XVIII» SIÈCLE
Ilavaton préconisait le procédé en raquette, encore préféré de nos jours par maints chirurgiens. Il traçait à partir du grand trochanter une incision cutanéo-musculaire descendant jusqu’à la partie moyenne de la cuisse et qui lui permettait d’arriver directement sur l’article; « travaillant entre le périoste et l’os», il coupait la capsule en guidant son bistouri sur son doigt, sectionnait le ligament rond ; puis, après avoir achevé la dénudation de l’os en le rasant, et placé un tourniquet sur la fémorale, il terminait par la section des chairs à la partie moyenne de la cuisse. Ses ligatures, il les faisait au fur et à mesure de la secLion des vaisseaux. Ilavaton n’avait laissé, comme on le voit, rien à imaginer à ses successeurs et, faute de l’avoir lu, plusieurs se sont mis en frais de trouver et de décrire, de nos jours, comme des perfectionnements, des pratiques qui n’étaient que les siennes. Nous devons à cet ancêtre de rappeler ce fait ici.
Ravaton avait voulu pratiquer cette opération, en 1745, sur un gendarme de la garde qui avait le fémur fracturé près du trochanter, mais il ne put arriver à la faire devant l'opposition d’un certain nombre de chirurgiens de mérite qui l’assistaient1.
Il croyait avoir imaginé l’amputation sus-malléolaire. « La découverte que j’ai faite, dit-il, de l’amputation à deux lambeaux, m’a conduit insensiblement et par degrés à tenter cette opération près des malléoles pour conserver la jambe 2. » 11 décrit aussi un appareil prothétique ingénieux, de son invention, appareil pour les blessés qui ont subi cette opération. Si, comme il le dit, «il n’avait pas vécu retiré au fond d’une province, n’ayant de ressources que ses faibles lumières », il eût appris que Sollingen 3 avait eu, avant lui, les mêmes idées, mais Ravaton était de bonne foi et il a eu en tous cas le mérite de rappeler l’attention sur cette opération délaissée et de faire voir que les critiques qu’on lui avait adressées, pouvaient disparaître en partie après l’adoption d’un appareil de prothèse bien construit. Le blessé de Ravaton, « muni de sa bottine spéciale 4, put continuer son service pendant quatre ans; envoyé aux Invalides, il en sortit pour faire trois campagnes en Allemagne, ce qu’on n’avait pas encore vu. »
Ravaton est un des chauds partisans de l’amputation à deux lambeaux, qu’il contribua à faire adopter; on lui doit un procédé de désarticulation scapulo-humérale, des appareils ingénieux de contention des fractures avec lesquelles il combine l’hyponarthécie indiquée déjà par Hippocrate ; on lui doit : un appareil pour la réduction des luxations dans lequel il utilise les moufles que Sédillot n’a fait que lui reprendre, des instruments extracteurs des balles, un procédé de suture profonde, une pelote compressive pour la cure des anévrysmes de la sous-clavière, etc., etc.
Si nous passons maintenant à ses pratiques chirurgicales usuelles, nous les trouvons le plus souvent très rationnelles, bien raisonnées, ingénieuses, parfois très personnelles.
Ennemi des tentes et des sétons, il réserve expressément l’emploi des incisions aux cas dans lesquels elles peuvent servir à faciliter l’extraction des corps étrangers ou l’issue du pus. Quoi de plus sage?
:i. Dionis, Opérations de chirurgie , o. c., p. 501.
L Elle est décrite et figurée p. 400.
RAVATON.
Redoutant, à l’exemple des anciens, le contact de l’air sur les plaies, et adversaire des cathétérismes et des attouchements intempestifs, il en vient à faire des pansements occlusifs avec le diachylon. Nous sommes autorisé à réclamer pour notre vieux chirurgien d’armée une part du renom que ce pansement attira h Chassaignac. Ravaton commence à appliquer sur la j blessure de la charpie sèche qu’il recouvre le plus souvent d’une carai pace de diachylon gommé, plus rarement d’emplâtre d’André de la Croix,
[ et il soutient le tout au moyen d’une compresse et d’une bande. Ce pansement est laissé en place trois, quatre jours, parfois huit, dix, douze jours ; puis après la levée de l’appareil, il traite la plaie comme ses contemporains.
Parfois (c’est lâ une ombre à notre tableau) il se montre plus esclave qu’eux de la tradition et il emprunte à une pharmacopée déjà ancienne • ses formules surannées. C’est ainsi qu’il prend à Paré son huile de petits chiens, à d’autres leurs vulnéraires compliqués. Nous le voyons dans une de ses potions allier encore la poudre de vipères, de cloporte, de vers de terre à l’éthiops minéral, au safran, à l’aloès et dans une autre, assembler l’eau de pourpier, la bourrache, l’hyacinthe, des poudres absorbantes simples au sang de bouquetin, au sel de vipère et au lilium de Para- •celse !
