Tomes, G. S. — « On lhe Nature of Nasmyth’s Membrane
« Quart. Journal of Microsc. Science. » 1872.
Les conditions anormales des dents et de l’arcade dentaire qui sont la conséquence directe d’un arrêt de développement, soit dans les parties alvéolaires des mâchoires, soit dans l’éruption des dents, ont été décrites sous le titre général de Dentition. Nous avons maintenant à considérer les tissus dentaires dans leurs rapports avec les maladies auxquelles ils sont sujets, avant de passer à Tétude des maladies elles-mêmes.
L’imperfection du développement structural de ces organes, tout en étant une cause prédisposante, ne saurait être considérée comme la cause déterminante de l’action morbide. Les irrrégularités, dans la forme comme dans la position des dents, doivent être mises entièrement sur le compte de désordre dans les lois qui président au développement des organes dentaires ; mais la destruction d’une dent parla carie ne commence qu’après l’apparition de la dent dans la rangée alvéolaire et lorsqu’elle s’est trouvée ainsi exposée à des influences contre lesquelles elle était tout à fait protégée avant son éruption. Les dents peuvent présenter, et présentent en effet très-souvent, tous les caractères généraux d’organes bien développés; et cependant, sous l’œil du microscope, on voit qu’elles oflrent des signes non douteux d’organisation défectueuse; ce qui les dispose singulièrement à la maladie, quand elles se trouvent sous l’influence des conditions nécessaires.
D’un autre côté, ces défauts de structure qui exposent la dent à une destruction rapide et prématurée, peuvent se voir à 1 œil nu, aussitôt que la couronne de la dent devient visible.
Aussi, avant d’entrer dans l’étude des maladies et de leurs causes prédisposantes et déterminantes, il est bon de donner une courte esquisse des caractères histologiqu''s des tissus où siègent ces ma-
LES TISSUS DENTAIRES
ladies. 11 n’est pas necessaire, dans un ouvrage de chirurgie dentaire, d’insister longuement sur le développement et la structure des tissus des dents; cependant, comme on ne saurait comprendre les conditions pathologiques, à moins d’avoir une connaissance précise des caractères qui appartiennent à la structure normale, il est à propos de donner ici un court exposé des divers tissus dentaires.
La dent se compose d’éma^7, de cément, de dentine et de pulpe dentaire.
La position relative des divers tissus qui concourent à la formation de l’organe dentaire se verra parfaitement en fendant l’une des dents de devant suivant sa longueur. En partant de la surface, nous voyons la couronne, recouverte d’une couche d’émail, qui est relativement épaisse sur les parties saillantes delà surface de mastication ; puis elle s’amincit sur les côtés et finit par se perdre au collet de la dent. A sa terminaison au collet de la dent, l’émail est légèrement recouvert par le cément, qui occupe, relativement à la racine et au collet de la dent, une position correspondante 4 celle qu’a l’émail à l’égard de la couronne.
Le cément atteint son maximum d’épaisseur vers l’extrémité terminale de la racine et diminue graduellement jusqu’à ce qu’il se perde au collet de l’organe. Dans un petit nombre de cas, on peut le suivre non-seulement sur l’extrémité terminale de l’émail, mais encore sur une petite portion de la couronne de la dent, et de temps à autre on rencontre des spécimens où on le voit remplir en partie des fissures profondes situées entre les tubercules des dents molaires.
Telle est du moins l’explication la plus probable de corps occupant de profondes fissures dans l’émail, et qui présentent tous les caractères des cellules appelées cellules de lacune.
