevoir et de décrire une opération plus dangereuse encore, la désarticulation de la cuisse. Mais comme la plupart de ceux qui se signalent par une découverte, il en avait quelque peu exagéré les avantages en en étendant les indications à toutes les fractures compliquées de la cuisse, « ayant vu périr tous ceux qui avaient eu l’os de la cuisse fracturé en entier, quelque précaution qu’il ait pris pour l’éviter ». Bagieu n’eut pas de peine à démontrer qu’on devait
J. BAGIEU.
la réserver aux cas dans lesquels l’amputation de la cuisse plus simple et moins dangereuse est impraticable, c’est-à-dire lorsque la lésion répond à la partie supérieure du fémur. 11 fut moins heureux lorsqu’il proposa, pour assurer plus sûrement l’hémostase, de pratiquer la ligature de l’iliaque, au lieu de faire la ligature successive des vaisseaux au fur et à mesure de leur section, comme Kavaton l’avait proposé.
Les critiques qu’il adressa aux procédés que Louis venait de proposer pour l’amputation des membres lui valurent une riposte dont la vigueur dépassa parfois la juste mesure. Par des procédés qu’il serait difficile d’expliquer, Louis fit imprimer sa réponse contre la volonté de l’auteur, à la suite du mémoire de Bagieu. Sans doute les arguments de ce dernier n'avaient pas toujours une grande portée, mais ils ne lui méritaient pas les dénominations trop peu flatteuses de Louis. L’histoire de l’art n’a rien à reprendre à ces luttes de personnes et non d’idées. L’étude des causes de la dénudation des os mérite seule d’être signalée dans ’le mémoire de Bagieu.
Dans son quatrième mémoire relatif à Y Amputation des membres, principalement à l’occasion des plaies d'armes à feu, Bagieu étudie à nouveau les cas de fractures dans la continuité et la contiguïté qui réclament l’intervention radicale ou la conservation. Il s’y montre partisan du retard apporté à l’opération, il revient un peu sur le danger des blessures des grandes articulations et sur les ressources de la chirurgie conservatrice. Il insiste sur les avantages des incisions qui assurent libre issue au pus et s’oppose à l’emploi abusif des saignées. Ce mémoire se termine par l’observation intéressante d’un gendarme dont le nez, presque totalement séparé et réuni par la suture, se cicatrisa.
Dans son cinquième mémoire, il critique la doctrine de Faure, trop partisan de l’amputation. Ce dernier voulait seulement qu’on la différât jusqu’à ce que les effets de la commotion aient cessé, et il admettait que quand on la pratique pendant sa durée, elle est fréquemment funeste. Bagieu n’admet ce retard que quand la commotion est générale, auquel cas une opération pourrait aggraver l’état du blessé, et dans les commotions totales d’un membre. Faure avait avancé encore que les hommes les plus robustes auxquels on fait l’amputation meurent de préférence, et il s’appuyait sur cette donnée pour demander qu’on la retardât. Bagieu combat cette doctrine, mais il s’accorde avec lui sur le principe de différer d’abord l’opération et d’attendre qu’une nécessité impérieuse vienne en imposer l’emploi.
Le sixième mémoire et les suivants sont consacrés à l’étude de la gangrène et aux cas qui réclament l’amputation.
Ces mémoires sur l'amputation nous ont détourné de l’analyse du premier, un des plus intéressants. Il porte sur l’étude des corps étrangers, des projectiles logés dans nos tissus. 11 n’est pas douteux pour nous que Percy ne se soit inspiré de ce chapitre de l’ouvrage de Bagieu pour son mémoire que l’Académie de chirurgie couronna plus tard, et que nous connaissons mieux. Bagieu y étudie les difficultés qu’on éprouve parfois à reconnaître le siège occupé par nos projectiles, les déviations qu’ils subissent au sein de nos tissus, les corpsqu’ils poussent sur leur passage, et il insiste sur la nécessité d’une extraction rapide. Le tout est appuyé sur des exemples tirés de sa pratique ou de celle de ses devanciers.
Ln somme, il était difficile de déceler sous le titre que Bagieu a donné son ouvrage un 'J raité de chirurgie de guerre dans lequel le traitement de nos plaies est surtout discuté avec la compétence d’un praticien d’une expérience consommée. Le style est clair, mais les explications sont parfois précieuses. Quoi qu il en soit, ce livre mérite d’être lu et il donne à son auteur le droit d’être rangé parmi nos bons écrivains de chirurgie militaire du xvme siècle.