FRACTURE DES DENTS
Fracture fies «lents. — Les dents, en raison de leur position découverte et par suite de roffîce qu’elles sont chargées de remplir, sont sujettes à se briser. La lésion varie depuis le léger éclatement du bord jusqu’à la fracture comprenant la cavité de la pulpe, ou s’étendant à travers quelque partie de la racine.
Quand la perle est de quanlité insignifiante et ne nuit pas d’une manière visible à la physionomie particulière du blessé, il n’y a rien à faire qu’à abattre, à l’aide de la lime ou d’une lame de pierre, les arèles vives ou les pointes saillantes. Mais la fracture atteint-elle la cavité de la pulpe, ou s’en approcbe-t-elle d’assez près, il faut recourir à un mode de traitement plus décidé. La nature de ce traitement se déterminera suivant la direction prise par la fracture, d’après l’étendue de la lésion subie par la racine au moment de l’accidenl, et d’après l’âge du malade.
La position des incisives fait que ces dents se fracturent plus souvent que les bicuspides ou les molaires. Celles-ci ne sont cependant pas à l’abri de tout accident. Quand les mâchoires sont violemment poussées l’une contre l’autre, par suite d’un coup ou d’une chute, une dent du fond peut céder. Un tubercule peut se briser ou la fracture peut s’étendre à travers la cavité pulpaire, et détacher l’une ou l’autre des racines avec la partie correspondante de la couronne. J’ai vu sur une dent bicuspide la fissure aller de la couronne jusqu’à une grande profondeur de la racine.
Des dents molaires peuvent quelquefois se briser de la sorte à la suite d’un coup sans plaie des téguments; la fracture est due alors, non à l’action directe du coup, mais à la brusque rencontre des mâchoires. La force employée dans la mastication suffit dans certains cas à faire éclater une dent; dans un exemple que j’ai eu l’occasion d’observer, la bicuspide se fractura au niveau du tiers supérieur de sa racine, en mordant brusquement une arête de poisson. La dent était bien un peu vacillante, le malade était certain de
se l’ètre brisée, cependant comme elle était assez peu douloureuse, je la laissai quelque temps dans cet état, dans le doute où j’étais de la possibilité d’une fracture, à cette hauteur, par une cause semblable. Mais elle s’ébranla au point, qu'au bout de trois semaines, il fallut l’extraire; l’examen microscopique ne permit de constater ni traces de résorption, ni de dépôt sur la surface de rupture.
D’une manière générale on peut dire que quand la fracture s’étend à travers la cavité de la pulpe dans la direction de la longueur de la dent, la racine sera lésée également et que la dent doit être extraite sur-le-champ; la même règle est applicable, quand la cavité pulpaire d’une dent dont la racine est incomplètement formée a été ouverte, quelles que soient la direction et l’étendue de la fracture. D’un autre côté, quand la couronne d’une dent est brisée transversalement au-dessus du bord de la gencive, il y a des chances de conserver la partie implantée et de s’en servir pour rétablissement d’une dent à pivot, dans le cas où cela paraîtrait convenable.
Ce n’est toutefois qu’aux dents à racine unique, que l’opération peut se faire avec succès. Les bicuspides de la mâchoire supérieure, et surtout les premières bicuspides ne permettent pas toujours l’application d’un pivot. Les racines de ces dents sont non-seulement sujettes à se trouver très-comprimées latéralement, mais à se diviser en deux ou trois racines distinctes; ce qui expose le foret, dans la préparation du trou destiné à recevoir le pivot, à traverser la dent et à pénétrer dans l’alvéole.
La règle est de ne conserver, quand tout est favorable d’ailleurs, que les racines des incisives et des canines, et encore cette conservation n’est-elle pas toujours désirable. Soit par exemple une incisive latérale brisée à l’âge de treize ans, ou avant cet âge et dont la racine, est immédiatement extraite, la canine s’avancera et en peu d’années comblera l’espace vide ; si l’accident arrive plus tard chez une personne ayant les dents serrées, un résultat analogue se produirait après l’opération. On pourrait également pratiquer l’extraction chez un jeune malade dont une incisive centrale peu volumineuse serait lésée, quand les incisives latérales sont larges. Les dents à pivot peuvent durer vingt ans, même davantage, mais une semblable durée doit être considérée comme exceptionnelle. De sept à dix ans, voilà plutôt la durée moyenne d’une dent à pivot, au bout
FUAGTURE DES DENTS.
de ce temps on lui substituera une dent artificielle que l’on devra toujours porter par la suite, si l’on tient à conserver la physionomie habituelle et la bonne articulation des sons. Si donc l’espace produit par la perte d'une dent peut se combler par le rapprochement graduel des dents contiguës, sans nuire sérieusement à l’aspect du malade, il sera préférable d’enlever la racine de l’organe lésé.