Ce sont des corps arrondis, à moins que leur forme ne se soit altérée par suite de pression réciproque, au centre desquels sont des espaces creux de dimensions variables ; dans certains exemples, l’espace central est petit, dans d’autres, il est considérable et se prolonge en canalicules innombrables. La ressemblance de ces corps avec les lacunes contenues dans des enveloppes en forme de capsules que l’on rencontrera partout où le cémenta une certaine épaisseur (elles sont généralement abondantes dans le cément hypertrophié, ou dans le cément épais qui remplit les interstices de la couronne chez les pachydermes, cette ressemblance, dis je, est
Irès-complùte au double point de vue de l’aspect et du volume; et il est difficile de supposer que leur origine soit différente. Cet ouvrage ne comporte guère une longue discussion sur l’existence du cément coronal chez l’homme ; d’autant mieux qu’on peut trouver, groupés dans un autre ouvrage, les faits relatifs à cette question (19). Ce que nous pouvons dire ici, c’est qu’il est facile démontrer, en faisant agir un acide, jusqu’à ce que l’émail soit détruit, que les masses foncées que l’on rencontre dans les fissures de l’émail ne sont rien autre que des portions de la membrane de Nasmylh; qui a atteint en ces points une grande augmentation d’épaisseur.
L’émail et le cément revêtent la dentine, dont la surface extérieure, après avoir été dépouillée des tissus qui l’enveloppent, reproduirait à peu près exactement la forme caractéristique de la dent, sans autre altération qu’une légère diminution de volume: les tubercules seraient un peu plus effilés qu’avant l’enlèvement de l’émail.
La masse la plus considérable de la dent se compose de la dentine, au centre de laquelle se trouve une cavité qui ressemble dans son ensemble à la forme de la dent elle-même. C’est dans celte cavité centrale qu’est contenue la pulpe dentaire. Dans les racines la cavité est petite et la pulpe, à cet endroit, se compose principalement de nerfs et de vaisseaux sanguins; mais en approchant du collet de la dent, la cavité atteint sa capacité maximum, et elle diminue ensuite en présentant la même figure que la surface coronale de la dent. La cavité de la pulpe communique avec la surface de l’organe par une petite ouverture située à la pointe de la racine ; c’est par celle ouverture que pénètrent les nerfs et les vaisseaux. Dans un petit nombre d’exemples on trouvera le conduit destiné au passage des vaisseaux sur le côté de la dent, entre le collet et le sommet de la racine; d’autres fois il existe plusieurs petits conduits, mais ce sont là des cas exceptionnels.
Li’émail. — Sur une dent pleinement développée, l’émail ne contient que de 1 à 3 p. 100 de matière organique, bien que dans l’émail opaque, d apparence crayeuse, d’une dent encore inachevée les constituants organiques s’élèvent jusqu’à 15 p. 100. Cette matière organique, qui n appartiendrait pas à la classe des tissus gélatineux, mais auraitla plus grande similitude avec l’épithéhiim, au point de vue chimique, ne se trouve pas, dit-on, entre les prismes, mais dans leur substance même (Uoppe-Seylorj. L’émail se
compose de fibres parallèles, en contact intime les unes avec les autres, sans aucune substance intermédiaire que l’on puisse démontrer. Ces fibres prennent, par pression réciproque, l’apparence de prismes hexagonaux plus ou moins réguliers; aussi voit-on, sur une section transversale, une délicate mosaïque composée d’aires à six pans; on peut cependant rencontrer des fibres à peu près quadrangulaires, d’autres presque cylindriques.
Leur extrémité interne repose sur la dentine et s’unit avec elle, tandis que leur ierminaison extérieure forme la surface de la couronne de la dent.
Si Ton suit le trajet de ces fibres, on verra que celles qui sont situées sur les parties saillantes de la couronne ont une direction verticale, tandis que sur les côtés de la dent elles se dirigent horizontalement. Toutes les positions intermédiaires entre les directions verticale et horizontale se verront en suivant l’émail depuis le bord tranchant d’une incisive ou l’extrémité delà surface triturante d’une molaire à mesure qu’il descend au côté de la dent. La surface de la dentine présentant une forme plus ou moins conique, les fibres de l’émail, en arrivant à l’extérieur, laisseraient entre elles un certain intervalle, à moins d’augmenter graduellement de volume ou bien de s’adjoindre des fibres supplémentaires pour remplir les vides. La plupart des fibres paraissent s’étendre de la surface de la dentine à la surface de l’émail; et comme on n’a aucune raison de supposer que les fibres prennent graduellement un volume plus considérable, on ne saurait douter de la présence de fibres supplémentaires, bien qu’il ne soit pas facile d’en démontrer l’existence.
