HA VA T ON
Praticien d’élite, esprit assez original pour avoir laissé des traces durables de son génie inventif, chirurgien militaire consommé, c’est-à-dire apte à tirer parti de tout pour servir son art dans les conditions si difficiles que crée la vie des camps, Ravaton doit rester pour nous un modèle, nous irions presque jusqu’à dire le type du chirurgien d’armée.
Il comptait trente-six années de pratique dans les camps et les hôpitaux de guerre quand il écrivit sa Chirurgie d'armée ou Traité des plaies d’armes à feu -. Celui-ci parut en 1768. Ravaton était alors chirurgien de l’hôpital de Landau, lequel, pendant la guerre de la succession d’Autriche et la guerre de Sept ans, constituait un de nos premiers hôpitaux d’évacuation. C’est là qu’il avait vu et traité une grande partie des blessés des batailles de Dettingen, de Fontenoy, de Raucoux, deRosbach et du siège de Philibsbourg.
Déjà en 1750, il avait fait imprimer un Recueil d' observations de chirurgie sur les plaies d'armes à feu qui renfermait une partie des documents de son dernier Traité. Le succès de cet ouvrage le força à le reprendre, à le compléter et à y joindre un traité complet des plaies d’armes blanches, sujet que les auteurs avaient jusque-là négligé3.
La Chirurgie d'armée de Ravaton ne ressemble à aucun autre des livres de notre chirurgie écrits avant lui et, parmi ceux qui ont paru plus tard, la Clinique de Baudens peut seule en être rapprochée sans l’égaler.
Ce qui y domine, ce sont des observations toutes intéressantes portant moins sur des cas surprenants par leur singularité et qui par cela même n’auraient pu qu’être de peu d’utilité pour le praticien, que sur des cas le plus souvent faciles à retrouver, par conséquent bien faits pour fixer dans l’esprit les caractères habituels de nos blessures, leurs processus, leurs terminaisons et les règles qui doivent inspirer le chirurgien pour leur traitement. L’exposé de ces cas de clinique journalière forme dans ce traité comme une suite naturelle de descriptions sommaires générales et de
1. Nous ne pouvons quitter ce chapitre sans rappeler l’observation curieuse et uniqueen son genre qu’il cite incidemment du virus d’un chancre transmis par les -doigts :« Des cavaliers sortant de table après un repas de récréation et un peu trop pleins de nourriture, rencontrèrent sur leur chemin de fausses vestales. Le vin anima ces cavaliers; ils prirent des libertés avec ces filles attaquées de virus ; tout se borna à des jeux de main, après lesquels les filles s’éclipsèrent L’un des cavaliers, sans réfléchir à ce qui venait de se passer, prit une prise de tabac avec ses doigts qui avaient été introduits dans les parties naturelles d’une de ces créatures. Peu de temps après, il lui survint au nez un bouton, qui par la suite est devenu chancreux et lui a rongé une partie du nez. » Ce cavalier guérit rapidement par les frictions mercurielles.
2. Chirurgie d’armée ou Traite' des plaies d’armes à feu et d’armes blanches avec des observatinos sur ces maladies, etc., par M. Ravatox, chirurgien-major de l’hôpital militaire de Landau, des camps et armées du x’oi, inspecteur en chef des hôpitaux de Bretagne, correspondant de l’Académie royale de chirurgie. In-8, 682 pages, Paris, 1768.
3. L’approbation placée à la fin de son livre nous dit que la « chirurgie d'armce » n’était que la suite d’un « Traité des maladies gui sont les plus communes dans les armées et les garnisons ».