R AV A TON
principes qu’elles servent fixer. Les courtes mais judicieuses réflexions qui suivent cet exposé, arrêtent le lecteur à ces mille détails de diagnostic, de pronostic et de traitement que les traités didactiques passent sous silence et qui sont si précieux pour le praticien.
Dezeimeris a avancé que Ravaton écrivait si mal qu’il dut faire rédiger son livre par une personne étrangère 1 ; la chose est possible, bien que nous ayons recherché en vain la source de l’information de l’auteur du Dictionnaire historique des sciences médicales. En eût-il été ainsi que le mérite de la Chirurgie d’armée, expression fidèle de la pratique d’un chirurgien habile et original, n'en saurait être atténué. Mais, puisque nous sommes sur ce chapitre, nous dirons qu’il est beaucoup moins bien écrit que d’autres, en particulier que le traité dogmatique de Le Dran.
Lui-même en excuse la forme. « Il ne faut pas espérer, dit-il, trouver dans cet ouvrage toute l’élégance de la composition et du style qui caractérisent les productions de ce siècle 2. » Il en donne pour raisons l’absence de ressources littéraires de son hôpital frontière. Mais comme il rachète ces irrégularités de style par l’extrême simplicité, la précision de ses descriptions, son excessive bonne foi et son honnêteté de praticien qui lui fait confesser des fautes dont il tient h garantir ses lecteurs ! Chez lui, point de généralités vagues, de théories dont l'exposé sert à faire valoir l’érudition ou la logique de l’auteur, son but est plus loin ou plus près, si l’on veut. Il veut réformer les préceptes erronés, vérifier les incertains et établir des instructions sûres sur la conduite à tenir dans tous les cas et, ce résultat, on peut dire qu’il l’a atteint.
La Chirurgie d’armée est divisée en quatre parties d’inégal développement. Ravaton étudie d’abord, pour tous les organes, les contusions produites parles projectiles, leurs caractères et leur traitement.
Cette partie constitue un traité didactique des contusions aussi important pour son époque que, pour nous, le travail classique de Velpeau.
La deuxième partie est consacrée à l’étude générale et particulière des plaies d'armes à feu. Ravaton y a rassemblé 109 observations dont quelquesunes sont des plus curieuses. Nous les rappellerons à temps.
Suivent enfin (troisième et quatrième parties) un Traité des plaies d'armes blanches d’estoc et de taille. C’est le plus étendu que nous possédions. Il comprend 217 pages et renferme 35 observations intéressantes.
Dans cet aperçu d’ensemble, il ne nous est pas permis de tenir compte de toutes les idées personnelles de notre auteur ou de celles auxquelles il prête l’appui de son autorité, de rappeler tous les faits curieux qu'il relate ou d’apprécier toutes ses pratiques originales. Comme c’est un de nos meilleurs classiques, nous aurons dans la suite occasion d’y revenir et d’y insister. Nous nous contenterons pour le moment de rappeler seulement quelques-unes de ces idées ou de ces pratiques.
Et d’abord c’est à lui que sont dues la conception et la description du Manuel opératoire de la désarticulation coxo-fémorale 3.