CHAPITRE XVI
BLESSURES DU COUDE
Les classiques assignent d’ordinaire au coude des limites artificielles qui s’étendent circulairement de 4 centimètres au-dessus de l’épicondyle et de l'épitrochlée à la même distance au-dessous de ces éminences. Pour les lésions superficielles, il serait sans inconvénient de lui conserver cette étendue, mais pour les blessures profondes il est utile de ne lui donner que celle des replis synoviaux olécrano-coronoïdiens et, en bas, la hauteur de la tête du radius sur laquelle se prolonge la synoviale articulaire.
Fréquence de ces blessures. — D’après Demme les blessures du coude représentent 3 p. 100 des blessures des articulations. La Circulaire n° 6 avait relevé une proportion de 6 p. 100. Fischer, réunissant les chiffres de sept campagnes, adopte la proportion de 3 p. 100 et de 1/1 0e par rapport à la totalité des blessures du membre supérieur.
Blessures périarticulaires. — Nous n’avons guère à parler que de celles de la région antérieure car, en arrière, l’article est si superficiel que les armes ou les projectiles qui l’atteignent de ce côté produisent le plus souvent des blessures articulaires.
Tout exceptionnelles sont les plaies périarticulaires du coude produites par les armes tranchantes, moins rares les plaies par projectiles. Tout l’intérêt de ces blessures réside dans les complications qu'elles peuvent présenter : accidents nerveux , hémorrhagies. Nous ne reviendrons pas sur les conséquences des blessures des nerfs médian, radial et cubital dont nous avons parlé à propos des blessures de l’avant-bras et qui sont très fréquemment observées dans les coups de feu du coude, et nous ne dirons que quelques mots des hémorrhagies.
Les blessures de l’humérale au pli du coude sont suivies d’hémorrhagies redoutables, très souvent mortelles. Une compression exercée sur ce tronc artériel près de l’aisselle ou une compression directe peuvent suffire pour suspendre l’écoulement sanguin à titre provisoire, mais la ligature des deux bouts est encore ici indispensable pour assurer une hémostase définitive. Il ne faut pas oublier en effet qu’autour du coude rampe un large cercle anastomotique fourni non seulement par la collatérale interne et les récurrentes radiale et cubitale, mais encore par la collatérale
BLESSURES DU COUDE
t| externe ou humérale profonde, laquelle se détache de l’humérale à la i partie supérieure du bras. Si donc on se contente de placer un (il sur le tronc principal à quelque distance de la plaie, voire même à la partie moyenne du bras, on ne se met pas sûrement à l’abri des récidives hémor- || rhagiques.
Guyon, dans une plaie de la face interne du coude, en lit l’expérience; ayant il appliqué une ligature un peu au-dessus de la plaie, il fut obligé de recourir à une l( ligature directe.
L’observation d’OLLiER que nous citerons tout à l’heure est tout aussi démonstrak| tive. Pour une hémorrhagie consécutive de l’humérale blessée par un coup de feu. Il ce chirurgien lia le vaisseau à la’ partie moyenne du bras. Une récidive bémorrlia- |1. gique eut lieu le lendemain par le bout inférieur. Elle entraîna la mort du blessé.
Déjà condamnable lorsque l’hémorrhagie est primitive , cette pratique le Il serait davantage encore quand celle-ci est consécutive.
Les blessures périarticulaires du coude non compliquées sont, en somme, || peu graves, et ne nécessitent aucun traitement spécial. Aux plaies compliquées doit être opposée une médication particulière. Le pronostic est | en rapport avec la nature et la gravité de la complication.
Blessures articulaires. — Blessures par armes blanches. — Déjà à : l’époque où les combattants s’abordaient souvent à l’arme blanche, on ne : signalait que de loin en loin des coups d’estoc et de taille de la région du coude. Bilguer réunissant tous les cas observés par les chirurgiens prussiens pendant la guerre de Sept ans (1756-1763), n’avait pu citer que cinq h exemples de ces blessures. Lamothe, Ravaton dans son Traité des plaies ;! d'armes blanches, n’en avaient relaté que quelques cas. D. Larrey, pendant h toutes ses campagnes, n’avait relevé qu’une observation intéressante.
• Otis, pendant la guerre d’Amérique, n’a pu rassembler que cinq obser- ! vations de lésions du coude par armes blanches. Cependant, dans certaines ^ conditions de luttes, on peut les constater moins rarement. C’est ainsi qu’après la célèbre charge de Gravelotte, le docteur IIériot, au dire de Pingaud, aurait pansé un certain nombre de blessés atteints de traumatismes du coude par armes blanches1.
C’est surtout lorsque, l’avant-bras droit fléchi, il cherche à frapper son 1 adversaire, ou lorsque, désarmé, il veut parer, avec son avant-bras, un coup destiné à sa tète, que le blessé a le coude frappé. Dans les deux cas c’est la partie postérieure de l’article qui se présente la première à l’arme,' c’est elle qui est le plus atteinte.
Chez le dragon dont parle Ravaton2, l’olécràne était partiellement enlevé avec un lambeau de peau du diamètre d’un ècu.
Chez le chasseur observé par 1). Larrey, l’olécràne était complètement sectionné ainsi que la tète du radius. La suppuration s’empara de l’article cl ce ' blessé dût être amputé du bras8. Ceccaldi, au dire de Dènucé/, cite un lait ana-
L Pinoaud, article Coude du Dictionnaire encyclopédique des sciences medicales. On consultera avec profit l’excellent, le magistral article de notre regretté collègue du ^ alde-Orâce.