‹ Traité de chirurgie de guerreChapitre 210 sur 340 · Lentz, Gazette médicale de Strasbourg · texte numérisé non relu

Lentz, Gazette médicale de Strasbourg

BLESSURES DE L’ABDOMEN

graves à la suite des chocs perpendiculaires ou obliques des régions antérieures de l’abdomen. Là, l’intestin, suivant un mécanisme admis par tous les auteurs et étudié récemment encore par Ciiavasse, est pressé entre le corps contondant et la colonne vertébrale. Sur les parties latérales, où l’intestin ne trouve plus dans la paroi les mêmes conditions de résistance, les contusions et ruptures sont moins redoutables. La pression excentrique des matières stercorales, brusquement refoulées, et surdistendant l’intestin, rend, dans certains cas, compte de la production des déchirures.

On peut rencontrer tous les degrés de la contusion, depuis le plus léger, jusqu’à la contusion avec sphacèle consécutif, , depuis la perte de substance circulaire, à l’emporte-pièce, immédiate, jusqu’à la section transversale (dans l/7e des cas, Moty1). Les déchirures sont assez souvent doubles; elles correspondent aux extrémités du diamètre transversal du fer. Elles sont accompagnées d’un éclatement intermédiaire (Moty), mais elles peuvent aussi être uniques.

Les premiers symptômes de la contusion du tube digestif sont : un schock abdominal tantôt violent, temporaire ou persistant, tantôt peu accusé et passager, puis la douleur au point frappé, douleur localisée d’abord, généralisée ensuite, la contracture de la paroi abdominale, suivie bientôt de ballonnement, le tympanisme , surtout dans les points où d’ordinaire on trouve de la matité (foie, rate), V emphysème de la paroi , phénomène rare, Y anurie, les vomissements bilieux , exceptionnellement sanglants, les selles mêlées de sang , symptôme des plus rares, Y hypothermie alternant avec des pulsations anormalement fréquentes (120, 140), puis, quelques heures, douze, vingt-quatre heures après l’accident, plus tardivement quand une escarre se détache, les signes d'une péritonite généralisée ou localisée ou d’une septicémie péritonéale. Malgré leur nombre, ces signes n’en laissent pas moins le diagnostic obscur, dans la majorité des cas, au moins à une époque rapprochée du traumatisme, alors que l’intervention aurait le plus de chances de succès. Tel blessé quPprésente un choc intense et des douleurs vives verra, en quelques heures, ces phénomènes grave? disparaître ; chez tel autre ils seront persistants sans qu’ils soient l'indice d’une lésion grave; certains, au contraire, présenteront un choc et des douleurs très atténuées, puis subitement, après douze, quinze, vingt-quatre heures de calme relatif et trompeur, le collapsus s’accusera; on notera de l’hypothermie plutôt que de l’hyperthermie. C’est ce que nous venons de constater chez un soldat auquel un coup de pied-de cheval porté dans le flanc gauche perfora l’intestin grêle, laissant un orifice des dimensions diamétrales de l’index. Ce ne fut qu’à la trentième heure que les phénomènes s’accusèrent; la laparotomie faite alors fut impuissante à le guérir.

Le pronostic de ces lésions est variable suivant la gravité du traumatisme, et pas plus que le diagnostic, il ne peut être établi à temps. Les contusions légères sans solution de continuité consécutive de l'intestin ou de l’estomac guérissent rapidement. Dans les cas de déchirure ou d’ulcé-

t. Moty, Elude sur les contusions de V abdomen par coup de pied de cheval, in Revue de chirurgie, 1890, n° 11, p. 878.

B LE S S U II E S P E N E T R A N T E S

ration, la mort est la terminaison habituelle, à moins d’intervention hâtive ou de production d’adhérences prévenant l’infection totale du péritoine. Dans quelques cas heureux (IIennen, Poncet) , le blessé abandonné à lui-même a guéri après formation d’un anus contre nature.

La laparotomie est, à l’heure actuelle, le traitement de choix de ces contusions. Encore faut-il pour qu’on soit autorisé à la pratiquer, qu’on ait lieu de croire à une rupture, or, l’on sait combien le diagnostic en est incertain; encore faut-il que le traumatisme ait été très intense, qu’il ait été lirect, qu’il ait porté de préférence sur la ligne médiane, sur un estomac • u un intestin remplis de matières alimentaires, stercorales, ou de liquides, juele choc et la douleur soient intenses et surtout persistants, qu’on assiste iu début d'une péritonite ou d’une septicémie péritonéale. Chez certains dessés, l’élévation ou l’abaissement de 1a. température avec coïncidence l’un pouls très fréquent, serviront de guide au chirurgien. Dans les cas louteux, il nous paraît prudent de recourir au traitement médical des daies de l’intestin : immobilité absolue, compression, opiacés sous forme le pilules ou d’injections hypodermiques, et non sous forme de potions, •égime alimentaire spécial, diète au début. Certains auteurs croient devoir, iu contraire, dans les cas douteux, recourir à une laparotomie explo- •atrice qu'ils jugent inoffensive. Sans s’arrêter à d’autres objections, on >eut faire remarquer que cette opération est déjà inutile dans un tiers des •as, puisque d’après les relevés de Moty, les contusions ne s’accompagnent le déchirures que sur les 2/3 des blessés.

Quand à une époque quelque peu éloignée de l’accident, après une ; >ériode de calme, apparaissent brusquement des signes de péritonite, la aparotomie semble mieux indiquée et, suivant les cas, on pratiquera une uture directe, perdue, de la plaie intestinale, une suture avec accolement e l’intestin à la paroi ou une résection suivie de toilette complète ou e lavage du péritoine. L’incision sera médiane, sus ou sous-ombilicale, lors même que le traumatisme aura porté sur les parties latérales de abdomen, et l’examen du tube digestif sera pratiqué méthodiquement,

tomme dans les cas de plaies.

Le collapsusdu blessé contre-indique l’opération.

Quelque rationnelle que soit l’intervention directe dans les ruptures de intestin, elle n’a fourni jusqu’ici que quelques rares succès.

Dans les péritonites localisées, on se contentera de l’ouverture de la ollection purulente.

BLESSURES PÉNÉTRANTES

Les plaies pénétrantes sont pénétrantes simples ou pénétrantes avec t esion des viscères.

Page 1