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II. — BLESSURES PAR LES EXPLOSIFS

On appelle explosifs des substances donnant lieu, par réaction chimique, une expansion subite et considérable de gaz avec production d’elfets écaniques violents de fracture, de déchirure et d’éclatement.

Les effets mécaniques sont dus à l’expansion des gaz. Une partie de la rce vive des molécules gazeuses se communique à l’air ambiant et aux <rps voisins qui sont secoués, renversés, disloqués, rompus et projetés à ■stance.

L’explosion est provoquée par la combustion instantanée de mélanges reposés d’agents comburants qui contiennent, à l’état solide, un excès oxygène, de corps combustibles, ou par celle de corps qui renferment à ;tat de combinaison ces agents comburants et combustibles (nitroglycéae, fulmicoton).

Le nombre de ces explosifs est aujourd’hui considérable; chaque jour il croissant, et ils acquièrent une importance plus grande à mesure qu’on it mieux doser leurs effets. Autrefois utilisés dans des conditions toutes J éciales et rares, ils se substituent, de nos jours, aux poudres ordinaires •ur le chargement des armes usuelles. Les principaux sont : les chlort tes, les picrates, le fulminate de mercure, les mélanges détonants, les , 'roxiles (coton-poudre, fulmicoton, celluloses solubles, etc.), les explosifs base de nitro-glycérine, c’est-à-dire les dynamites à absorbant inerte ou mse active, les gélatines explosives , nitro- gélatines (nitrolile, forcite,

■ rrasite, roburite, vigoritc, vulcanite, etc.).

Les poudres chloratées sont peu utilisées ; il en est de même du fulmite de mercure qui ne sert guère que pour la fabrication des amorces, s picrates, par contre, mais surtout le fulmicoton et les dynamites sont us employés. Le fulmicoton et la dynamite servent au chargement des us torpilles, sont utilisés par le génie pour les sautages précipités des iues, l'abatage des arbres, la rupture des palissades, la démolition des

blessures par les substances explosives.

portes, la destruction des voies ferrées, des ponts, des maçonneries, des pièces d’artillerie, etc.

Le fulmicolon qu’on obtient en faisant agir l’acide nitrique sur du coton brûle sans fumée, à l’air libre, et sans laisser de résidu. Sa combustion est si rapide qu’elle peut s’opérer sur de la poudre sans l’enflammer et sur la main sans la brûler. Mais, sous l’action d’une amorce, il détone en produisant des effets très énergiques et donne lieu à de la vapeur d’eau, de l’acide carbonique, de l’oxyde de carbone en proportion telle qu’on n’a pu l’employer jusqu’ici dans les mines. Ses effets, comme l’indiquent les descriptions que E. Rociiard en a faites d’après Buscii, sont analogues à ceux de la dynamite. Ils ont été constatés sur l’homme, en 1847, lors de l’accident de Vincennes; en 1848, lors de la catastrophe du Bousset; en 1871, à New- Majrket, à Cronstadt et à Nicolaïef, treize fois depuis 1876. C’est surtout dans les magasins ou pendant le maniement des torpilles qu’on les a observés. Longtemps délaissé à cause des dangers de son emploi, le cotonpoudre est presque le seul explosif employé par les marines de guerre pour les torpilles et les mines sous-marines. Le génie militaire en fait usage en Allemagne et en Angleterre. En Autriche, en Russie et en France, on lui préfère la dynamite.

Dynamites. — Ces explosifs sont des corps solides, gras, pâteux, formés d’une substance active, la nitro-glycérine et d’un corps poreux, inerte, la silice, l’argile, la poussière de briques, la sciure de bois, le sucre, le plâtre, la craie, le verre dans la proportion de 26 à 30 p. 100. Le corps inerte est destiné à retenir la nitro-glycérine et à la rendre moins sensible aux chocs. Ce mélange de nitro-glycérine et d’une base inerte a reçu le nom de dynamite à base inerte pour la distinguer de la dynamite à base active dans laquelle la nitro-glycérine est unie à un corps capable de détoner lui-même h

La nitro-glycérine est un poison violent, aussi la préparation de la dynamite n’est-elle pas toujours exempte d'accidents. Absorbée par la peau, elle provoque des nausées, des vomissements, des douleurs de tête intenses. Les ouvriers qui la manient cherchent à prévenir ces troubles gastro-encéphaliques par le lavage des mains avec une solution de soude à 4 ou 6 p. 100 et l’usage du café. On a dû renoncer à leur imposer l’usage de gants en gutta-percha.