Les fibres, dans leur trajet de la dentine à la surface libre, ont un cours ondulé, ou spiral, d’après llannover; chez l’homme, la direction variable, des bandes contiguës de fibres n’est pas assez régulière pour être facile à suivre; mais chez certains rongeurs (7) on voit des couches successives de fibres droites prendre des directions perpendiculaires les unes par rapport aux autres, ce qui donne aux préparations un aspect particulier et très-régulier. En suivant les gradations que présente Témail de ces rongeurs jusqu’à celles qu’oiïre ce (issu chez d’autres membres de l’ordre où la disposition devient moins régulière, par suite des inflexions que subissent les fibres, on se rend plus facilement compte de beaucoup d’apparences particulières que présente Témail humain.
Ces apparences, connues sous le nom de « Décussation des fi-
bres, » tiennent à ce que la section comprend, dans son épaisseur, plusieurs couches de fibres de l’émail, et que les fibres des diverses couches, prenant des directions plus ou moins différentes, donnent à la préparation des aspects divers.
Si l’on examine une tranche mince, dans laquelle les fibres s’étalent suivant leur longueur, on verra que chacune d’elles porte des lignes transversales, ou stries, séparées par des intervalles assez réguliers. Ces stries ne coïncident pas nécessairement, dans toute la préparation, avec les stries des fibres contiguës, bien qu’on puisse constater cette coïncidence sur un grand nombre d’entre elles en certains points de la préparation.
Sur des tranches prises sur des dents différentes, on verra que les stries sont beaucoup plus marquées sur certains spécimens que sur d’autres et qu’elles sont le plus prononcées là où, à la lumière transmise, les parties paraissent de couleur brune. Ce détail, qui est une condition exceptionnelle et d’étendue limitée dans les dents bien formées, se verra dans toute l’étendue de l’émail sur les dents de certains sujets maladifs. Leurs dents, au lieu de cet aspect blanc brillant et presque translucide, ont une coloration jaune terne et opaque. L’émail ainsi altéré présente dans sa structure des caractères beaucoup plus prononcés que l’émail plus parfait.
I,a cause de cette apparence de striation est encore une question obscure, aucune des explications très- variées qui ont été proposées ne se montrant complètement satisfaisante.
Selon AValdeyer, elle pourrait provenir de la décussation des fibres; comme les prismes s’unissent sans substance intermédiaire et que les couches contiguës ne suivent pas toujours des directions parallèles, il s’ensuit nécessairement que les contours de chacun des prismes de l’émail ne sauraient être parfaitement droits et réguliers, el c’est à cette cause que l’auteur attribue les varicosités; tandis que Hertz (4) en explique la présence par l’hypothèse d’une calcification intermittente du prisme.
La netteté de la striation transversale peut être considérablement augmentée par l’emploi de l’acide chlorhydrique dilué. On doit procéder de la manière suivante : après avoir amené une tranche d’émail à un degré suffisant de minceur, on la met pendant deux ou trois secondes dans l’acide chlorhydrique dilué, (une partie d’acide pour douze d’eau). On lave ensuite la préparation, et on l’examine dans l’eau avec un objectif d’un huitième de pouce.
Oa constatera alors que Tacide a agi sur les différentes porlions des fibres de l’émail d’une manière inégale; ce sont les portions centrales des fibres qui onl été attaquées avec le plus d’énergie.
Les apparences que nous venons de décrire sont assez difficiles à expliquer ; mais on peut obtenir des préparations extrêmement semblables, en s’adressant à l’émail en voie de développement, sans le secours d’un acide. Le dépôt des sels calcaires se fait d’abord à la périphérie des cellules de l’émail, puis il s’avance vers le centre jusqu’à ce que la cavité soit remplie. Au début, l’émail est donc fenôtré, et les perforations sont d’autant plus petites que le tissu en voie de formation est plus ancien; cette condition a été parfaitement représentée par Hertz (4).
