SALIVE ET CALCULS SALIVAIRES
Le fluide qui se rencontre ordinairement dans la bouche est le mélange des produits de sécrétion de plusieurs glandes différentes, et ses propriétés physiques et chimiques varient suivant la prédominance de l’une ou l’autre des salives simples. Pour la commodité de la description, nous étudierons séparément les produits de sécrétion des glandes salivaires, ainsi que ceux de la muqueuse buccale.
[.a source la plus abondante de salive est la glande parotide^ qui verse un liquide clair, dépourvu de viscosité, alcalin et d’un poids spécifique de 1,006. Ce liquide, abandonné à lui-méme pendant quelques minutes, se trouble et laisse déposer des cristaux rhomboédriques de carbonate de chaux ; cette particularité, que ne partage aucune des salives fournies par les autres glandes, sert à expliquer les énormes accumulations de tartre que l’on observe souvent sur les dents opposées à l’orifice du canal de Slénon ; la parotide est la seule des glandes salivaires dont la sécrétion soit continue et indépendante du stimulus des aliments, c'est une nouvelle raison qui aide à comprendre l’importance des dépôts de tartre à ce niveau.
I.a glande parotide est sous l’influence du trijumeau, par le nerf auriculo-temporal (Bernard), aussi sa sécrétion s’exagôre-t-elle souvent dans certains cas de névralgie. (Voy. névralgie.)
La salive sous-maxillaire est visqueuse au point de prendre quelquefois par le repos une consistance gélatineuse, mais elle ne laisse pas de déposer de carbonate de chaux, bien que sa réaction soit alcaline. Sa sécrétion a besoin pour se produire du stimulus des aliments, aussi fait-elle presque complètement défaut pendant le jeûne et la di(Me (1).
La glande suhlmjuale verse un liquide alcalin, d’une viscosité
,1) E. Magitol, (1 Études et expériences sur la salive. » Paris 1800.
exlrôrne qu’il doit, comme la précédente, à la présence de la (( ptyaline » de Berzélius.
Aux salives simples que nous venons d’indiquer, il faut ajouter le « mucus buccal » ; d’après les expériences de Cl. Bernard (1) et du docteur Magilot {loc. cit.),* ce produit, également alcalin, est trèsriche en matières albumineuses qui peuvent former des concrétions dans le voisinage des dents, comme on le voit dans les fièvres et certaines autres affections.
La salive mixte, c’est-à-dire le liquide buccal résultant du mélange de ces divers produits est alcaline et se sépare par le repos en plusieurs couches dont la plus inférieure contient des cellules épithéliales, des globules muqueux, de la graisse, de^ vibrions, des cryptogames et des produits accidentels, détritus d’aliments, etc.
Ainsi, à l’état normal, la salive mixte et les divers éléments qui la composent ont une réaction alcaline ; néanmoins le papier de tournesol appliqué sur le collet des dents et sur la marge gingivale indique souvent une réaction acide. Ce phénomène est dû à des produits de fermentation, et non à des sécrétions originellement acides; or, plus l’élément muqueux prédomine dans la salive, plus la production de la fermentation sera favorisée; le mucus est riche en albumine, l’élément visqueux de la salive glandulaire (ptyaline de Berzélius) est lui-mème albuminoïde, voilà donc une source abondante de ferment. En outre, plus ces matières visqueuses prédomineront, plus elles retiendront de parcelles alimentaires dans les interstices des dents, ce qui augmentera encore la quantité des matières fermentescibles. Mais cette réaction acide, qui se rencontre souvent dans une certaine mesure, au voisinage des incisives supérieures, ne se présente jamais sur la gencive qui entoure les incisives inférieures (Magitot, loc. cit.) ; ici, le flot de salive alcaline suffit à neutraliser tout acide qui pourrait s<e former, et c’est ainsi qu’on peu t s’expliquer la fréquence des dépôts de tartre à la mâchoire inférieure, dépôts si rares aux incisives du haut.
Analyses de la salive. — 11 est à peu près impossible d’obtenir chez l’homme les diverses salives isolément, aussi ce que nous savons de leur composition est-il le résultat d’expériences faites sur les animaux.
(1) « Leçons de Physiologie, » vol. II, p. 121.