ARMÉES EN
CAMPAGNE
La proportion des blessures par les projectiles de l’artillerie a été également faible, à part dans quelques campagnes.
En Crimée, guerre de siège, la somme des blessures par gros projectiles est insolite. Celles-ci atteignent 42,17 p. 100, tandis que les plaies par balles sont représentées par 53,3 p. 100; les Anglais accusent 30,82 p. 100 de lésions par gros projectiles et 63,17 p. 100 par balles.
En Italie, on relève 12 p. 100 de plaies par éclats de gros projectiles.
Pendant la guerre de Sécession , on trouve : 10 à 20 p. 100 de plaies par éclats de gros projectiles, et 80 à 90 p. 100 de plaies par balles.
En 1866, les Autrichiens, en possession d’un fusil inférieur et d’un canon supérieur à celui de leurs adversaires, accusent : 10 p. 100 de plaies par gros projectiles et 90 p. 100 de blessures par balles ; les Prussiens 84 p. 100 de blessures par balles, et 16 p. 100 par éclats de gros projectiles.
En 1870-71, les Allemands, avec leur artillerie supérieure à la nôtre, nous infligent 25 p. 100 de blessures par gros projectiles, et 75 p. 100 seulement de plaies par balles. Le chassepot, par contre, supérieur au fusil Dreyse, détermine une proportion de 94 p. 100 de blessures, tandis que les gros projectiles n’entrainent que 6 p. 100 de traumatismes.
En Bosnie , 1,4 p. 100 seulement de plaies sont produites par les gros projectiles, et 98,6 p. 100 par les balles.
Il serait impossible de dire si les perfectionnements considérables qu’a subis l’artillerie, dans ces dernières années, si la régularité du morcellement des obus, leur extrême divisibilité, le rôle important de cette arme au commencement du combat, n’apporteront pas quelques changements dans la proportion des blessures par les gros projectiles, en rase campagne, mais il est douteux que l’influence nocive de cette arme ne soit pas de beaucoup dominée par la rapidité du tir de l’infanterie et sa dépense extraordinaire de munitions.
En somme, la presque totalité des blessures observées est produite par les petits projectiles de l’infanterie.
Proportion des blessures suivant les régions. — Fischer et Longmore, entre autres auteurs, nous ont fourni des relevés qui établissent la proportion moyenne des blessures des diverses régions du corps. Pour importants qu’ils soient, ils ne sauraient être acceptés sans quelques réserves, la vulnérabilité des diverses régions variant avec la nature des opérations (guerre en rase campagne, en pays de montagne, guerre de siège) ; le degré de protection des troupes, leur position par rapport aux divers points de la trajectoire, la tension plus ou moins grande de cette dernière, etc., etc.
Longmore, se basant, pour établir cette vulnérabilité, sur l’étendue de surface que les diverses régions du corps présentent à l’ennemi, attribue à la tête et à la face une proportion de blessures de 5,89 p. 100 ; au cou , de 2,62 p. 100 ; au tronc (poitrine et abdomen), de 27,8 p. 100 ; aux membres supérieurs, de 21,6 p. 100; aux membres inférieurs, de 42,9 p. 100.
Toute rationnelle qu’elle paraisse, cette base d’appréciation fournit des données qui sont en désaccord avec celles de la statistique, laquelle, inalgr scs imperfections, semble fournir des résultats plus conformes à la réalih •
'le l'infanterie turque. A l’armée du Danube, à côté de 41 536 blessures par armes a feu figurent, 1 850 cas de plaies par armes blanches; à l’armée du Caucase, 2857 con 10 049 blessures par projectiles.
STATISTIQUES
CAMPAGNE
CnENu (Italia) attribue la proportion suivante aux blessures des différ entes parties du corps : tête , face et cou , 8,50 p. 100; tronc , 17,56 p. 100; extrémités supérieures, 23,56 p. 100 ; extrémités inférieures , 48,30
Des relevés de Fischer, il ressort que la moyenne des blessures est de : 13 p. 100 pour la tête et le cou; de 18 p. 100 pour le tronc; de 30,2 p. 100 pour les extrémités supérieures; de 37 p. 100 pour les extrémités inférieures.
Huntington qui a réuni les statistiques de la guerre d’Amérique, trouve 15,4 p. 100 de blessures de la tête , de la face et du cou; 28,4 p. 100 de blessures du tronc ; 30,6 p. 100 de plaies des extrémités supérieures et 30,48 p. 100 de lésions des extrémités inférieures.
La proportion générale des blessures des différentes régions du corps change à mesure qu’on s’éloigne du champ de bataille et qu’un certain temps s’est écoulé depuis le moment de l’action. Les blessés de la tête et du tronc, gravement atteints, succombant rapidement, le nombre des hommes frappés à la tête, à la poitrine et à l’abdomen diminue et celui des traumatisés des membres supérieurs et inférieurs augmente, les blessés présentant des lésions des membres inférieurs étant toujoursen excès surceux frappés aux membres supérieurs. Dans les hôpitaux américains, la proportion des blessures des membres inférieurs atteignit 36,3 p. 100; elles représentaient, par conséquent, plus du tiers des traumatismes de toutes les régions du corps.
Les blessures de la main sont toujours en proportion considérable. Le fait avait déjà été relevé pendant les guerres de l’Empire ; il l’a été depuis dans maintes campagnes.
Blessures multiples. — D’après Fischer, le nombre des blessures multiples a augmenté dans les guerres modernes. Sur 3 919 officiers allemands de la guerre de 1870-71, le chiffre des blessures multiples fut de 16.4 p. 100 et, sur 60 978 soldats, de 8,1 p. 100. La plupart présentaient des blessures doubles. La quantité prodigieuse de projectiles qui, à un moment donné, est projetée sur un but, dans des intervalles de temps très courts, permet de supposer que les lésions multiples seront plus fréquentes dans les luttes de 1 avenir qu’elles ne l’étaient à une époque rapprochée de nous. Il resterait à savoir si cette multiplicité des blessures ne s’observerait pas plutôt sur des cadavres que sur des blessés vivants.