I. — PLAIES PÉNÉTRANTES SIMPLES
On désigne sous ce nom les blessures qui ouvrent ou pénètrent la 1 1 ivité abdominale sans que les viscères qu’elic contient soient lésés.
750 B L K S S U R E S DE L’ABDO M E N .
Les plaies pénétrantes simples sont très rares. Malgaigne en avait nié l’existence. Il se refusait absolument à admettre qu’un corps vulnérant puisse traverser l’abdomen sans léser aucun viscère. Au point de vue anatomopathologique, l’assertion de Malgaigne est soutenable, mais cliniquement elle est inexacte, car des observations et des expériences ont démontré qu’une arme blanche ou un projectile peut traverser l’abdomen sans ouvrir la cavité de l’intestin et de l’estomac, ou sans blesser un organe parenchymateux. Il serait plus difficile d’affirmer qu’en pareils cas, ils ne sont pas légèrement contus. Ravaton, Bilguer, Larrey, Guturie, JIennen, Boyer, Duimjytren, Demme, Nélaton, Otis1 (9 ca-), Mac-Guire, Beck (7 cas), Le Dentu, Bérenger-Féraud, Conner ont cité des exemples de ces plaies pénétrantes simples. Maubrac nous a signalé l’exemple d’un turco dont l’abdomen avait été traversé, à bout portant, par une balle de chassepot, dans la région occupée par le petit intestin. A l’autopsie de ce soldat, qui succomba à une blessure de l’aorte, on ne trouva, malgré les recherches les plus attentives et une injection du canal intestinal, aucune lésion visible à l’œil nu. Des expériences ont mis hors de doute le fait de cette pénétration simple. Celles de Hencko qui (5 fois sur 95 expériences) traversait l’abdomen avec une tige de fer de 16 millimètres sans blesser l’intestin, sont citées par tous les classiques. 11 en est de même de celles de Hermann et Albrecht. Ces expérimentateurs plongeant dans l’abdomen une épée large de 16 millimètres ont, dans 95 expériences, produit 83 fois des lésions viscérales et 12 fois des plaies pénétrantes simples. Reclus etNoGUÈs, dansdes coups de feu, ont trouvé 1 plaie pénétrante simple sur 38 ; Senn, 4 plaies pénétrantes simples sur 14 cas. Mac-Cormac, dans 30 observations de laparotomie étudiées à ce point de vue, a relevé 2 faits de plaie pénétrante simple ; Reclus etNoGUÈs, 17 sur 123, enfin Senn, 2 sur 6. Cette variété de blessure est donc rare, mais, dans la pratique, elle le semble moins, car son cadre se grossit de plaies pénétrantes avec lésions viscérales qui ne donnent lieu à aucun symptôme net de blessure des viscères, et en particulier, de blessure des organes creux.
État syncopal , faciès abdominal , douleurs vives , tels seraient les symptômes primitifs de ces plaies. Elles sont parfois suivies de complications péritonéales résultant d’une infection extérieure. Ces symptômes, chez certains blessés, étaient très atténués ou manquaient.
Pratiquement, le diagnostic est basé sur l’absence des signes primitifs et consécutifs des plaies pénétrantes avec lésion viscérale, mais, alors qu’on a toutes raisons de croire à une plaie pénétrante simple, le diagnostic est encore incertain, car, dans maints cas, aucun signe ne trahit une lésion viscérale. L’exploration, le cathétérisme de la plaie, ne permettent que d’affirmer la pénétration et non la pénétration simple. Les partisans de l’intervention active dans les plaies pénétrantes avec lésions viscérales sont parfois amenés à faire, de visu et par exclusion, le diagnostic de plaie pénétrante simple. Les partisans de l’abstention jugeront cet examen direct inutile et dangereux.