Une seule goutte de nitro-glycérine introduite dans l’estomac produit des étourdissements, un affaiblissement de la vue, des maux de tête violents, une sensation d’accablement général et un sentiment de brûlure. L’ingestion de deux ou trois gouttes accuse ces symptômes, provoque de la fièvre et détermine une hypéresthésie rétinienne extraordinaire. Ces symptômes disparaissent dans les vingt-quatre heures sous l’influence du

1. Ouvrages consultés : Bertiielot, Sur la force des matières explosives d'après le thermo-chimie , 3e édit., Gauthier-Villars, Paris, 1883. — Chalon, Les explosifs modernes, l’aris, 1886. — Cundill, A diclionary of explosives , London, 1889. — Vocabulaire des poudres et explosifs. Traduit par Buion, delà Revue maritime Italienne In Revue Maritime et Coloniale , novembre et décembre 1891. — E. Rociurd, des blessures causées pnr es substances explosibles d’invention moderne. Th. Paris, 1880, etc.

DYNAMITES.

repos et d'un traitement symptomatique, en particulier par l’usage du café.

Toutes les dynamites ont les mêmes propriétés. Elles fusent à l’air libre quand on approche d’elles un corps enflammé. Sous l’action d’une amorce ou d’un choc violent, elles détonent et produisent un volume considérable de gaz qui renferme 28 p. 100 d’oxyde de carbone. Les gaz auxquels elle donne naissance, quoique étant délétères, le sont à un moindre degré que ceux qui résultent de la déflagration du fulmicoton.

Les effets de la dynamite ont été étudiés à la suite de plusieurs graves explosions, entre autres après celle de la cartoucherie de Paulilles, en 1883, après des explosions dans les mines ou lors du transport ou du maniement de cartouches, enfin, et tout récemment sur les victimes de plusieurs explosions parisiennes.

Les hommes rapprochés du centre de l’explosion et qui ont subi, au plus haut degré, les effets de l’agent explosif, présentent d’ordinaire des lésions à tel point épouvantables, qu’elles entraînent la mort immédiate. Ces hommes sont réduits en débris informes, pesant de 200 grammes à 10 kilogrammes (Cuallan), débris représentés surtout par des tissus mous, les moins résistants, lesquels sont projetés à vingt, cinquante, et même à plusieurs centaines de mètres. D'autres, mutilés d’une façon presque aussi horrible, sont encore reconnaissables. Plus ou moins dépouillés de leurs vêtements, ils présentent des arrachements des membres inférieurs, des membres supérieurs, des dénudations étendues des os, des éventrations, de larges ouvertures du thorax, des ablations partielles de la face ou du crâne. Chez quelques-uns, comme l’a bien décrit Cuallan, à la suite de l’explosion de Paulilles, le choc s’est localisé sur certaines régions et d’une façon plus régulière, mais non moins terrible.

Sur deux cadavres de Paulilles. les membres inférieurs étaient complètement détachés du tronc, par arrachement, au niveau de la région lombaire ; sur un troisième, les membres inférieurs avaient été dissociés et dispersés au loin, le tronc ne présentant que des traumatismes peu graves. Un autre cadavre avait subi une hémisection ; la tête d’un dernier, adhérente au cou et aux épaules, avait été projetée à plus de 100 mètres. A la même distance, on retrouva une tête séparée du tronc 1 .

Ces séparations des membres inférieurs et du tronc, ces décollations si singulières s’expliquent par le mode d’action de la dynamite. Les gaz produits par la déflagration du fulmicoton et de la dynamite ne font, pas irruption dans tous les sens avec la même énergie. Le principal effort commence d’abord à se produire dans le plan de la résistance lorsque l’explosion a lieu à l’air libre, mais la poussée se fait à la fois dans le sens vertical (en haut, en bas) et surtout dans le sens horizontal. On comprend alors qu’un homme placé debout devant une table sur laquelle repose l’agent explosif et dans le champ de la poussée horizontale, présente des lésions de la partie supérieure des cuisses et de la partie inférieure du tronc, sans

1. Chai.i.an. Explosion d'une cartoucherie à V usine de dynamite de Paulilles. in Arch. de méd. militaires, t. I, 1883, p. 124.

DELORME

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