11 semble donc que l’action de l’acide dilué soit de renverser la marche de la calcification, faisant disparaître d’abord les parties déposées les dernières; et Tapparence variable des différentes préparations doit, selon toute probabilité, être rapportée simplement à leur obliquité.
Dans les fractures de l’émail, la ligne de fracture paraît suivre le centre des fibres et non, comme on aurait pu s’y attendre, leur intervalle.
Dans les parties de la section où les fibres ont été divisées transversalement, on verra, comme une membrane perforée, les ouvertures répondant au centre des fibres.
Fi(j. 122. — Section transversale de l’émail, montrant la structure fenêtrée laissée après l’enlèvement des portions centrales des libres par un acide.
La section a-t-elle divisé les fibres obliquement, les ouvertures laissées par l’action de l’acide approcheront de la forme ovalaire ou même de la forme carrée, suivant les formes prises par les prismes eux mêmes comme résultat delà pression réciproque. Toutefois, de temps en temps, on rencontre une apparence représentée dans la figure 124. Dans ce cas, l’acide s’est arrêté dans son action et n’a pas enlevé complètement la portion centrale des fibres, qui reste
sous forme d’une masse opaque granuleuse. L’aspect général delà préparation copiée dans ce dessin pourrait la faire considérer comme une section longitudinale de l’émail; mais il est extrêmement difficile d’obtenir une section vraiment longitudinale; les inflexions
Fig. 123. — Tranche semblahleraent traitée, clans laquelle le plan de section croise obliquement la direction des fibres.
si variées des fibres empêchent de prendre une tranche dans laquelle leur direction reste la même dans une certaine distance; •et il est plus probable que l’apparence représentée dans cette figure est due à l’obliquité de la coupe.
Fig. 124. — Section dans laquelle l’acide n’a pas agi au point de déterminer des perforations réelles et a laissé à la place la partie centrale des fibres (leurs extrémités coupées ?) d’aspect foncé et granuleux. Le dessin est erroné à un point de \ue; on ne parvient jamais à voir le contour des masses sombres d’une manière bien nette, et elles ont généralement une forme plus ovale ou plus carrée que celle représentée dans la figure.
Mais les conditions qui sont manifestées dans un émail normal parfaitement développé, n’existent qu’à partir du moment où ce tissu a pris tout son développement ; et nous rappellerons que l’émail jeune contient jusqu’à lop. 100 de matière organique, proportion qui tombe à 3 p. 100 dans l’émail adulte. Pendant la pé- * riode de formation, la disposition fibreuse est extrêmement distincte et peut se démontrer aisément à l’aide de l’acide chlorhydrique.
Prenons par exemple une tranche mince sur une dent, dont la
couronne seule est en voie de développement et soumeltons-la à l’action de l’acide, les parties calcaires disparaîtront et il restera une série de fibres décalcifiées, attachées comme une frange à la surface de la dentine. La façon dont ces dîTférents aspects se produisent peut cependant se voir en examinant attentivement l’émail aux périodes graduelles de son développement. Il est bon d’étudier avec quelques détails le sujet du développement de l’émail, afin de se rendre plus facilement compte des défauts de structure; d’autant mieux que les manuels ordinairement accessibles aux étudiants de notre spécialité ne disent pas grand chose sur ce point.
