PERTES DES ARMÉES EN CAMPAGNE
Il est très intéressant, pour le service de santé', de connaître la moyenne des blessés à secourir, puisque c’est sur cette moyenne de 10 p. 100 qu’est basé, en temps de paix, l’approvisionnement en personnel et en matériel.
Il ne faut pas oublier cependant que cette moyenne n’exprime que d’une façon fort incomplète l’étendue probable de ces dépenses en matériel et l’importance des secours à assurer, car le nombre des blessés de l’armée victorieuse se double presque de ceux que l’ennemi abandonne sur le champ de bataille ou dans les stations sanitaires de première ligne.
La mortalité' pour blessures varie suivant les formations sanitaires. Elle décroît, en général, avec l’éloignement de ces formations. Les premiers échelons, les premiers filtres , comme les a si pittoresquement appelés Pirogoff, retiennent le plus de morts. L’inverse peut s’observer lorsque les transports s’effectuent rapidement. Pendant la guerre de Bulgarie, la mortalité fut de 1,3 p. 100 dans les premiers échelons, de 4, o à 11 p. 100 dans les hôpitaux de l’arrière et de 5 à 7 p. 100 dans les hôpitaux les plus éloignés.
La mortalité immédiate et consécutive pour blessures variait autrefois suivant la nature des opérations militaires. C’est ainsi que dans les guerres de siège dans lesquelles on employait plus de gros engins meurtriers que dans les luttes en rase campagne, et dans lesquelles la proportion de blessures de la tête et de la partie supérieure du tronc était plus élevée, la mortalité immédiate et consécutive était plus considérable. Les guerres des rues, luttes à courtes distances, fournissaient également une somme de morts immédiates et consécutives plus grandes. Les changements opérés dans les procédés actuels des guerres de siège, atténueront peut-être la mortalité immédiate effrayante qu’elles présentaient ; mais il est plus douteux que celle des guerres des rues diminue dans la même proportion.
Les pertes en morts et en blessés sont généralement plus fortes du côté de l’armée vaincue. Cependant, il est de nombreuses exceptions à cette règle générale. A Magenta, le vainqueur perd en tués et en blessés, 9, 70 p. 100 de son effectif, le vaincu 9, 26 ; à Solférino, les Français chiffrent leurs pertes par 10, 20 p. 100, les Autrichiens par 7, 98. Dans les batailles des 14, 16 et 18 août 1870, sous Metz, les Français ont 2 888 tués, 19 4741 blessés, soit 22 362 hommes mis hors de combat, et les Allemands 8 927 tués et 29 061 blessés, soit 37 988 hommes.
Proportion relative des malades et blessés pendant les guerres. — Malgré 1 étendue des pertes immédiates, la proportion relativement élevée des blessés, proportion plus élevée encore que celle qu’expriment les chiffres précédents quand on ne la répartit pçis sur les troupes en présence, mais sur les troupes engagées, il est démontré par l’expérience des guerres du siècle que les pertes par le feu n’atteignent pourtant que le I/o ou le 1/&I des pertes totales; les 4/3 ou les 2/3 sont causées par les maladies. Lai
proportion a pu être dépassée ou égalée, elle n’a été que rarement renversée.
•v p'n nC'anti l’exPédition de Walcheren , la mortalité de l’armée anglaise fut de •^,6J p. 100 pour maladies et de 1,67 p. 100 par le feu; les pertes de l’armée
anglaise, en Espagne , de, juin 1811 à janvier 1814, sur un effectif de Gl 511 combattants fut de 24 930 par maladies, et seulement de 8 889 par le feu, ce qui donne la proportion de 12 p. 100 pour maladies et 4 p. 100, ou trois fois moins par le feu.
En Crimée, sur un effectif total de 309 000 hommes, l’armée française perdit 93 000 hommes, dont 75 000 par la maladie et 20 000 par le feu, proportion de 1 sur 3,7.
Dans l’armée anglaise, on constate la même proportion de 1 sur 3,8 : 'mortalité par le feu 4 067 (tués, 2 755 ; morts de leurs blessures, 1 847) ; morts de maladies, 17 580.
A l’Armée d'Orie?it, d’après Desgenettes, sur 30 000 hommes , la mortalité, i par maladie et par le feu fut égale : on compta 4 758 morts par suite de faits de ; guerre et 4 157 par maladie.
En Italie (1859), sur 200 000 hommes d’effectif environ, on compta 2 530 tués (196 officiers), 17 054 blessés (863 officiers), contre 4 698 décès par maladie. La proportion fut renversée.
Pendant la Guerre de 1866 (effectif, 437 260 hommes), la mortalité parle l'eu ] 5 235) fut presque égale à la mortalité par maladie (6 427).
Pendant la Guerre de Sécession , l’armée du Sud accuse 20 893 tués et 120 000 morts de maladie; l’armée du Nord, 96 701 tués et 182 560 morts de maladies.
Au Mexique, la mortalité par le feu est à celle des malades comme 10 est à 29 (1 180 tués, 4 925 morts de maladies); 2 559 blessés fournirent 549 morts, 21 p. 100.
Pendant la Guerre de 1870-71, à côté de 137 625 blessés français, on compte î!i 339421 malades; le total des décès s’élève à 138 871, sans qu’il soit possible d’établir la proportion qui revient aux blessés et aux malades.
Les armées allemandes perdent : 15772 tués; 10 710 morts des suites de leurs | blessures, sur 127 867 blessés, 4 009 disparus, probablement morts par le feu,
4 soit : 30 491 morts par le feu (Engel), et 14 259 morts de maladie. La proportion i est encore renversée.
L'armée russe, en 1877-78, a perdu 83 446 hommes de maladie, 36 455 par le feu, soit un tiers.
Pendant la guerre de Bosnie, les pertes par le feu n’entrent que pour une pro- I .portion de 38 p. 100 dans le chiffre total de mortalité.
L’armée russe (1877-78), sur un effectif de près de 1 500 000 hommes (armée i du Danube), a perdu 36 455 hommes par blessures et 83 446 par maladies.
11 est généralement admis que la mortalité, par le feu, est plus grande I chez les officiers que chez les soldats, tandis que les maladies font perdre [i plus d’hommes que d’officiers, ce qui s’explique par la nécessité, pour I lies premiers, de payer davantage de leur personne et par leurs conditions d’existence supérieures à celles du soldat.
En Italie on compte 196 officiers tués contre 2 340 hommes de troupe ; 8363 officiers blessés contre 16 191 soldats.
Pendant la campagne de 1866, 178 officiers succombent sur le champ i le bataille contre 3 037 hommes, proportion double de celle des soldats,
143 officiers (6 p. 1 000) et 6 374 soldats (15 p. 1 000) meurent de maladie.
Proportion des blessures produites par les différentes armes. — La oroportion des plaies par armes planches a toujours été très faible par -apport aux blessures par armes à feu. Le nombre des premières ne s’élève Iju’cà 2 à 4 p. 100, et celui des secondes à 98 ou 96 p. 100 '.
1. Pendant la guerre russo-turque (Rapport officiel), la proportion de blessures | inr armes blanches fut relativement élevée et insolite, ce qui s’explique par la néccs- »i -h té dans laquelle se sont trouvés les Russes de prendre d’assaut les abris retranchés