Revenons à des pratiques moins singulières et puisque nous en sommes à ses traitements des plaies, signalons Y agent protecteur qu’il utilise volontiers pour les recouvrir immédiatement. C’est une feuille d’or mince des batteurs d’or qu’un chirurgien aide-major de l’armée avait à l’Académie de chirurgie préconisé déjà comme hémostatique. Ne constituait-elle pas un aussi bon protective qu’un autre, et, au-dessus du moyen, n’y uvait-il pas une bonne idée qu’on croit trop moderne.
Pour l’immobilisation des fractures compliquées, s’il n'a pas imaginé les ippareils contentifs de fer-blanc qu’on trouve déjà mentionnés dans nos premiers auteurs de chirurgie militaire, il a au moins le mérite d’en généraiser l’emploi et de beaucoup insister sur leurs avantages. Ravaton s’en ert pour les fractures de tous les segments des membres ; seulement, au lieu de se contenter d’une gouttière faite d'une seule pièce, il la segmente n deux parties réunies par des charnières. Il préconise aussi des valves, te petites attelles également en fer-blanc pour les cas où, en raison de 'étendue et du siège des plaies, l’emploi des gouttières serait gênant.
En chirurgien militaire avisé, prompt à tirer parti des faibles ressources u’on possède habituellement en campagne, il double ses appareils conentifs de feutre élastique emprunté aux chapeaux des soldats.
A l’encontre de la plupart de ses contemporains, il veut qu’on nourrisse bondamment les blessés. Il revient, à tout instant sur ce précepte et ipporte des faits dans lesquels la cessation de la diète qu’on leur avait nposée eut la plus heureuse influence sur les blessures 2. Encore une lée et une pratique qu’on croit d’origine plus récente.
Tout autant que la diète il redoute le séjour débilitant du lit, aussi forccil tous les blessés atteints de fractures du membre supérieur à se lever.
DELORME
Après la guerre de 1870-71, Champenois a insisté sur la môme pratique. Il ne l’a pas l’ait avec plus de force que Havaton
Ici, llavaton est moins bien inspiré : pour assurer l’hémostase, il n’a que rarement recours à la ligature, il préfère à la compression les styptiques et si les gros vaisseaux des membres sont intéressés, il ampute, craignant la gangrène. Il est en retard sur Le Dran. On peut aussi lui adresser le reproche de trop préférer les interventions radicales dans les Iractures des os des membres et en particulier dans les Iractures du lémur, du genou, du coude. Par contre, il se montre très conservateur dans les fractures de l’extrémité supérieure de l’humérus, des os de l’avant-bras et de la jambe.
Dans les amputations il sectionne très bien l’os dans les points fêlés. Il insiste sur le pronostic grave des fractures désarticulations à interlignes
serrés.
Il précise mieux que tous ses devanciers le lieu d’élection pour l’extraction des esquilles : « C’est au niveau de l’orifice de sortie qu’il faut les chercher; c’est là qu’il faut pratiquer les incisions que peut nécessiter leur extraction1 2 3»; enfin il s’occupe avec soin des maladies concomitantes qui peuvent atteindre son blessé.
Nous terminons là notre analyse de son Traité des blessures par armes à feu . Elle est suffisante pour donner une idée exacte de la somme de richesses qu’il contient.
Les Traités des plaies d'estoc et de pointes et des plaies par armes tranchantes sont établis sur le même modèle que son Traité des plaies d armes à feu. Nous avons déjà parlé de leur importance, nous n’y reviendrons pas longuement.
Ici encore Ravaton développe quelques idées personnelles. Il rejette dans le traitement des plaies par armes piquantes, le cathétérisme explorateur, les incisions, les tentes, les sétons; il les recouvre de son même pansement occlusif qu’il laisse cinq ou six jours en place, autant qu il en fallait pour obtenir l’adhésion des lèvres de ces plaies, d'autres fois il les recouvre de compresses imbibées d’eau-de-vie.
Dans les plaies par armes tranchantes comme pour les plaies par armes piquantes, il favorise l’adhésion de leurs lèvres par le. pansement ou des sutures profondes enchevillées et il les recouvre de topiques dessiccatifs « dans la vue d’empêcher le plus possible que la suppuration ne s }
établisse ^ ».
Il se sépare de la plupart de ses contemporains dans le pronostic des
sections tendineuses. . ... .
Ravaton n’était pas seulement un praticien judicieux, sagace, habile et
prime-sautier, c’était aussi un organisateur. Sa situation de chirurgien en chef de l’hôpital frontière de Landau, sorte d’hôpital de base, le forçait d’ailleurs à s’intéresser aux questions d’organisation ambulancière. Son Traité de chirurgie d'armée porte la trace de ces préoccupations. Il se termine par l’exposé du chiffre des malades et des blessés que peut fournir une armée, au début, au milieu, ou à la fin d’une campagne.
Il évalue à 3 p. 100 au début, à 6 p. 100 au milieu, a 10 p. 100 \ers la