Développement de l’émail. ■ — L’investigation peut se faire avec avantage sur les dents d’un fœtus de sept ou de neuf mois. Extrayons de sa crypte, dans la mâchoire, une incisive enfermée dans son sac d’enveloppe, faisons une coupe verticale à travers cette masse (si c’est possible sans déranger la position relative des parties), voici dans quel ordre se présenteront les tissus sur la couronne de la dent :
Immédiatement appliquée 'sur la surface interne du sac se trouve la couche épithélioïde de cellules sphériques qui constituent l’épithélium externe de l’organe adamantin ; en contact avec cette couche se voient, après la disparition du tissu réticulaire étoilé, les cellules constituant le stratum intermédiaire; viennent ensuite les cellules prismatiques, hexagonales, connues sous le nom d’épithélium interne de l’organe de l’émail ou cellules de l’émail. Ces cellules s’unissent par une extrémité avec les cellules du stratum intermédiaire, par l’autre avec la surface de l’émail en voie de développement.
Une semblable section ne peut être bien faite à cause de la grande dureté de l’émail ; mais ces rapports se voient parfaitement sur des sections des sacs dentaires de jeunes animaux, qui, après avoir été durcii dans l’acide chromique, sont ensuite décalcifiés et coupés. Mais on obtient des préparations très-instructives poursuivre la marche du développement de l’émail, avec des sacs dentaires à l’état frais.
Ainsi, par exemple, si l’on ouvre avec soin un follicule dentaire, enlevé de la mâchoire d’un fœtus, on trouvera une substance gélatineuse semi-fluide interposée entre la paroi interne du sac elle surface coronale delà jeune dent. Des]colo)ines cylindriques, conte-
nant prOs de l’extrémité la plus éloignée de l’émail formé un gros noyau ovale avec un grand nombre de cellules à noyau sphériques ou ovoïdes, composent cette matière gélatineuse.
Les longues cellules sont les cellules formatives ou épithélium interne de l’organe de l’émail; et si l’on examine l’émail lui-méme, on trouvera des colonnes semblables adhérentes à sa surface. On peut encore en démontrer la présence de la manière suivante : après avoir divisé le sac dentaire et l’avoir retourné de façon à montrer la dent en voie de formation, plaçons la préparation dans un verre de montre contenant de l’acide chlorhydrique dilué. Bientôt nous verrons une substance comme membraneuse se détacher de la surface de l’émail, laquelle, avec un peu de soin et d’adresse, peut être amenée sous le microscope; l’examen montrera qu’un côté de la membrane est composé de colonnes de la pulpe de l’émail et l’autre de fibres de l’émail décalcifiées, et que ces colonnes et ces fibres se joignent bout à bout.
Les colonnes se détachent très-facilement de l’extrémité périphérique des fibres de l’émail, qui en ce point sont unies latéralement et présentent l’apparence d’une membrane, qu’il n"est pas rare de voir prendre une coloration très-brune, contrastant avec la partie plus interne et non colorée des fibres, qui, comme les colonnes de la pulpe, peuvent se détacher. Quand les colonnes se sont détachées d’un côté et la partie transparente des fibres de l’émail de l’autre, il reste une membrane que M. Huxley a regardée comme la mcmhrana præfonnaiiva située entre la pulpe de l’émail et l’émail. M. Huxley est le premier qui ait découvert que cette membrane peut s’enlever de la surface de l’émail à une période quelconque de son développement. Jusqu’au moment de cette découverte, il était admis généralement que l’émail se formait par la calcification des colonnes de la pulpe de l’émail ; mais si la membrane, soulevée par l’acide, se trouvait être, dans le sens rigoureux du mot, une membrane bien définie, séparable à la fois de la pulpe de l’émail et de l’émail, et non un état transitoire de la première dans sa marche graduelle pour devenir de l’émail, il faudrait alors abandonner l’hypothèse de la conversion et revenir à l’opinion des anciens auteurs; et nous devrions, avec M. Huxley, considérer l’organe de l’émail comme n’exerçant aucune influence directe sur le développement de l’émail.