Le traitement des racines situées au fond de la bouche, dont les couronnes ont été brisées, dépendra des indications qu’elles présentent. L’extraction d’une racine non douloureuse et trés-solide dans son alvéole n’offrirait que peu d’avantage, à moins que les dents ne pussent se rapprocher et combler l’intervalle. Aussi doiton se guider sur ITige du malade et sur l’état actuel de la mâchoire au point de vue de l’entassement des dents; cependant, très-souvent la dent devient si douloureuse, par suite de la mise à nu du nerf, que le malade en sollicitera l’extraction.
Nous n’avons considéré jusqu’ici que les fractures de la partie extérieure de la dent ou celles qui s’étendent à travers la couronne jusque dans la racine ; quelquefois la lésion se trouve dans la partie alvéolaire. La dent, après l’accident, reste ébranlée et douloureuse; elle tinit par être extraite et c’est alors que la nature précise du mal se révèle. Si par supposition, la dent devenait peu à peu moins sensible et recouvrait sa solidité, l’accident serait oublié et l’on ne s’occuperait plus de cet organe. On pourrait considérer celte reconsolidalion de la dent, comme la preuve qu’il n’y avait de fracture dans aucun point de l’organe. On aurait en effet raison dans la grande majorité des cas, mais il y a lieu de croire que cette conclusion n’est pas toujours absolument rigoureuse. M. Saunders a dans sa collection une incisive qui porte les traces d’une fracture réunie, s’étendant à travers la racine, vers le point de jonction de son tiers extrême avec sentiers moyen. La description de ce cas a été publiée avec figure à l’appui (1). Le professeur Owen a décrit et figuré un exemple de fracture consolidée d’une dent d’hippopotame (Odontography). La pièce représentée figure 23 i, et tirée de ma collection personnelle, offre un grand inléréten cequ’elle prouve éviJemment que, tout au moins, sur une dent d’hippopotame, une fracture trèscomminutive peut se réunir, malgré un déplacement considérable des parties brisées. Ici, comme je le crois dans les deux exem-
(1) Leclui cs on Dental Phi/siologij and Surgenj.
pies précédents, runion se fit grâce au développement de cément. Ces faits prouvent qu’une dent fracturée dans Calvéole peut, dans des circonstances favorables, arriver à se réunir. Ces circonstances sont difficiles à reconnaître et à provoquer dans les cas particuliers, mais la connaissance de la possibilité de cette consolidation pourrait conduire à un plan de traitement capable de la favoriser quand
Fiy. 234. — Représente une consolidation parfaite d’une fracture de défense d’hippopotame. La dent s’é'tait brisée avec l’alvéole, et un intervalle considérable séparait les surfaces de rupture. L’union s’est faite à l’aide d’un développement de cément.
on soupçonne Texislence d’une fracture de la racine de telle ou telle dent.
Dans un cas soumis à mon observation, une dent de devant s’était fracturée transversalement et une dent molaire s’était ébranlée à la suite d’une chute grave chez un sujet âgé de moins de vingt ans. La dernière dent fut laissée en place, dans l’espoir de la voir recouvrer sa solidité d’implantation originelle. Au bout de plusieurs mois, elle était encore légèrement vacillante et de temps en temps se montrait douloureuse. Le degré d’ébranlement paraissait varier; tantôt la dent semblait devoir recouvrer rapidement son utilité comme organe de mastication, tantôt aller de mal en pis. A la fin, le malade se fatigua de tous ces ennuis et fit extraire sa dent. On ne reconnut qu’alors la nature de l’accident. La racine s’était brisée transversalement à une certaine profondeur dans l’alvéole, et la surface de la fracture s’était à la suite de l’accident recouverte de cément. La production de tissu nouveau à la surface de rupture