Mais, dans une série de recherches entreprises pour l’élucidation
de ce point, les résultats ne concordèrent pas avec ceux donnés par M. Huxley (II) et plus tard par M. Lent (16). Notre manière de procéder fut la même que celle des auteurs cités et que nous avons décrite ci dessus. Point de difficulté quant à la produclion de la membrane, mais les colonnes deJa pulpe de l’émail furent trouvées adhérentes en bien des points, et leur continuité avec les fibres
Fig. 12b. — Représente les colonnes de la pulpe de l’émail b, unies en c avec les rd)res
de l’émail décalcifiées. Les noyaux des cellules de l’émail ont été omis dans la figure.
put, dans quelques cas, êire suivie distinctement, comme on le voit dans la figure 125. D’autre part, les colonnes détachées adhéraient en faisceaux les unes aux autres par les extrémités rapprochées de l’émail, et un grand nombre de ces colonnes se prolongeaient par un appendice délicat qui, au moment de la séparation, avait dù se retirer de l’intérieur des fibres partiellement calcifiées et qui par conséquent aurait dû traverser la membrane que l’on suppose exister entre les deux tissus.
Immédiatement au-dessus du point d’où part l’appendice, chacune des colonnes offre, quand elle est séparée de ses voisines, une petite dilatation ampullaire, comme si le cylindre s’était renversé à son extrémité quand la séparation s’était effectuée.
Un examen plus rigoureux montre les colonnes composées d’une gaine membraneuse tubulaire, dans laquelle, à l’extrémité la plus éloignée de l’émail, se trouve un gros noyau ovale, le reste de la cellule étant rempli d’un contenu plus ou moins granuleux. A l’extrémité dirigée vers l’émail la membrane d’enveloppe paraît faire défaut et il est souvent possible de voir, avec la plus grande netteté, que la cellule de l’émail se termine par une ouverture tubulaire. Les appendices représentés dans la figure 120 sont loin d'étre
toujours présents ; souvent les cellules se terminent par un orifice légèrement renversé, en forme de pavillon ; cette apparence d’évasement tient probablement à ce que le reste de la cellule s’est resserré par suite de son immersion dans l’alcool ou dans la glycérine,
Fig. 126. — Montre les colonnes de la pulpe de l’émail avec leurs appendices.
tandis que le bout en contact avec l’émail calcifié s’est trouvé tellement modifié qu’il est rigide et incapable de se rétracter sous l’action des réactifs. 11 est souvent possible de voir l’orifice de cette partie évasée dans les cellules mêmes qui présentent les prolongements figurés ci-dessus; à ce sujet, je puis ajouter que Hertz (4) et Waldeyer (2) confirment le fait de leur apparition et acceptent l’opinion que nous offrons ici sur leur nature.
Maintenant, supposons que les fibres de l’émail décalcifiées se soient détachées des colonnes et soient examinées séparément, on
Fig. 127, — Montre les fibres de l’émail décalcifiées unies avec les colonnes granuleuses
des organes de l’émail.
verra que les extrémités qui répondent à la denline sont claires et transparentes, tandis que parleur autre extrémité, celle qui se joint aux colonnes, les fibres sont obscures et granuleuses et paraissent, à la lumière transmise, d’une coloration brune très-foncée;, à la vérité il serait difficile de distinguer, autrement que par la couleur, les extrémités externes des fibres décalcifiées de l’émail des bouts limitrophes des colonnes des organes de l’émail {fig. 127).
Voici, relativement au développement de l’émail, les conclusions qui concordent le mieux avec les apparences observées. Les colonnes de l’organe de l’émail {cellules de Vémail, épithélium interne de l’organe de l’émail) servent au développement des prismes de l’émail, par une simple conversion que leur fait subir la calcification. Cette conversion se produit de la manière suivante : l’extrémité de la cellule la plus proche, après avoir éprouvé une certaine modification chimique préparatoire à la calcification, se calcifie, mais non d’une manière uniforme dans toute l’étendue de son diamètre; l’opération marche de la périphérie vers le centre, de telle sorte que la partie centrale de la cellule se calcifie plus tard que la partie externe située au même niveau. En mérne temps que la calcification procède ainsi d’un mouvement centripète dans chaque cellule individuelle, elle unit les cellules contiguës les unes avecles autres. A la limite extrême de la calcification, les colonnes (cellules) ?>e séparent très-facilement des fibres calcifiées; après la séparation la surface de ces dernières offre l’aspect d’une membrane perforée dont les ouvertures sont produites par l’éloignement des portions centrales non calcifiées des cellules, qui constituent les appendices des cellules de l’émail représentées dans une page précédente.
La calcification des portions centrales des fibres de l’émail, nous l’avons déjà dit, ne marche pas de pair avec celle de la périphérie ; dans l’émail même complètement achevé ces deux parties ne présentent pas des caractères absolument identiques. En effet, comme nous l’avons déjà fait remarquer à la page 217, l’action des acides est plus rapide sur la portion centrale des fibres adultes que sur la partie extérieure, de telle sorte que ces agents rendent au tissu cette apparence de fenestration^ que l’on voit à l’état normal dans l’émail jeune en voie de développement. Dans le cours de la calcification les noyaux des cellules de l’émail disparaissent, et il est probable, comme le croit AValdeyer (2), que répilhélium interne de l’émail se reproduit à l’aide des cellules du stratum intermédiaire à mesure que les progrès de la calcification le détruisent pour le convertir en fibres de l’émail.
Mais, bien que l’évidence semble être en faveur de cette manière de voir, elle n’est pourtant pas acceptée par tous les observateurs. Ainsi Kolliker (I) suppose que les cellules de l’émail ne se convertissent pas directement en fibres de Témail, mais que l’émail s’écoule, pour ainsi dire, de l’extrémité de ces cellules ; c’est leur produit de
sécrétion, ce n’est pas le résultat d’un dépôt dans leur propre substance. Les appendices que l’on peut voir si souvent à l’extrémité des cellules de l’émail sont pour lui des produits artificiels, et il les considère comme des fragments d’émail partiellement développé, arrachés par accident avec les cellules.
Plus récemment, Wenzel a, dans un écrit (i S), sou tenu cette théorie de l’exsudation de l’émail, mais les raisons qu’il avance ne paraissent nullement concluantes.
D’autre part, le professeur Huxley (1 1), qui est une grande autorité en matière d’histologie, pense que « ni la capsule ni Vorgcme U de Vémail qui se compose de l’épithélium, de la papille et de « la capsule, ne contribuent directement en aucune façon au déve- « loppement des tissus dentaires, bien qu’ils puissent y concourir « d’une manière indirecte. »
Cette opinion est basée sur le fait que, au moyen d’un acide capable de dissoudre le phosphate et le carbonate de chaux, on peut soulever une membrane de la surface de l’émail en voie de formation à une période quelconque de son développement, la membrane ainsi obtenue étant identique avec la membrane préformative de
aschkow. Nous avons déjà consacré quelques lignes à la description des caractères structuraux de cette membrane (page 220), il nous reste maintenant à chercher à en approfondir la nature véritable. Quelle que soit l’explication, il ne faut pas oublier que la présence de celte prétendue membrane ne peut se démontrer qu’au moyen de réactifs, et qu’un tissu dont l’existence ne peut être découverte qu’après l’application d’agents chimiques puissants, est à bon droit suspect de n’être qu’un produit artificiel.
Nous rappellerons que cette membrane, que l’on trouve criblée de perforations, est ce qui reste après que les cellules de l’émail ont été arrachées de l’une de ses surfaces, et les fibres calcifiées de l’autre. Mais peut-être demandera-t on pourquoi on obtient ici une surface cohérente, quand les cellules au-dessus et les fibres audessous se séparent si facilement les unes des autres et de la partie cohérente? La solution de cetîe question se trouvera probablement dans la nature chimique des parties dont il s’agit. Il est probable que la partie intermédiaire entre la partie complètement calcifiée et celle qui ne l’est pas, a subi quelque modification chimique préparatoire au premier dépôt des sels de chaux ou coïncidente avec celte opération, ce qui la rendrait plus résistante à l’action des
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